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Bon
30 juillet 2026
L’intrigue part d’un postulat aussi simple qu’efficace : le retour du roi déchu. Après une longue absence et de lointaines péripéties, le Goon, cette montagne de muscles au visage couturé et son inséparable et sociopathe ami de fortune Franky reviennent enfin au bercail, à Lonely Street. Mais dans ce quartier maudit, la nature a horreur du vide. En leur absence, la pègre et le surnaturel ont fusionné pour s’approprier le macadam et les rues poisseuses de la ville.
Baston pour le contrôle des bas-fonds
Une horde de nouveaux monstres et de truands aux dents longues a pris le contrôle. Le Goon se heurte très vite à un gang de goules particulièrement ambitieuses, dirigé par des mafieux aux trognes improbables comme Baby Galahad ("la goule de l’East-Side") ou le repoussant Vinnie Nosferatu. Pour notre antihéros, le plan d’action est clair : reprendre le quartier rue par rue, phalange par phalange. Derrière ces guerres de gangs qui se règlent à coups de mandales désinvoltes, une menace bien plus obscure et indicible tire les ficelles dans l’ombre.
Si l’histoire est un pur régal de série B assumée, c’est l’univers visuel d’Eric Powell qui donne à The Goon toute sa majesté. Pour ce nouvel arc, l’auteur a l’intelligence de délaisser le trait parfois trop réaliste de ses récents projets pour renouer avec l’ADN originel de la série : un style cartoonesque, hyper-expressif et délicieusement grotesque.
Une esthétique crasseuse à la beauté monstrueuse
L’univers de Lonely Street transpire la crasse et la mélancolie. Les personnages sont des "gueules cassées" aux anatomies exagérées, évoluant dans des décors victoriens et industriels délabrés. Powell excelle dans ce funambulisme graphique, capable de passer d’une case de pure farce macabre à une planche d’une tristesse poignante.
Cet encrage virtuose, tout en hachures nerveuses et en ombres denses, est magnifiquement mis en valeur par la colorisation de Rachel Cohen et Brett Parson. Leurs teintes sépia, poisseuses et crépusculaires subliment cette ambiance de vieux polar horrifique. On croirait presque sentir l’odeur du cigare froid, de la bière rance et de la moisissure à chaque page tournée.
Le calme avant la tempête
Il est toutefois nécessaire de prévenir le lecteur : conçu à l’origine aux États-Unis comme une série de fascicules (The Goon : A Ragged Return to Lonely Street #1 à #6), ce volume édité par Delcourt fait office de gigantesque et jouissive mise en place.
Le récit fonctionne comme une montée en puissance constante, réinstallant les pions sur l’échiquier de Lonely Street pour aboutir à un final sous tension qui appelle irrémédiablement une suite.
Une légère frustration vite balayée par le plaisir immense de retrouver cette galerie de monstres de foire et ce ton si unique, oscillant sans cesse entre la grande poésie des opprimés et la blague de pilier de bar. Retour à Lonely Street est une lecture indispensable pour les fidèles de la première heure, et une excellente porte d’entrée pour quiconque souhaiterait s’encanailler dans l’un des univers les plus originaux du comic-book indépendant.
Par Quentin GUILLIER
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