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Jean-Pierre Dionnet est à la fois surpris et ravi : se retrouver 50 ans après la création du mythique magazine lancé par les Humanoïdes Associés en 1975 : Druillet, Moebius, Dionnet et Farkas, pour le 2e Festival de la BD d’Angoulême, la même année que La Ballade sur la mer salée d’Hugo Pratt, voilà qui a de quoi surprendre.
À l’époque, il faut en avoir conscience, c’était quasiment du fanzinat : la revue était trimestrielle, rapidement torchée (Jean Giraud, alias Moebius, avait des planches de Blueberry à rendre…) et personne n’envisageait un salaire dans l’immédiat. Pourtant, grâce à l’activisme de son équipe, la revue passa d’une diffusion dans quelques librairies spécialisées à une distribution en kiosques et put compter sur des ventes plus confortables. C’est surtout dans le milieu de la bande dessinée et à l’international que l’impact fut énorme. Bientôt, du Japon à la Scandinavie, des USA à la Turquie, de l’Espagne à l’Allemagne, le titre acquit une réputation mondiale. Il y avait dans Métal quelque chose de l’air du temps.
C’étaient tous des pros, c’est pourquoi ça a marché. « Au début, c’était de la SF, nous dit Jean-Pierre Dionnet, mais très vite, je suis devenu une espèce d’attrape-tout, on a publié des grands classiques français de la SF comme Paul Gillon ou Raymond Poïvet, ceux qui ont remplacé les Américains après l’arrivée de la Loi de 1949 pour la protection de la jeunesse, mais aussi Margerin, Chaland ou Serge Clerc… »
La créativité régnait en maître, mais nos créateurs n’étaient pas des grands gestionnaires. Le vibrionnant rédacteur en chef aime raconter l’anecdote du chèque qui sauva la boîte in extremis de la faillite : il fallait aller le chercher à New York en Concorde (« le ticket était payé par une amie millionnaire » raconte Dionnet), attendre à l’intérieur de la banque, juste avant la fermeture, en compagnie du banquier le temps que Leonard Mogel, le patron du National Lampoon qui éditait le titre Heavy Metal, vienne signer le chèque, juste à temps avant que le Concorde ne reparte et que Dionnet, tel Phileas Fog, puisse apporter le chèque fatidique à la première heure chez le banquier des Humanos. Telle est la légende. « On est allé progressivement dans un mur, commente-il, mais ce mur a débouché sur tellement de choses !... »
Entretemps, la maison d’édition passa dans plusieurs mains, des imprimeurs espagnols au timonier actuel Fabrice Giger. Ces dernières années, avec la relance de Métal Hurlant, la maison, longtemps endormie, renaît de ses cendres.
Dionnet est ravi d’être encore là 50 ans après, dans le souvenir de Moebius « qui nous manquera toujours », et avec le contentement que Druillet aille mieux (« Il s’est remis au dessin, c’est une excellente nouvelle ! ») après avoir traversé une mauvaise passe ; ravi que Métal Hurlant renaisse avec de nouveaux talents et une énergie retrouvée « surtout au cinéma, avec des gens qui se revendiquent de Métal comme Denis Villeneuve, George Miller, David Fincher… Pas beaucoup de Français mais pour faire du Métal, il faut de l’argent et l’argent ce n’est pas en langue française, c’est comme ça ! »
Ravi aussi d’avoir pu diriger le dernier numéro « Spécial Chat » où il a pu faire à nouveau la démonstration de ses qualités de dénicheur de talents. « C’était ma dernière virée ! Je ne suis pas Aznavour, mes adieux à la scène, c’est réel ! » Mais il ajoute aussitôt que ce qui le ferait revenir, c’est un numéro sur... la nuit. À bon entendeur… Content enfin que le nouveau Métal Hurlant ne ressemble pas à l’ancien, celui-ci étant « plus SF » que jadis.
Constatant le succès des hors-série de Métal constitués d’épisodes courts, il analyse rétrospectivement ce « moment de bascule » où, après 30 numéros de Métal, les gens s’étaient mis à décrocher « parce qu’ils attendaient l’album… »
Il se souvient aussi de l’équipée de l’édition US de Métal, aujourd’hui arrêtée après avoir longtemps survécu à la version française. Marvel et DC Comics avaient refusé de le publier laissant la voie à National Lampoon : « Ils avaient raison », dit Dionnet citant Joe Kubert déplorant que cela remette en question tout ce qu’ils avaient fait depuis vingt ans. Il remarque qu’après le Japon et les USA, l’Argentine, l’Inde, l’Espagne, l’Italie… produisent tous de plus en plus de bandes dessinées originales, mais qu’ils les publient en France où l’on peut vivre de la BD.
En ce qui concerne les festivités du 50e anniversaire, il annonce que « cela va commencer en septembre avec un tout petit roulement de tambour… » puis autour d’Angoulême, une exposition « 50 ans de bande dessinée ». Trois lignes de publication verront le jour d’ici la fin de l’année : une série de mooks de près de 300 pages chacun intitulé « Opus Humano » ; des livres-posters dépliants rendant hommage aux créations qui ont marqué les cinq décennies écoulées depuis la naissance de Métal, intitulés « Des lendemains qui hurlent », enfin sept masterpieces du catalogue des humanos dans une édition « Princeps » grand format qui nous feront redécouvrir ces chefs d’œuvres. On vous en reparlera.
Par Didier PASAMONIK
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