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Les années 1990 : Image, Dark Horse Comics et le « creator-owned »
En 1994, Mike Mignola publie Hellboy : Seeds of Destruction (Les Germes de la destruction en français), le premier récit d’Hellboy. Si Xavier Fournier, conférencier, écrivain et spécialiste des super-héros américains et français, reconnaît la qualité de l’ouvrage, « c’est plus l’exploitation d’Hellboy qui représente un changement : le fait qu’un créateur puisse gérer son univers sur la durée, en y ajoutant de multiples séries dérivées, avec de nombreux collaborateurs, sans se dénaturer. Il faut se souvenir qu’au début des années 90 beaucoup d’auteurs de comics se dirigent vers ce qu’on appelle le « creator-owned », l’œuvre qui appartient à son créateur. Mais cela créé une problématique nouvelle. Si le créateur devient le patron de sa boite, comment peut-il transmettre sa création à d’autres auteurs qu’il emploie ? Et la plupart des créateurs se sont cassé les dents sur cet obstacle ».
L’éditeur d’Hellboy en France depuis bientôt 21 ans, Thierry Mornet, partage ce constat d’une période de révolution des comics « avec la création d’Image Comics, en 1992. Les sept créateurs (Todd McFarlane, Jim Lee, Marc Silvestri, Rob Liefeld, Whilce Portacio, Erik Larsen et Jim Valentino) qui ont forgé Image comics ont sans doute plus marqué l’époque - médiatiquement parlant - que l’apparition propre de Hellboy par Mike Mignola. En revanche, n’oublions pas que la création de Hellboy s’est inscrite - elle aussi - au sein d’un label, disparu rapidement, baptisé Legends (et qui accueillait également John Byrne, Art Adams ou encore Frank Miller) ». « Au final, Hellboy (et tout l’univers étendu auquel il appartient) est le seul parmi les ex-titres Legend a avoir pris une telle ampleur, une telle productivité » (Xavier Fournier).
Ces enjeux primordiaux de « creator-owned » et d’univers partagé, Xavier Fournier l’analyse de la manière suivante : « On voit bien comment Todd McFarlane, après s’être fait le chantre du respect des auteurs, s’est aliéné Alan Moore, Neil Gaiman, Grant Morrison et Brian Michael Bendis. D’autres, pour éviter l’obstacle, ont fait le choix de ne rien partager, par exemple Frank Miller avec son Sin City. Mignola a su installer un critère qualitatif dans son univers, qui a fait que des auteurs ont pu y aller et venir sans que l’un dénature l’autre. Dans les années 80/90 il y avait une « prime à l’univers partagé », qui faisait que si vous aviez un logo « univers Marvel » sur la couverture, vous étiez assuré de vendre plus.
Des séries comme Sleepwalker ou Darkhawk se sont vendues dix fois plus parce qu’elles étaient connectées à Marvel. La même série, sans univers partagé, même édité par Marvel dans une gamme à part - mettons Epic - se serait mévendues. Les auteurs qui quittaient Marvel ou DC savaient qu’ils perdaient cette possibilité de ruissellement. Vous pouviez avoir un « hit », c’est le cas avec Spawn par exemple, mais ensuite cela devenait compliqué de fidéliser le lecteur sur des séries parallèles (McFarlane n’y est réellement arrivé que ces toutes dernières années, en multipliant les Spawn). Je dirais que de ce point de vue-là, Mignola est un chaînon manquant entre Frank Miller et des gens comme Mark Millar ou Robert Kirkman. Il a su conserver la maîtrise de son œuvre tout en la gérant comme une marque qui pouvait avoir des dérivés ».
La qualité de l’univers bâti par Mike Mignola et sa capacité à drainer autour de lui une écurie d’auteurs et d’autrices qui vont et viennent font que « Aujourd’hui Mignola peut annoncer qu’il prépare une mini-série sur, mettons, Nikola Tesla affrontant des extra-terrestres au Mexique au XIX° siècle, et une partie des lecteurs va le suivre, même si ce n’est pas dessiné par lui. Alors, ce ne vas pas être en haut des ventes, certes, mais c’est un univers viable. Et Mignola est l’un des seuls a avoir réussi ce coup-là sur un « corpus » qui s’étend sur trente ans. Avant, l’univers partagé restait surtout une arme des DC et Marvel. D’autres avaient essayé avant Mignola, mais lui a transformé l’essai ».
Le talent narratif et graphique de Mike Mignola
Thierry Mornet complète l’analyse en soulignant l’apport artistique de Mike Mignola, indépendamment des considérations éditoriales, avec sa série principale : « Hellboy a offert une grande liberté à son créateur, et a permis l’éclosion de récits d’un autre type que ceux développés par ailleurs, que cela soit chez Marvel et DC, mais aussi chez Image à cette époque. Le style de Mike Mignola n’avait cessé d’évoluer (et continue à évoluer d’ailleurs, à tel point que l’on peut parler d’une véritable « école graphique et narrative Mignola ») jusqu’alors pour atteindre un premier palier encapsulé dans les premiers Hellboy ».
Pour Xavier Fournier, ce qui est « fascinant dans le travail de l’artiste Mike Mignola c’est son sens de l’économie, qui trouve ses racines dans ses premières années professionnelles. Mignola se destine alors surtout à dessiner des couvertures ou des pin-ups, trouvant lui-même qu’il est trop lent pour dessiner des pages « séquentielles ». Il est alors chez Marvel et les responsables éditoriaux le poussent à essayer, à dessiner au moins des histoires courtes. Et ça, ensuite, ça a conditionné son style. Sa gestion des ombres, des aplats sombres, cela vient de là : comment cacher une partie de la page, des décors tout en instaurant une ambiance. Pour dessiner un tombeau, le jeune Mignola de Marvel aurait sans doute représenté le moindre détail de moulure.
À mesure qu’il trouve ses marques, le Mignola plus assuré de Batman : Gotham by Gaslight et Cosmic Odyssey chez DC Comics, mais surtout le Mignola de Bram Stoker’s Dracula, puis Hellboy, devient une sorte d’expressionniste. Il ne s’agit plus de montrer mais de bien d’exprimer. C’est un peu comme un cinéaste qui aurait délaissé le monde des effets spéciaux numériques pour devenir le Murnau de son temps. Et ça marche ! ».
Dessinateur de monstres, lecteur assidu d’histoires de fantômes et d’horreurs gothiques, emporté par la lecture de Dracula dès l’âge de 12 ans, inspiré par H.P. Lovecraft, Mike Mignola devient un maître du noir et blanc et un auteur contemporain majeur. L’auteur britannique Alan Moore, référence incontournable du comics, qualifie son style graphique de « rencontre entre l’expressionnisme allemand et Jack Kirby ». Mike Mignola reconnaît l’influence sur son travail des mythologies européennes (grecques et nordiques), ainsi que les paysages et l’architecture gothique de l’ère victorienne ; des influences éminemment perceptibles dans sa série spin-off de l’univers d’Hellboy : Witchfinder.
Quelques nouveautés réjouissantes : des éditions Delirium aux éditions Beehive Books
En 2024, la maison d’édition Delcourt a proposé quelques nouveautés estampillées Mike Mignola (Petits contes macabres ; le tome 19 de la série régulière intitulé Hellboy in Love ; la collaboration inédite avec Olivier Vatine, auteur français, de laquelle est né le splendide récit La nuit du cyclope, rassemblé avec d’autres aventures dans le tome 8 de Hellboy et BPRD ; la première intégrale de Lord Baltimore).
La surprise est cependant venue des éditions Delirium et des éditions Beehive Books. Pour la première fois, l’éditeur-fondateur de Delirium, Laurent Lerner, s’est entendu avec les éditions Delcourt afin de proposer un ouvrage en noir et blanc au financement participatif, dans un format luxueux, reprenant les histoires mises en image par le maître Richard Corben. L’éditeur français est admiratif des créativités des deux auteurs, aux références communes : « Richard Corben et Mike Mignola sont en affinité parfaite sur Hellboy, par leur passion commune des univers fantastiques ou horrifiques tels qu’ils ont pu être proposés dans la culture populaire sous toutes ses formes : dans la littérature classique, telle que les œuvres d’Edgar Allan Poe ou contemporaine, les pulps, le cinéma de genre (qu’il soit également moderne ou celui des classiques Universal ou de la Hammer), les comics, etc. Ils se rejoignent sur Hellboy et tout semble naturel dans leur collaboration, chacun apportant sa vision à l’autre pour des œuvres qu’ils prennent un pur plaisir à réaliser.
Comme toujours avec Corben, et les grands auteurs en règle générale, il parvient à s’approprier l’œuvre sur laquelle il travaille et à l’enrichir de sa vision tout en lui restant fidèle, sans nécessairement chercher à se mettre en avant. C’est le cas dans ces histoires de Hellboy, qui sont autant des œuvres de Mignola que du pur Corben, et certaines comme Hellboy au Mexique, Être Humain ou L’Homme tordu sont un mélange délirant et totalement jubilatoire ! ». L’album est d’ores et déjà épuisé et se vend à prix d’or sur le net.
Autre création inattendue publiée en 2024 : Pinocchio : The Illuminated Edition. En 2023, le projet est présenté au grand public par les éditions Beehive Books. Il consiste à rééditer de grands noms de la littérature classique - Carlo Collodi en l’occurrence - accompagnés par des artistes contemporains qui donnent une nouvelle dimension à l’œuvre. Ce projet a été financé via la plateforme de financement participatif, Kickstarter. Au côté de l’écrivain Lemony Snicket (Les Orphelins Baudelaire), Mike Mignola a dessiné des dizaines et des dizaines d’illustrations splendides qui agrémentent la lecture. Malheureusement, alors qu’il n’est disponible qu’en langue anglaise - depuis le 27 août 2024 aux États-Unis - tous les amateurs de Mike Mignola n’auront pas nécessairement les crédits demandés pour se procurer l’ouvrage. L’édition la plus abordable, pour le commun des mortels, coûte un peu plus de 90 euros. Rajoutez un zéro si vous souhaitez vous offrir le format le plus prestigieux.
Les hommages au maître du noir et blanc : de la galerie au documentaire
– Pour la première fois, hommage a été rendu à l’art du créateur d’Hellboy avec une exposition en galerie. Du 20 septembre au 26 octobre 2024, Mike Mignola a exposé des planches signées de sa main dans une galerie new-yorkaise, la Philippe Labaune Gallery. L’exposition, dénommée Hell, Ink and Water : l’art de Mike Mignola, a donné lieu à la publication d’un catalogue qui est paru le 15 octobre 2024. L’exposition comprenait aussi bien des couvertures originales d’Hellboy, des illustrations originales de son récent travail sur Pinocchio, ainsi que des peintures jamais exposées ni publiées. Pour ceux qui sont richement dotés, et qui ont entre 15 000 et 30 000 euros à dépenser, vous trouverez ici des planches exposées qui n’ont pas été encore vendues.
– En 2021, un projet sur la plateforme Kickstarter est proposé au financement participatif. Il s’agit d’un documentaire sur le maître étasunien, une biographie commentée et mise en image, avec d’innombrables interviews (Guillermo Del Toro, Ron Pearlman, Neil Gaiman, Duncan Fregedo, Dave Stewart, Christopher Golden, Fabio Moon…). Un documentaire nommé Mike Mignola, drawing monsters : The Secret Origin of Hellboy. Réalisé par Jim Demonakos et Kevin Konrad Hanna, le projet a connu un incroyable succès avec un peu plus de 500 000 euros récoltés lors de la campagne. Le documentaire est disponible à l’achat ou à la location depuis le 17 septembre 2024 sur AppleTV.
– Les éditions Delcourt, en la personne de l’éditeur Thierry Mornet, ont célébré les 30 ans d’Hellboy avec la publication d’un tome anniversaire particulièrement somptueux qui ravira tous les amateurs du fils du diable et qui s’intitule sobrement Hellboy - édition spéciale. Ce volume - que nous vous recommandons vivement - comprend une anthologie des récits d’Hellboy dessinés par Mike Mignola. Plusieurs centaines de pages du maître, commentées par lui-même au début de chaque récit, suivies de pages de carnets de croquis qui montrent l’extraordinaire évolution graphique d’Hellboy et d’autres personnages, puis enfin une galerie de peintures géniales de Mike Mignola.
La carrière cinématographique d’Hellboy : de premiers succès critiques à une condamnation au purgatoire
En 2004, pour les dix années de son existence, Hellboy surgit à l’écran en la personne de Ron Perlman sous la direction de Guillermo del Toro, tandis que Mike Mignola s’implique dans le scénario. Un premier opus où le réalisateur s’empare pleinement de l’univers de l’auteur de comics et y apporte sa propre esthétique, ainsi que son sens de la mise en scène. Le succès critique est au rendez-vous, mais l’exploitation en salle demeure modeste.
En 2008, Hellboy II : Les Légions d’or maudites sort en salle. Guillermo del Toro, Mike Mignola et Ron Pearlman sont de nouveau à la manœuvre. Le film connaît un nouveau succès critique. Si les résultats au box-office dépassent ceux du premier opus, cela n’est pas jugé suffisant pour poursuivre l’aventure. Dès lors, l’idée de conclure ce qui devait être une trilogie devient un véritable serpent de mer, un cadavre qu’on remue de tant à l’autre afin de touiller la marmite d’un espoir moribond. Ce n’est qu’en 2017 que le réalisateur mexicain reconnaît que le projet est définitivement enterré.
En 2019, Neil Marshall réalise Hellboy, un reboot qui tranche radicalement avec l’approche de Guillermo del Toro. Aux costumes imaginatifs et aux maquillages d’un rare professionnalisme succède un déluge d’images de synthèses sans âme véritable. La volonté de produire un film horrifique et gore ne rencontre pas l’assentiment de la critique qui assassine le film, et pas davantage celui du public qui ne se rend pas en salle.
L’échec est patent, mais aussi amer pour Mike Mignola qui voyait dans ce film une proposition artistique plus proche de celui de son univers que ne l’était l’interprétation de Guillermo del Toro. D’autant plus qu’au scénario, on retrouve Christopher Golden, co-auteur de plusieurs créations de Mike Mignola dont la série Lord Baltimore. L’échec financier brise de nouveau les espoirs de bâtir une franchise à la Marvel. Les différentes scènes post-génériques attestaient de la volonté de produire une à plusieurs suites avec l’apparition d’Abe Sapiens et Lobster Johnson, ou l’appel à la vengeance de Baba Yaga.
En 2024, Brian Taylor réalise Hellboy : The Crooked Man, soit vingt ans après le tout premier film Hellboy. Le réalisateur souhaite proposer une œuvre de folk horror, sous-genre de l’horreur perçu comme convenant bien à l’esprit d’Hellboy. Christopher Golden et Mike Mignola participent au scénario et adaptent L’homme tordu. Un récit publié en 2008, dessiné par Richard Corben, et réédité par les éditions Delcourt à l’occasion de la sortie du film sous le titre L’homme tordu et le retour d’Effie Kolb.
L’ambition du projet n’est plus la même, ne serais-ce que financièrement. Avec un budget de 20 millions d’euros, la carrière internationale d’Hellboy : The Crooked Man est géographiquement limitée et son exploitation ne rapporte que 2 millions de dollars. À titre de comparaison, Hellboy 2 avait coûté 85 millions et en avait rapporté près du double. Le film ne connaît pas d’exploitation en salle aux États-Unis et est rendu directement disponible en VOD. En France, le film n’est toujours pas disponible. Une Bérézina cinématographique qui condamne probablement Hellboy à errer de longues années dans le purgatoire du 7ème art.
L’avenir éditorial d’Hellboy et de son créateur
Mike Mignola, 64 ans, a évoqué à plusieurs reprises la perspective d’une retraite. Des déclarations qui n’inquiètent pas Thierry Mornet outre-mesure : « Mike parle de sa retraite depuis des années. Quand il dit qu’il arrête la BD, il se consacre à la peinture. Et quand il termine une série de tableaux, il n’a qu’une hâte, c’est se remettre à la BD. C’est génial, car il se nourrit d’un domaine pour progresser – et se faire plaisir - dans l’autre ! Il est totalement libre de créer. C’est ce dont tout artiste rêve ! ».
L’auteur parvenu à créer un univers tellement vaste que de nombreux récits sont encore à imaginer si l’auteur le souhaite. La série Young Hellboy - inédite en français et que Thierry Mornet nous a affirmé vouloir traduire - a ouvert la boite de Pandore de la jeunesse du héros. Un personnage plus naïf et tendre, aventureux et déjà soucieux de trouver sa place dans le monde.
Pour Thierry Mornet, preuve en est que la retraite est encore loin est que l’auteur étasunien s’attelle à la conception d’autres univers , dont « le premier opus d’un univers développé en collaboration avec Ben Stenbeck. Cet album (100% Mike Mignola, scénario & dessin) s’intitule en VO : Bowling with Corpses and Other Strange Tales from Lands Unknown ».
Beaucoup d’autres titres signés Mike Mignola demeurent inédits en français : Lady Baltimore (2021) - qui se déroule dans l’univers de Lord Baltimore co-créé avec Christopher Golden - qui entretient la recette à succès d’un univers alliant sorcières, vampires et nazis ; The Serpent in the Garden : Ed Grey and the Last Battle for England (novembre 2024) avec le talentueux Ben Stenbeck - qui nous laisse enfin entrevoir une suite ou une fin à l’univers de Witchfinder après 6 ans d’absence ; Frankenstein : New World (2022) et Frankenstein : New World - The Sea of Forever (2025), une suite à l’univers de Frankenstein Underground que les éditions Delcourt publiaient en 2016 ; Shadow of the Golden Crane (2025) avec Michael Avon Oeming au dessin – qui a déjà travaillé sur les séries Abe Sapiens et Hellboy & BPRD. Ce nouveau titre raconte des aventures d’Hellboy et du BPRD dans les années 1950. Les amateurs français de Mike Mignola ont donc encore de nombreux titres à découvrir.
Parmi les projets éditoriaux de Delcourt, Thierry Mornet réfléchit à prolonger « l’esprit du Hellboy Spécial Corben (dont une version N&B sort en collaboration avec les Éditions Delirium). J’envisage depuis longtemps de regrouper les récits dessinés par Adam Hugues ou encore Kevin Nowlan ». En 2025, BPRD : l’Enfer sur Terre a connu la publication d’une première intégrale, alors que peu de lecteurs et de lectrices sont en mesure de se procurer les 8 tomes de la série, tandis que le deuxième tome de l’intégrale Lord Baltimore est lui aussi publié (23/04/2025). Le 20ème tome de la série régulière regroupera quant à lui les deux mini-séries Giant Robot Hellboy. En fonction du succès de ces ventes, Thierry Mornet envisage la poursuite des intégrales de BPRD Origines, Abe Sapiens, Witchfinder et Lobster Johnson. Enfin, il affirme que « un ou deux titres de la série Les Dossiers Secrets de Hellboy » serait dans les cartons.
Mais est-ce que ce déluge potentiel de titres rencontrera son public afin de pérenniser la traduction des titres du maître étasunien ? « Hellboy ne représente pas une grosse vente (moins de 4000/5000 exemplaires en un an sur la sortie d’une nouveauté), mais il présente une caractéristique intéressante, c’est de continuer à se vendre sur la durée – peu, certes – mais de manière constante, et ce depuis près de 30 ans. Ce n’est pas rien ! Les spin-offs se vendent généralement moins bien, au risque de passer sous le point-mort. Ce fut le cas des rééditions en intégrale de BPRD, mais nous tentons à nouveau l’aventure sur la série BPRD L’Enfer sur Terre en 2025. Je suis têtu… Et visiblement des lecteurs demandent ces récits, qui sont épuisés à ce jour » (Thierry Mornet).
Hellboy, un comics de niche ?
Ce constat passé, nous avons l’impression qu’Hellboy n’est pas véritablement parvenu à s’imposer en dehors des États-Unis, la place étant trop préemptée par Marvel et DC. Il existe certes de véritables communautés de fans à travers le monde, mais nous sommes davantage sur un héros de niche.
« C’est exact » convient l’éditeur de Delcourt concernant notre premier constat. « Et même aux USA, le personnage - et son créateur - sont connus et reconnus, que cela soit dans le domaine des comics, bien entendu, mais aussi de la pop culture (quelques films et jeux de plateau ou vidéo doivent sans doute un peu aider à amplifier sa notoriété). En revanche, Hellboy fait partie de ces personnages et de ces séries que tous les amateurs de comics - ou presque - connaissent sans pour autant jamais l’avoir lu, et dont la notoriété est en décalage avec le succès commercial qu’il rencontre ».
Un explication ? « Cela peut aussi venir du trait et du style graphique de Mike lui-même, qui - en toute sincérité – est sans doute plus clivant qu’un énième clone de Jim Lee… mais à mon sens, TELLEMENT plus intéressant ! « Héros de niche » ? Je ne sais pas. Héros, oui, dans le sens personnage central. En termes de BD ou de pop’culture, j’en viens à me demander ce qui n’est pas une niche à l’heure actuelle, en dehors de grosses licences surexploitées et « sur-marquetées ».
Xavier Fournier pense que nous faisons une erreur d’appréciation en interprétant Hellboy comme un « héros de niche ». Une erreur « sans doute construite sur l’importance que représente (ou représentait) le top des ventes américaines de fascicules pour notre génération. Nous avions l’habitude regarder ce qu’il y avait en haut des ventes, là-bas. Et pendant longtemps, il y a eu les X-Men, les Avengers, Spawn, Fathom, Batman ou des titres comme ça. Sauf qu’Hellboy, comme d’autres titres - et je pense à nouveau au Sin City de Miller - sont comme des coureurs de fonds. Des mini-séries qui d’emblée se prêtaient beaucoup à être relues en albums, alors que le marché américain s’intéressait encore peu aux albums.
Moralité, Hellboy, ou des séries annexes de Mignola comme le B.P.R.D., n’ont jamais été en haut des ventes US de fascicules, c’est vrai. Mais par contre elles sont restées de façon durable dans le peloton central. Et mieux vaut une série qui se vend de façon régulière pendant trente ans qu’un « hit de l’été ». Fathom ou Danger Girl ont vendu plus qu’Hellboy, oui, mais sur un temps beaucoup plus court. Au bout du compte, qui en a vendu plus ?.
Maintenant, pour ce qui est de la France, je pense qu’il faut bien réaliser que les règles ont été profondément bousculées. On a l’habitude de regarder le classement américain des ventes et de penser qu’il se transpose ici. Récemment, Panini Comics communiquait sur le succès des ventes des X-Men de ce qu’il est convenu d’appeler l’ère Krakoa : 400.000 ventes réparties sur une centaines de volumes sortis en quelques années. Le calcul est vite fait : le « succès » récent des X-Men c’est 4000 ventes par album. Et si les X-Men se vendent à 4000 exemplaires, quid des ventes de Miss Hulk ou d’Adam Warlock ? Il en est de même pour DC chez Urban Comics. Vous avez Batman, mais vous avez aussi Cyborg et tout un fond de séries qui ne sort même pas ici.
Ce qui est « mainstream » et ce qui ne l’est pas est complètement chamboulé chez nous. Un titre de Derf BackDerf aux éditions Çà et Là vend plus que le tout venant des X-Men ou de la Justice League. Hellboy est moins clinquant qu’un X-Force, mais c’est un vendeur régulier et sur la durée. Toutes rééditions confondues, si c’est un titre de niche, alors il est dans un chenil de luxe ».
L’héritage de Mike Mignola
Si Thierry Mornet ne croit pas à une retraite imminente de l’auteur, Xavier Fournier envisage bel et bien un ralentissement des créations de Mike Mignola et questionne la forme de son héritage. « Il est difficile de penser que dans dix ans il sera toujours autant actif. En tout cas, dans les mêmes proportions. Nous vivons donc probablement les dernières années du Mignolaverse sous sa forme actuelle. La question qui se pose, en bout de ligne, c’est quel choix va faire le créateur ? Est-ce que ce sera celui d’Hergé, celui d’un catalogue désormais identifié, figé, qu’il faut prendre comme tel ? Faudra-t-il chercher à le prolonger, faisant ainsi le choix de George Lucas vendant Star Wars ? Est-ce que le monde d’Hellboy s’éteindra quand son créateur ne voudra plus, ou ne pourra plus, le continuer ou bien est-ce qu’il sera vendu à Netflix, à Apple, ou que sais-je ? ».
De plus, Xavier Fournier rappelle que ces choix cornéliens seront probablement pris dans un marché américain en pleine dépression : « Tout cela s’inscrit dans une crise de la distribution des comics aux USA, avec les points de vente qui disparaissent. Il est possible, qu’à l’horizon de quelques années, ait lieu la disparition d’un certain nombre de comic-shops (voire la disparition de certains éditeurs). Se faisant, le nombre d’options risque de se réduire ».
Pour Laurent Lerner, l’héritage de Mike Mignola est d’ores et déjà conséquent de par ce qu’il a pu apporter à travers ses récits, tant chez les lecteurs et lectrices que chez les auteurs et autrices : « Je crois que la première chose qu’il transmettrait aux lecteurs comme aux auteurs, est la véritable passion des univers fantastiques ou horrifiques qu’il a explorés tout au long de sa carrière, tout en construisant et en enrichissant en parallèle son propre univers. C’est ce que l’on trouve à la lecture des histoires de Hellboy ou BPRD, notamment. Elles sont une multitude de portes ouvertes sur des univers littéraires ou cinématographiques dont il encourage à son tour la découverte et l’exploration. Pour les auteurs, il incarne le fait qu’il est bien possible de se nourrir de toutes les cultures que l’on aime, se les approprier, et les faire vivre sous la forme de ses propres créations, y compris dans une industrie lourde comme celle de l’entertainment US ».
La descendance artistiques de Mike Mignola
Le dessin et le sens narratif de Mike Mignola ont fait école. Les épigones qui en sont à imiter strictement le maître sont rares. En revanche, son influence est indéniable sans pour autant être revendiquée par les auteurs et autrices concerné(e)s.
Avant tout, Thierry Mornet pense que ses héritiers sont d’ores et déjà autour de lui : « Mike a toujours eu cette capacité à s’entourer de créateurs de grands talents, qu’ils soient des co-scénaristes (Tom Sniegorski, John Arcudi, Chris Roberson) ou des dessinateurs (Guy Davis, Ben Stenbeck, Laurence Campbell, Duncan Fegredo, James Harren et bien entendu Dave Stewart pour n’en citer que quelques-uns). Je pense que de nombreux auteurs sont d’ores et déjà les héritiers de Mike, ou du moins – à défaut d’héritage – ils collaborent avec lui, s’inspirent de son travail, de son esprit novateur.
Mike est un “Artist’s Artist”, c’est-à-dire qu’il est probablement suivi et scruté par de nombreux autres auteurs de BD qui savent apprécier son talent… Sans doute plus que de nombreux lecteurs, qui hésitent à sortir de leur « zone de confort » graphique et narrative. C’est comme cela, on peut le regretter, mais chacun est libre de ses choix de lecture. Je pense que de nombreux auteurs de BD encore non éclos continueront à s’inspirer de son travail et de son parcours au cours des décennies à venir ».
Parmi quelques exemples franco-britanniques inspirés par Mike Mignola, on pourrait retenir le dessinateur Crom. Sa série à succès Birdking, publiée aux éditions Les Humanoïdes Associés, emprunte clairement au registre graphique de l’auteur étasunien. Il ne s’agit en aucun cas d’un style qui imiterait Mike Mignola, mais bien un style qui a intégré et digéré à sa manière cette influence que lecteurs et lectrices peuvent discerner.
Autre britannique, du nom de Tom Ward, dont le style graphique ressemble de près au style de Mike Mignola, a notamment publié des récits pulp dans un univers victorien nommé Merrick : The Sensational Elephantman. Les compositions des pages, des couvertures ou les mises en scène des combats sont très influencées par Hellboy. À noter que les récits de cet auteur sont inédits en langue française et que ceux-ci ont pu voir le jour grâce à des financements participatifs sur la plateforme de financement participatif, Kickstarter. Au contraire de Crom, le succès est donc modeste.
En France, comme Crom, le dessinateur et scénariste Gess a admirablement digéré l’influence de Mike Mignola. Quand on échange avec lui sur le sujet, il est toujours un peu surpris que l’on perçoive à ce point l’influence graphique de l’auteur étasunien. S’il reconnaît s’en être inspiré au tout début de La Brigade chimérique, il affirme s’en être rapidement éloigné. Toujours est-il que son excellente série Les Contes de la Pieuvre, dont le quatrième tome est sortie l’année passée, conserve cette inspiration sans pour autant en déterminer le style graphique.
Bien que l’influence y soit moins prégnante, Jésus aux enfers de Thierry Robin prend régulièrement des accents mignoliens dans sa manière de traiter le noir et blanc. Cette bande dessinée prend le pari narratif et graphique de raconter le séjour de Jésus aux enfers en s’appuyant sur un évangile apocryphe, une vraie réussite aux éditions Soleil. On peut également citer Bones qui a dit être clairement influencé par l’école « américaine » d’encrage. S’il reconnaît avoir Mike Mignola dans ses influences - sa série Dessous en témoigne -, il cite également Gabriel Bá, Frank Miller ou John Romita Jr. dont il dit être un grand admirateur.
Le 27 avril 2025, Skottie Young a annoncé la publication à venir du 42ème fascicule de la désormais mythique série I Hate Faryland. Dans ce nouveau récit, un nouvel anti-héros démoniaque va faire son apparition : Hellicorn. Enragée, elle est à la recherche de sa corne qui a été sciée et volée. La couverture révélée, signée Skottie Young, ressemble volontairement à une couverture d’Hellboy, tandis que personnage Hellicorn est directement inspiré du héros de Mike Mignola dans sa composition et son graphisme. Peu de chance que ce choix de couverture reflète réellement le style choisi par Derek Laufman, mais qui illustre une fois encore l’omniprésence de l’influence de Mike Mignola.
L’empire des produits dérivés Hellboy
Dark Horse Comics a développé tout un panel de produits dérivés qui assure à l’univers d’Hellboy de connaître une autre vie. Cinéma, objets de collection, ex-libris, produits dérivés (pins, figurines, contenants estampillés...), ou encore jeux vidéo.
En décembre 2000, le développeur Cryo Interactive développe Hellboy : Dogs of the Night pour le PC et la Playstation. En 2008, c’est au tour de Krome Studios de développer un jeu d’action intitulé Hellboy : The Science of Evil, en parallèle de la sortie du film Hellboy II. En octobre 2023, un troisième jeu intitulé Hellboy - Web of Wyrd est rendu disponible auprès du grand public. Et comme les deux jeux précédents, les critiques ne sont pas convaincues ou mitigées par la proposition vidéoludique, un beat them all et roguelike.
Pour les 30 ans, en 2024, Dark Horse Comics édite de nouveaux goodies et autres produits dérivés qui viennent à s’ajouter à ceux déjà existants : puzzle, cartes de loterie, une flasque et ses petits verres, un mug, pins et badges, peluches, boîte à déjeuner, néon avec le symbole du BPRD, tee-shirt, figurines, cahiers, etc. En objets de collection, il est également régulièrement proposé, par les éditions Dark Horse, des tirages d’art limités, numérotés et signés, des lithographies ou encore des statuettes.
Afin de célébrer cet anniversaire les éditions Dark Horse proposent une nouvelle et splendide statuette d’Hellboy inspirée par le récit « Le cadavre », au prix de 133 euros, . Ils proposent également des produits proposés pour l’occasion en convention aux États-Unis : enveloppes, pins, reproduction de planches, posters, ou encore un magnifique tirage d’art - déjà épuisé - mettant en scène The Goon, Hellboy et Usagi Yojimbo.
Hellboy a 30 ans et a révolutionné le comics par ses pratiques éditoriales, mais a aussi profondément influencé le medium par son graphisme et son univers emprunt de littérature victorienne et lovecraftienne. Si Mike Mignola s’emploie désormais à imaginer d’autres territoires, celui d’Hellboy semble être une source intarissable d’histoires, tandis que son héros en est le catalyseur. En témoignent les nombreux spin-offs. L’avenir demeure donc vraisemblablement radieux pour les aficionados du fils des enfers. « Je pense que le fait que le Mignolaverse soit raconté de façon anachronique, d’une certaine façon déjà datée, lui évitera d’être démodé trop vite » (Xavier Fournier).
Hellboy est une « création qui a su s’installer dans la durée, ce qui prouve bien que les lecteurs y ont été sensibles. […] Quel personnage issu de la bande des 7 (en dehors de Spawn et de Savage Dragon, dans une bien moindre mesure) a su durer autant que Hellboy ? Qui parle encore de Wetworks, de WildCATS ou de ShadowHawk ? » (Thierry Mornet).
En 30 années, Mike Mignola a profondément marqué son époque et fait figure de maître étasunien du noir et blanc aux accents expressionnistes allemands. Âgé de 64 ans, l’auteur a reçu de nombreuses récompenses aux États-Unis, mais l’Europe peine encore à le reconnaître à la hauteur de son talent.
Peut-on imaginer le revoir un jour au festival du FIBD d’Angoulême ? « Rien n’est impossible, mais Mike l’a fait il y a une quinzaine d’années. Il n’est pas fan des séances de dédicaces en général. Ou alors, il faudrait une occasion particulière (exposition rétrospective, promotion d’un film, etc.) pour qu’il se décide à venir » (Thierry Mornet). Pour notre part, on espère qu’un jour le Grand Prix de la Ville d’Angoulême lui sera remis. Par conséquent, avis aux organisateurs du festival d’Angoulême, ainsi qu’aux auteurs et autrices qui votent chaque année.
Un dernier mot Xavier Fournier ? « J’ai tout de même l’impression que Hellboy restera un peu le Spirit de son époque, un critère de qualité, une référence ».
Par Romain GARNIER
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Quelques questions à Laurent Lerner et Thierry Mornet :
Êtes-vous un grand lecteur d’Hellboy ? Que représente pour vous ce personnage dans vos émotions et vos expériences de lecture des comics ? Qu’est-ce vous intéresse, vous fascine ou vous passionne le plus dans le travail de Mike Mignola ?
LL : J’aime bien Hellboy car passionné de culture de genre sous toutes ses formes, j’ai découvert ce personnage dès les premières histoires publiées au début des années 1990 chez Dark Horse, dans Next Men ou dans sa propre série. Elles étaient un régal et s’adressaient directement à un lectorat qui était aussi cinéphile et amateurs de culture fantastique ou horrifique au sens large. Ces histoires se démarquaient des comics de super-héros, bien plus répandus, par toutes leurs références à ces univers et à des œuvres qui avaient quasi-toujours été considérées comme appartenant à des sous-cultures dans leurs propres domaines artistiques.
J’avais découvert le travail de Mike Mignola sur les adaptations de Corum de Michael Moorcock chez First Comics (récemment publié aussi par Thierry chez Delcourt), dont j’étais fan à l’époque, d’autant plus que les romans étaient introuvables en français, puis sur les Apha Flight de John Byrne (Marvel) qu’il avait remplacé pour quelques épisodes. Son style était aux antipodes de celui de Byrne et vraiment atypique pour des comics de super-héros, et ces épisodes étaient en fin de compte un vrai plaisir, dès lors qu’on arrivait à accepter l’idée que Byrne avait quitté la série pour de bon. Et ça, c’était dur pour un fan de comics de l’époque, car Byrne était un monstre sacré !
Mais son style si particulier était vraiment marquant, et, dès lors, quand un auteur commence à vous plaire, vous essayez de voir tout ce qu’il fait ailleurs : chez DC (Cosmic Odyssey, Phantom Stranger ou le superbe Ironwolf par exemple) ou chez les indés (caméo sur Nexus, le magnifique Fafhrd and the Grey Mouser pour les fans de Fritz Leiber dont je faisais encore partie, ou encore Dracula avec sa superbe adaptation du film de Coppola).
Dans tous ses travaux, même sur des personnages classiques issus des univers Marvel ou DC tels Wolverine ou Batman, sa patte graphique particulière apporte une tonalité fantastique que l’on retrouvera totalement libérée et qui sera indissociable de l’univers de Hellboy. Enfin, il faut le signaler, c’est d’ailleurs quelques années plus tard, lors l’apparition de Hellboy dans la série indépendante Next Men créée par John Byrne chez Dark Horse, que le personnage a été véritablement présenté au public, en prélude au lancement de sa propre série !
Thierry Mornet, êtes-vous un grand lecteur d’Hellboy ?
TM : Bien sûr ! Et ce, depuis le début ! J’allais même jusqu’à relier moi-même à la main des segments d’histoires prépubliés dans Dark Horse Presents afin de reconstituer des récits complets en comics. J’ai toujours été fasciné par les dessinateurs dont le trait est immédiatement reconnaissable. Avec Mike Mignola, c’est de toute évidence le cas.
J’étais même frustré – quand j’ai commencé à collaborer chez Semic – de ne pas pouvoir publier cette série, dont les droits en France étaient passés chez Delcourt (après Cryo /Dark Horse France).
Bien entendu, quand j’ai entamé ma collaboration avec Guy chez Delcourt, cela a réglé le problème et j’ai pu développer cet univers qui était en train de s’étendre.
Que représente pour vous ce personnage dans tes émotions et tes expériences de lecture des comics ?
TM : J’aime l’aspect décalé du personnage et de ces réactions. Il donne toujours l’impression de ne pas être impressionné par ce qui lui arrive, de ne pas avoir peur de ce qui peut lui tomber dessus.
On peut aisément penser que tout a été dit avec Hellboy, mais à chaque récit, on peut découvrir une nouvelle facette au personnage, et on plonge dans un univers mythologique d’une richesse incroyable.
Ce que j’aime au sein de l’univers Hellboy, c’est que ce personnage – que l’on pense central – est un catalyseur, un révélateur d’autres personnages d’une richesse insoupçonnée, que cela soit ses ennemis (Koshschei, La Flamme Noire, la Baba Yaga, le Monstre de Frankenstein) ou bien entendu les divers membres du BPRD.
Qu’est-ce qui vous intéresse, vous fascine ou vous passionne le plus dans le travail de Mike Mignola ?
TM : Au-delà de ce que je disais plus tôt (sur l’aspect immédiatement reconnaissable de son trait et de sa narration), le fait qu’il soit constamment en recherche de perfection, d’équilibre entre le noir et le blanc.
Je suis fasciné par sa capacité à s’entourer d’artistes au talents exceptionnels, mais aussi par le fait qu’il doute constamment de son propre talent. Cela lui permet d’avancer en tant qu’artiste et de ne pas rester figé dans un style (il aborde de plus en plus la peinture, par exemple). Il a ainsi su développer un univers entier, qui est absolument passionnant et d’une richesse rare.
Sincères remerciements à Thierry Mornet, Xavier Fournier et Laurent Lerner pour avoir gentiment accepté de répondre à mes questions et d’avoir permis de remettre intelligemment en perspective les 30 ans d’Hellboy.
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