Petits Contes Macabres - Collectif - Ed. Delcourt Comics

Par Marc VANDERMEER Très bon 19 décembre 2024 
Durant l’ère victorienne, il était d’usage de se raconter des histoires d’horreur au coin du feu, le soir de Noël. Dans cette optique, quatre grands noms des Comics se sont réunis pour reprendre cette tradition à leur façon. Installez-vous confortablement, «Les petits contes macabres» vont commencer.

Un petit ouvrage qui semblerait presque d’époque, un squelette vêtu comme feu la grande reine Victoria, avec quelques accessoires de saisons, une décoration d’album rappelant les livres d’antan, il reste plus que les invités d’Eric Powell pour commencer le réveillon.

Dans un graphisme sépia, Eric Powell s’est représenté comme il aurait pu l’être deux siècles plus tôt. Ses invités ne sont nuls autres que ses comparses pour cet album, tous également dessinés comme des portraits de l’époque victorienne. De quoi d’ores et déjà titiller la curiosité du lecteur qui cherchera immanquablement à reconnaître les protagonistes, à l’exception de Becky Cloonan, étant la seule femme de ce quatuor.

La magie n’en est que plus belle, quand le scénario joue avec le parlé de l’époque. Rien n’est laissé au hasard et c’est sous ces chaleureux auspices, nimbées de vin et de sarcasmes, que débute la première histoire au coin du feu. Eric Powell entame, avec le graphisme de James Harren : « Les yeux dans l’obscurité primordiale ».

Petits Contes Macabres - Collectif - Ed. Delcourt Comics
©James Harren / Delcourt

Les couleurs reviennent, dans des teintes plutôt froides de prime abord, quand le Dr Waldorf Hornet, accompagné de l’ingénieur Nevil Phillips, embarquent dans un dirigeable supposé les conduire dans l’espace. Une mission digne de Jules Vernes, mais où l’immensité de l’Univers et ses mystères auront tôt fait d’apporter la peur et la suspicion dans ce lugubre esquif volant.

Les décors sont minutieux, les visages plutôt caricaturaux, avec des expressions exagérées mais compréhensible dans ces circonstances. Et difficile de ne pas songer à de précédents titres de l’artiste comme HillBilly pour n’en citer qu’un.

Après une interlude pour retrouver les quatre comparses au coin de l’âtre, place au récit mystérieux de Becky Cloonan qui mélange légende et trame horrifique avec « Le Kelpie ». Un encrage épais, un décor sombre dans une forêt hantée par d’effroyables créatures et une rencontre mortelle. Entre poésie et macabre, de quoi ravir les amateurs de l’autrice qui a d’ailleurs remporté le Eisner de la meilleure histoire courte avec ce titre.

S’en vient alors « La nuit du Jabberworck » de Mike Mignola, librement inspiré de la créature de Lewis Carroll dans « L’autre côté du miroir ». Les premiers dialogues sont d’ailleurs sans équivoque avec les phrases incompréhensibles qu’on retrouve dans les aventures d’Alice au pays des merveilles. Le graphisme est également identifiable à cent lieux à la ronde, jouant encore et toujours de contrastes exacerbés sur des mines caricaturales bien que minimalistes. Pour un peu, nous pourrions imaginer Hellboy tapi quelque-part dans l’ombre, héros phare de l’artiste.

Reste alors le mot de la fin pour l’hôte de ces gens, Eric Powell racontant à son tour une histoire horrifique sous le titre de « Le cadeau du Major Courtenay », qui ravira les amateurs de malédiction et de fantômes au cœur d’un manoir anglais. Un graphisme en noir et blanc, pour se démarquer des interludes principales en sépia et une minutie proche du réalisme sur chaque planche.

Mais les histoires racontées sont-elles plus effroyables que la réalité de cette œuvre ? Allez savoir. Il ne tient qu’à vous de plonger dans les anciennes traditions de Noël en lisant Petits contes macabres au coin du feu.

©Becky Cloonan / Delcourt

Par Marc VANDERMEER

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Code EAN : 9782413085560
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