Bon
15 novembre 2025
Il y a des combats qui marquent les esprits, et puis il y a ceux qui, malgré leur technicité, peinent à enflammer les cœurs. Le duel opposant Silvi l’Invaincue à Kei le Challenger, censé sceller l’arc du Game Guild Championship (GGC), appartient malheureusement à la seconde catégorie. Pourtant, sur le papier, tout y était : un troisième round décisif, deux adversaires aux styles radicalement opposés, et l’enjeu d’une légende qui vacille. Alors, pourquoi ce sentiment de décalage ?
Le GGC, ou l’art de clore un arc sans éclat
Peut-être parce que Shangri-La Frontier, à force de nous habituer aux exploits survoltés de Sunraku ou aux stratagèmes fous de Pencilgon, a élevé nos attentes au-delà du raisonnable. Kei, malgré sa progression évidente, reste un personnage trop lisse, trop parfait dans sa quête de dépassement. Silvi, elle, incarne une forme de froideur mécanique – une machine à gagner, certes impressionnante, mais difficilement attachante. Leur affrontement, bien que bien chorégraphié, manque cruellement de cette folie créative qui fait la signature de la série. On pense aux combats de Sunraku, où chaque coup semble inventé sur le vif, où l’improvisation le dispute à la stratégie. Ici, tout est trop calculé, trop prévisible.
Pourtant, ce tome n’est pas sans qualités. La jaquette réversible, par exemple, est un petit bijou de mise en abîme : d’un côté, Kei en pleine concentration ; de l’autre, une illustration alternative plus stylisée, presque onirique, qui rappelle que le manga est avant tout un monde où les règles du réel n’ont pas cours. Un détail qui, paradoxalement, en dit long sur les limites de ce volume : comme cette couverture, le tome 17 semble hésiter entre deux identités – celle, épique, des arcs majeurs, et celle, plus contemplative, d’une pause narrative.
Sunraku et l’appel des abysses : quand la transition devient promesse
Heureusement, Shangri-La Frontier n’est pas qu’une série de tournois. Et c’est là que le tome 17 se rachète, en opérant un retour aussi attendu qu’électrisant vers son cœur : l’aventure pure, celle qui a fait tomber amoureux les lecteurs dès les premiers volumes. Sunraku, enfin de retour dans le shōnen après son escapade au GGC, n’a qu’une obsession : Kthaanid des Abysses, l’un des Sept Suprêmes, tapis dans les profondeurs de la cité sous-marine de R’lyus.
Ce basculement vers un nouvel arc est salvateur. D’abord parce qu’il ramène sur le devant de la scène ce qui fait la force du manga : l’exploration. Shanfro n’est pas qu’un jeu, c’est un monde vivant, peuplé de mystères, de créatures monstrueuses et de défis apparemment insurmontables. Les quatre généraux-sceaux qui protègent Kthaanid promettent des affrontements aussi créatifs que brutaux, dans la veine des meilleurs moments de la série. Ensuite, parce que Sunraku, lui, n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est dos au mur. Son retour est l’occasion de rappeler pourquoi on l’aime : ce mélange de débrouillardise, d’humour potache et de génie tactique qui le distingue de tous les autres héros de shōnen.
Pourtant, ce tome 17 reste un volume charnière, et donc inévitablement frustrant. On sent que l’auteur, Katarina, prend son temps pour poser les bases de l’arc à venir. Les pages consacrées à la préparation de Sunraku, bien que nécessaires, peuvent sembler trop longues à ceux qui attendent l’action pure. Mais c’est aussi ce qui fait la richesse de la série : contrairement à tant de mangas qui enchaînent les combats sans souffle, Shangri-La Frontier ose respirer, ose construire ses enjeux avant de les déchaîner.
Et puis, il y a cette dernière case, presque anodine, où Sunraku, le sourire aux lèvres, murmure : « Allez, on y va. » Une phrase simple, mais qui résonne comme une promesse. Celle d’un tome 18 qui, enfin, nous plongera dans les abysses – au sens propre comme au figuré.
Un tome de l’entre-deux, mais pas sans charme
Le tome 17 de Shangri-La Frontier est ni un chef-d’œuvre ni une déception. C’est un volume de transition, avec ses forces et ses faiblesses. D’un côté, un duel final au GGC qui, malgré ses qualités techniques, ne laisse pas de trace indélébile. De l’autre, un retour à Shanfro qui relance l’intrigue avec brio, et rappelle pourquoi cette série compte parmi les meilleures du genre.
Alors, faut-il l’acheter ? Oui, si vous êtes un fan inconditionnel – ne serait-ce que pour la jaquette réversible, les clins d’œil aux mécaniques de jeu, et ces quelques pages où Sunraku, une fois encore, nous donne envie de plonger avec lui. Non, si vous cherchez un tome autonome et explosif : celui-ci se savoure comme un prélude, une mise en bouche avant le festin annoncé du tome 18.
Une chose est sûre : Shangri-La Frontier reste fidèle à son ADN. Celui d’un manga qui, comme les jeux vidéo qu’il célèbre, alterne phases de préparation minutieuse et moments de pure adrénaline. Et si ce volume penche davantage vers la première catégorie, il n’en demeure pas moins essentiel. Car dans l’univers de Sunraku, chaque pause est une arme chargée – et chaque combat, une leçon de vie.
Par Jessy LEMESLE
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Shangri-la Frontier, T.17, Glénat, 7,20 €