Très bon
18 février 2026
Magnus emménage dans une petite bourgade vieille de plus de mille ans, où sa mère vient d’être engagée pour superviser la restauration de bâtiments qui en ont grandement besoin. Si cette dernière est optimiste quant à ce nouveau départ dans la vie, c’est loin d’être une vision partagée par son fils. Avoir 9 ou 10 ans et changer de ville, d’école et d’amis, ce n’est jamais anodin. D’autant que Magnus est en plein deuil de son chat, subit la séparation de ses parents et l’absence du père, constamment en “voyages d’affaires”. Le travail de sa mère sur les bâtiments prend alors une dimension symbolique : à travers cette restauration, on perçoit une métaphore de l’état de leur famille et de la nécessité de reconstruire des liens fragilisés.
À l’école, seuls deux garçons, Chris et Even, d’un an ses aînés, s’intéressent à Magnus. Ce sont des brutes qui ne manquent pas une seule occasion de laisser la trace de leur bêtise sur leur passage. Ces deux garnements ne tardent pas à entraîner Magnus dans leurs mauvais coups. Et pour s’intégrer, il se sent obligé de les suivre. C’est le poids de la pression sociale : ce besoin d’appartenance, d’attention, qui vous égare et finit par altérer le jugement comme le discernement. Aussi, Magnus passe son temps à rêvasser en cours et ses résultats ne tardent pas à en pâtir. C’est alors qu’il fait la rencontre du fantôme d’une fille prénommée Saga. Assez vite, ils se lient d’amitié et la jeune fantôme aide Magnus à faire ses devoirs - ou plutôt, les fait à sa place. Magnus lui rend la pareille en lui tournant les pages de livres ésotériques, une tâche qu’elle ne peut accomplir dans son état spectral. Saga cherche à comprendre comment atteindre la paix et rejoindre l’au-delà, et ces livres pourraient lui fournir des éléments de réponse.
Mais comme Magnus est le seul à voir Saga, il craint d’être pris pour un illuminé ou que l’on pense qu’il s’invente une amie imaginaire. C’est un peu pour cette raison qu’il garde le silence à propos de leur relation. Entre mauvaises fréquentations, surnaturel et secrets bien enfouis, le quotidien du jeune garçon va se retrouver encore plus chamboulé qu’il ne l’était en arrivant à Hanteville. En même temps, avec un tel nom de commune, il fallait peut-être s’y attendre.
La Norvégienne Michelle Tolo, adepte des arts conceptuels et numériques, et formée à l’animation 2D et 3D, a notamment travaillé sur le blockbuster Transformers : The Last Knight, sorti en 2017. Mon amie fantôme est sa toute première série de bande dessinée. Elle esquisse ici le portrait d’une préadolescence assez classique, teintée toutefois d’une touche de fantaisie. Les personnages de Magnus et de Saga sont différents en bien des points et pourtant liés par le croisement de leur destin. Cette relation hors norme, amitié imparfaite et légèrement opportuniste par moment, est particulièrement touchante, et ce, dès l’illustration de couverture. En parlant de couverture, on note un contraste marqué de textures entre celle-ci et le contenu même de la bande dessinée - et ce, sans que ce soit choquant. Si les personnages sont expressifs, il n’y a néanmoins pas beaucoup de variations : d’une page à l’autre, on retrouve un peu les mêmes mimiques.
La bande dessinée est pensée comme un film d’animation, ce qui n’étonne guère compte tenu du parcours de l’autrice et de la manière dont les cases et les plans sont séquencées. Le lot de rebondissements rend l’histoire d’autant plus prenante. Même si l’histoire paraît presque autonome, le sous-titre “Première Rencontre” sur la couverture compense l’absence de numérotation et d’indication d’une potentielle suite. Il s’agit bien du premier tome d’une “saga” (il fallait bien faire le jeu de mots) dont trois volumes ont déjà été publiés en Norvège. On espère pouvoir découvrir ces suites prochainement.
Par Rémi BARNAULT
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Mon amie fantôme : première rencontre est en vente aux éditions Jungle, pour 13,95 €.