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Oreco Tachibana : "J’essaye de créer des personnages que les lecteurs ont envie de suivre jusqu’à la fin" [INTERVIEW]

Par Malgorzata NATANEK Romuald LEFEBVRE 3 juillet 2025 
Discrète et naturellement réservée, Oreco Tachibana a participé à une conférence de presse la veille de Japan Expo, où elle est invitée cette année. La mangaka a confié sa nervosité à l'idée de parler en public, mais a su brillamment relever ce défi. Lors de cette rencontre, elle a échangé autour de ses deux séries publiées en France chez Glénat : Promise Cinderella, une comédie romantique déjà achevée au Japon, et Les Noces des Lucioles, une romance historique toujours en cours.

• Bonjour Oreco Tachibana, bienvenue à Paris. C’est votre première fois dans cette ville, qu’avez-vous hâte de découvrir ?

C’est même ma première expérience à l’étranger. Il paraît que la cuisine française est délicieuse. J’aimerais manger différentes choses, notamment du pain, que j’apprécie particulièrement. Je pense que je vais prendre 5 kg avant de rentrer au Japon ! [Rires]

• Qu’est-ce que vous avez prévu de faire le matin ?

J’aimerais bien courir le matin, dans ce quartier par exemple (autour des Halles, NDLR). À cause du décalage horaire, je verrai si j’ai la condition physique pour le faire.

• Pas de problème, donc, avec le décalage horaire ?

J’ai bien dormi hier, donc ça devrait aller.

• On m’a dit que vous aviez mangé un très bon repas hier soir…

Je n’aime pas trop les fromages japonais, mais il y avait hier soir une belle planche de fromages qui m’a été présentée au restaurant. J’ai découvert la variété des fromages français et je les adore. [Rires]

• Avez-vous suivi un parcours ou une formation artistique ?

J’ai appris toute seule le dessin, mais j’ai lu des livres et regardé des documentaires à propos de l’anatomie pour bien dessiner le corps humain.

• Continuez-vous de vous entraîner au dessin ?

Quand je suis sur une série qui dure longtemps, il faut que je me concentre. Je n’ai donc pas de temps pour m’entraîner. Mais j’essaye de le faire entre deux séries.

Oreco Tachibana : "J'essaye de créer des personnages que les lecteurs ont envie de suivre jusqu'à la fin" [INTERVIEW]
Planche Promise Cinderella
© 2025 Oreco Tachibana / SHOGAKUKAN

• Il y a t-il des séries ou des artistes qui vous ont inspirée ? Lesquels vous ont influencée dans votre travail ?

Avant d’écrire, j’ai déjà une scène prédéfinie à l’esprit. J’essaye de dessiner en visualisant cette scène. Mes œuvres font peut-être penser à des séries TV, mais ce sont surtout les films qui m’ont inspirée. Mes films préférés sont Titanic et Mr. & Ms. Smith. Ma série TV préférée est Crash landing on You.

• À la fin de Titanic, nous sommes d’accords, il y avait de la place sur le débris pour sauver Jack ?

Non, pour moi, il n’y a pas d’autre fin possible que celle initialement racontée.

• Selon un entretien que vous avez donné, Les Noces des lucioles est un manga né de votre intérêt pour les couples psychopathe x princesse. Avez-vous des œuvres de référence à ce sujet ?

Je n’ai pas de référence particulière en terme d’œuvres, mais j’avais été inspirée pour le caractère de Satoko et Shinpei par la lecture d’autres mangas au Japon.

planche les noces des lucioles
© 2025 Oreco Tachibana / SHOGAKUKAN

• Vous avez commencé votre carrière avec Promise Cinderella, publié sur Manga One ; une plate-forme que l’on ne connaît pas bien en France. C’est là aussi qu’est désormais publiée Les Noces des lucioles. Comment s’est déroulée cette première collaboration avec Manga One ? Êtes-vous libre dans le rythme de parution et la développement de vos histoires ?

C’était une première pour moi, car je n’avais jamais été publiée auparavant. Il m’est difficile de comparer, mais on me donne beaucoup de liberté. Rythme de travail, conception, etc... Je me sens libre. J’en suis très contente et je ne me sens pas d’aller ailleurs.

• Comment créez-vous vos personnages ? Avez-vous un processus créatif particulier ?

Je suis quelqu’un de très timide et je n’arrive pas à exprimer totalement ce que je pense. J’ai envie de dessiner un personnage principal qui est le contraire de moi, qui dit des choses franches, qui est très déterminé. J’aimerais que tous mes personnages féminins soient comme cela.

planche les noces des lucioles
© 2025 Oreco Tachibana / SHOGAKUKAN

• Lorsque vous évoquez le destin de vos héroïnes, est-ce que vous souhaitez qu’elles soient inspirantes pour vos lecteurs et lectrices ? Si oui, quelles sont les idées que vous aimeriez transmettre à travers elles ?

C’est important de pousser les lecteurs dans une direction. Mais il faut que ça m’interpelle en premier lieu, il faut que mes personnages me touchent. J’aimerais bien que Satoko fassent ainsi beaucoup d’expériences, qu’elle surmonte des situations difficiles, mais qu’elle parvienne à vivre au final une vie harmonieuse.

• Vous avez déclaré en interview que ce sont les discussions avec votre mari qui vous ont inspirés l’intrigue de Promise Cinderella. Est-ce que ce sont les échanges avec les autres qui guident vos questionnements vous permettant de créer vos histoires ?

Oui, les discussions avec les autres, c’est le moteur de mes œuvres. Même lorsque je parle avec des Français pour la première fois, cela peut m’inspirer de nouvelles choses pour mes histoires.

• Dans Promise Cinderella, le rapport de force entre Hayame et Issei est assez complexe et s’inverse presque à chaque chapitre. Comment faites vous pour construire des duos aussi forts ?

J’aime bien l’idée d’avoir un couple très fort et c’est ce que j’essaye de développer, de jouer l’équilibre entre deux personnalités fortes.

Planche Promise Cinderella
© 2025 Oreco Tachibana / SHOGAKUKAN

• La différence d’âge entre Issei et Hayame (une dizaine d’années, NDLR) est un point fort que vous maîtrisez dans Promise Cinderella, qu’est-ce qui vous a poussée à mettre cet écart d’âge dans votre scénario ?

Après avoir accouché de ma fille, j’ai eu l’impression que les hommes étaient très mignons. J’ai imaginé que s’il y avait dix ans de décalage, peut-être qu’ils deviendraient encore plus mignons. C’est ce qui m’a inspirée pour créer Promise Cinderella.

• Est-ce que Promise Cinderella vous a permis d’exprimer des choses que vous n’osiez pas dire dans la vraie vie ? Si oui, lesquelles ?

Mon mari est à l’origine du personnage de Hayame car c’est quelqu’un qui dit des choses très franches, très fortes. Moi, je suis réservée et j’aimerais m’exprimer comme Hayame lorsque je m’adresse à mon mari. Je pense que dessiner cette série m’a aidée à être moins timide.

Planche Promise Cinderella
© 2025 Oreco Tachibana / SHOGAKUKAN

• La tension romantique dans vos œuvres est très efficace, comment travaillez vous la narration visuelle pour que les scènes d’émotion ou de confrontation soient percutantes ?

Je pense que c’est pareil pour tous les mangakas. J’essaye d’analyser beaucoup d’angles, de perspectives concernant le corps humain. En haut, en bas… J’essaye de choisir l’angle le plus efficace pour chaque scène.

• En France, la romance connaît aujourd’hui un grand succès, que ce soit dans les films, les séries ou les romans. Quels sont pour vous les ingrédients indispensables pour une bonne romance ?

Je pense que ce qu’il y a de plus important, ce sont les expériences qu’on réalise soi-même. Même si je ne suis plus une adolescente, je continue d’avoir des rendez-vous amoureux. Ça donne plus de réalisme à mes histoires.

• Comment se différencier des romances existantes ?

Pour les situations de romance, je pense qu’on a pas le choix : elles sont toutes pareilles. J’essaye de me différencier des autres mangas avec mes personnages et des situations originales. Ce sont les personnages qui sont le plus important ici : j’essaye de créer des personnages que les lecteurs ont envie de suivre jusqu’à la fin.

• L’histoire des Noces des Lucioles se passe durant l’époque Meiji (le Japon de 1868 à 1912, NDLR). Pourquoi avoir choisi cette époque et comment vous vous êtes documentée sur le sujet ?

Ma réponse risque d’être plus longue : j’ai fait beaucoup de recherches sur l’ère Meiji. J’ai lu plein de livres, j’ai consulté plein d’archives et je suis même allée dans une maison close témoin de l’époque. Je pense qu’en France, ces dernières existaient aussi, comme les nobles. Au Japon, ils s’appellent Kaizoku, et j’ai fait aussi des recherches sur eux. De plus, je pense que les assassins mercenaires existaient encore à cette époque. Ça offrait donc une cruauté globale à l’ère Meiji et c’est ce que je voulais dessiner ; cette ère me semblait la plus adaptée. J’aime aussi dessiner le mélange de la culture japonaise avec les apports occidentaux, c’est cette époque qui a vu apparaître la culture occidentale au Japon.

illustration les noces des lucioles
© 2025 Oreco Tachibana / SHOGAKUKAN

• Les deux séries mettent en scène des amours impossibles (mariage arrangé, différence de statuts sociaux, différence d’âge), tout en semblant s’inspirer d’histoires populaires et de la tradition romanesque. Aimez-vous revisiter de manière inédite ces intrigues afin qu’elles reflètent des enjeux ou relations sociales de notre société actuelle ?

Vous risquez d’être déçus par ma réponse, parce que dans ma vision des choses, il n’y a pas tous ces problèmes difficiles. Je n’y pense pas. Ce que j’aime, c’est dessiner des histoires qui m’attirent. Si mon œuvre influence les lecteurs, c’est comme un rêve pour moi et j’en suis contente.

• Les relations amoureuses de vos séries commencent sur des bases déséquilibrées, contrat de jeu humiliant dans Cinderella Princess ou chantage et violence dans Les Noces des lucioles, est-ce pour vous une manière d’explorer la rédemption ou de questionner les récits amoureux classiques ?

C’est tout simple : je voulais des personnages principaux qui se retrouvent dans des situations très difficiles et qui vont progressivement surmonter leurs problèmes. C’est leur réussite que je souhaite dessiner.

• Quand vous démarrer une nouvelle série, avez-vous déjà sa conclusion en tête ? Ou vos personnages peuvent vous entraîner là où vous ne l’aviez pas prévu ?

Quand je commence à dessiner une série, j’ai déjà décidé de sa conclusion, mais ça change quand même tout le temps. C’est dû au fait que je change tout le temps d’avis.

• Promise Cinderella est une série relativement longue avec 16 volumes. Peut-on s’attendre à une pareille longévité pour Les Noces des Lucioles ?

Quand j’ai commencé Promise Cinderella, je pensais m’arrêter vers le volume 5 ou 7. Mais en la dessinant, l’envie d’en faire davantage m’a prise et donc je pense que pour Les Noces des lucioles, on devrait aller vers 11 ou 12 volumes.

illustration les noces des lucioles
© 2025 Oreco Tachibana / SHOGAKUKAN

• Quels sont les plus grands défis que vous ayez rencontrés en tant qu’auteure de mangas ? Comment les avez vous surmontés ?

Comme pour tous les mangakas, mon dilemme, c’est le risque que ce que je souhaite dessiner n’est pas ce que les lecteurs veulent lire. Heureusement, tout ce que je crée, le public l’accepte et l’adore. Cet équilibre me convient : j’ai l’impression de dessiner ce que le public veut lire actuellement. Cela me permet de vivre comme mangaka.

• Comment avez-vous accueilli l’adaptation en live-action de Promise Cinderella ? Avez-vous participé à cette adaptation ?

J’étais très contente, voire excitée par l’existence de cette série TV. Chaque semaine, à sa diffusion, j’étais devant mon écran avec mon portable à la main pour pouvoir échanger des messages avec les fans. Après, je suis allée sur le plateau de tournage, je l’ai observé et j’en ai tiré un mini-manga. J’ai aussi réalisé des vérifications sur le scénario, les dialogues, etc.. Après, j’ai fait peu de choses car c’est mon Tantô qui a réalisé le gros du travail de vérification.

• Est-ce que vous avez eu envie de jouer dans cette série TV ?

Non, non merci ! [Rires]

• Souhaiteriez-vous voir Les Noces des lucioles être adaptée en anime ou en série TV ?

Oui, j’aimerais bien. En anime particulièrement.

• Est-ce que vous aimeriez doubler un personnage dans cette adaptation ?

Je n’aimerais pas doubler un personnage, je me contente de dessiner.

• Aimeriez-vous participer à l’audition des doubleurs ? Vous imaginez quels types de voix pour Satoko et Shinpei ?

J’imagine que Shinpei aurait une voix plutôt enfantine. Satoko, elle, est jeune, mais sa voix serait calme et posée.

• Dernière question : avez-vous déjà votre prochaine œuvre en tête ou une histoire que vous n’avez pas encore racontée ?

Il y a beaucoup d’histoire que j’aimerais dessiner ; c’est sans fin. J’ai peut-être trop d’idées dans mon esprit. C’est pour ça que je n’y pense pas trop, car je dois focaliser mon attention sur Les Noces des Lucioles. Toutefois, si je devais réaliser une nouvelle série, ce serait un drame humain dans le milieu du sport.

• Comment vous sentez vous avec Japan Expo (l’entretien a été réalisé la veille de la convention, NDLR) ?

Je suis très timide et je n’arrive pas à parler devant un grand public. J’avoue avoir le trac.

Par Malgorzata NATANEK Romuald LEFEBVRE

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN :

Oreco Tachibana tiendra une masterclass à Japan Expo 2025 le samedi 5 juillet de 14:00 à 15:00. L’accès à la masterclass est sujette à une inscription au préalable sur le site de la convention, ainsi qu’à la limite des places disponibles.

L’auteure réalisera aussi des dédicaces le jeudi 3 juillet de 16:00 à 18:00 et le samedi 5 juillet de 15:30 à 17:30. Les dédicaces seront tirés au sort à 11:30 les jours concernés sur le stand de l’éditeur Glénat, sur la preuve de l’achat d’une œuvre de l’auteure.

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