ActuaBD à London (ép. 1) : escapade au Cartoon Museum de Londres

Par Didier PASAMONIK 16 août 2025 
C’est une institution londonienne incontournable, un musée du dessin d’humour et de la bande dessinée fondé en 2006 par un groupe de dessinateurs, de collectionneurs et de passionnés et inauguré par Charles III himself, alors duc d’Édimbourg. Il est situé aujourd’hui au 63 Wells Street, dans le quartier de Fitzrovia, à Londres, près du métro Oxford Circus. L’institution conserve plus de 6000 originaux de dessins d’humour et de BD de créateurs britanniques et une importante bibliothèque d'ouvrages. ActuaBD est allé le voir.

L’espace d’exposition n’est pas très grand avec ses deux grandes salles qui rassemblent quelque 300 originaux et imprimés du XVIIIe siècle à nos jours, mais il a l’ambition de raconter l’histoire de la presse satirique, du dessin d’humour et (un peu) de la bande dessinée de sa gracieuse majesté, parfois à son détriment si l’on en croit la taille de ses oreilles sur certains dessins… Sa Majesté est magnanime !

Pour des questions de conservation, la rotation des documents est fréquente et ce ne sont pas forcément les mêmes dessins que l’on voit à chaque visite. Un point d’originalité : il y a un endroit où le visiteur peut s’asseoir et dessiner lui-même !

Le premier cartel énonce : « Au commencement, était le dessin (juste avant que Dieu ait appris à lire) ». Le ton est donné : le parcours se veut lui-même humoristique. « Les premiers dessins datent d’il y a 30 000 ans, pourquoi seraient-ils dénués d’humour ?  » nous explique-t-on, ce qui pousse le visiteur à chercher l’ironie en toute chose.

Car le gag surgit dès les premiers instants. Il est au début de l’histoire de la caricature, souvent publié sous pseudonyme… Car le moment décisif est la diffusion, celui où les dessins furent imprimés et diffusés en masse.

ActuaBD à London (ép. 1) : escapade au Cartoon Museum de Londres
La série "Marriage à-la-mode" de William Hogarth (1743-1745), considérée comme un ancêtre de la bande dessinée. Au début, c’est une série de six tableaux qu’Hogarth reproduira en gravures qui auront un énorme succès.

Ce sont de véritables tableaux au début, conçus par des artistes réputés, comme William Hogarth ou James Gillray dont on peut voir dans l’exposition les gravures originales, mais aussi les différents états de la création, comme ce dessin ce dessin de George Cruikshank à l’aquarelle qui donne les indications pour l’eau forte qui en a été tirée.

Deux états d’un dessin de George Cruikshank pour l’Exposition universelle de 1852

Mais ce n’est vraiment qu’avec l’ère industrielle et les journaux que la caricature, puis la bande dessinée, vont décoller dans la seconde moitié du XIXe siècle. . Avec une apogée en France que le parcours n’omet pas de mentionner, puisque les Français Honoré Daumier, Jean-Jacques Granville ou encore Jean Veber figurent sur les cimaises. Ce ne sont pas exactement des bandes dessinées mais c’est l’occasion de découvrir de beaux auteurs et de beaux dessins.

Zincographie du dessinateur Jean Veber, "L’impudique Albion", pour la revue "L’Assiette au Beurre". Le cartel mentionne que ce portrait très irrespectueux du roi Georges VII fait allusion à la politique anglaise en Afrique du Sud dans la guerre contre les Boers, "à l’origine des premiers camps de concentration où l’on enferme des femmes et des enfants".

La guerre autorise les moments les plus féroces avec des singes en casques à pointe en 1914 ou encore l’ironie d’une invasion de l’Angleterre toujours postposée en raison des échecs successifs du régime nazi.

La bourgeoisie, les politiciens, les Premiers Ministres britanniques successifs mais aussi les hommes politiques étrangers subissent le trait de plume et la longue tradition de l’humour corrosif du pays dans des commentaires incisifs et souvent pertinents.

Un célèbre cartoon de H.M. Bateman " The Girl Who Order a Glass of Milk at the Cafe Royal " (Ca 1920). Bateman était le cartoonist préféré d’Harvey Kurtzman.
La réponse de Dave Brown aux assassins de la rédaction de Charlie Hebdo

Très peu de bandes dessinées dans ce parcours, si ce n’est une section temporaire qui s’accroche à l’actualité avec des œuvres et des artistes non-binaires et transgenres comme ces planches de Doom Patrol de Grant Morrison et Richard Case pour DC Comics avec le personnage transgenre et transracial Rebis, une page Witch & Warrior de Julian Gray, ou de Everything is Somewhat Repaired de Judy Moore parmi une dizaine de planches exposées.

Dans "Doom Patrol", Grant Morrison et Richard Case introduisent Rebis, un personnage transgenre et transracial.

C’est moins spectaculaire que la Cité de la BD d’Angoulême, mais cela vaut le détour si vous passez quelques jours dans le Royaume Uni.

Voir en ligne : LE SITE DU MUSEE

Par Didier PASAMONIK

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Reportage photo : Didier Pasamonik (L’Agence BD)

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