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Nina est M.U.A., celles et ceux qui ont regardé Glow up – grosso modo le Top Chef du maquillage – savent que cela signifie Make Up Artist et que c’est bien un art fascinant. La jeune femme est aussi influenceuse. Elle filme son quotidien, sa routine, teste de nouveaux produits qu’on lui envoie… Seule, dans son appartement. Dehors, un stalker rôde, suit et photographie Nina lors de toutes ses sorties. Et personne ne fait rien pour l’aider. Sa mère lui conseille de ne plus s’exposer sur internet pour éviter les déconvenues.
Dans une ambiance à mi-chemin entre Sofia Coppola et Lars von Trier, la tension monte. Et tout ce rose est peu à peu entaché de rouge sang, comme l’irruption d’une violence sous-jacente. Violence du sexisme ordinaire, de la réification des femmes, de l’ultralibéralisme insensible, de l’exigence de productivité…
Lisa Blumen explore la figure encore peu exploitée dans la fiction (car considérée comme frivole) de l’influenceuse, sans jamais tomber dans le mépris. Quintessence des métiers catégorisés comme purement féminins et donc par là même dépréciés, l’influence beauté est dépeinte comme une activité exigeante et technique. Ayant un problème de caméra, Nina se rend dans une boutique spécialisée où le vendeur la prend de haut. Lorsqu’elle lui démontre sa connaissance pointue de la technologie, il se braque.
Car Sangliers nous montre bien que les femmes sont toujours perdantes. Si l’on suit les canons de beauté, on est perçue comme superficielle et futile. Si l’on ne s’y adonne pas, on n’est pas vraiment considérée comme une femme. Comme Uma – une ingé son que Nina rencontre sur un tournage où elle est maquilleuse – traitée de « bonhomme » par ses collègues masculins.
Le dessin de Lisa Blumen, tout en découpage précis et en jeux de brillance glossy au début de l’album, monte en puissance et explose sur des double-pages entières dans une apogée obscure et violacée à la fin du livre. On imagine l’illustratrice installée à Bruxelles, attablée avec ses feutres à alcool, écoutant les Vulves assassines (que l’on retrouve en concert au détour d’une page) et leur empouvoirante chanson Queen Kong… Queen Kong… Queen Kong…
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Sangliers - Par Lisa Blumen - Ed. L’employé du moi