Guerre mondiale, la marine militaire anglaise règne en maîtresse sur tous les océans et les mers. Dans cette guerre maritime qui voit s’affronter de titanesques cuirassés, croiseurs de bataille ou encore croiseurs-cuirassés, une arme dénote quelque peu : le torpilleur-submersible, mieux connu sous le nom de sous-marin. Ces engins ne sont pas nouveaux, on en trouve déjà la trace dans des récits antiques, mais dans les premiers mois du conflit mondial, le sous-marin - qu’il soit allemand, français ou anglais - demeure encore une machine imparfaite, malodorante, lente et faiblement armée. Franchement, que pourrait bien faire un submersible déplaçant quelques centaines de tonnes contre un vaisseau de surface armé de puissants canons et dont le tonnage se compte en dizaine de milliers de tonnes ?
Mais aux premières lueurs du 22 septembre 1914, l’improbable va ébranler les certitudes. Dans les eaux grises de la mer du Nord, le sous-marin U9 de la Kaiserliche Marine allemande, avec à son bord un équipage de 26 hommes commandé par le kapitänleutnant Otto Wediggen, va envoyer par le fond trois grands croiseurs-cuirassés anglais en moins d’une heure, infligeant à la Royal Navy l’un des plus sévères camouflets de la Première Guerre mondiale, avec 1450 marins tués lors de cette attaque. Équipé seulement de six torpilles, le sous-marin de 57 mètres va couler les trois croiseurs-cuirassés de 134 mètres de long (et 12000 tonneaux) l’un après l’autre, tranquillement, car les navires anglais restent sur place, persuadés que le premier bateau a été touché une mine… Comme le dit l’un des marins allemands dans l’album, à propos du mépris du commandement allemand pour les sous-marins : « on est parti traités comme des pestiférés, on revient adulés comme des dieux ! »
Cet album intitulé U9 est le seizième de la collection Les Grandes Batailles navales, coéditée par Glénat et le Musée national de la Marine. Grand maître de cette collection, Jean-Yves Delitte (peintre officiel de la Marine royale belge) signe un scénario prenant et à hauteur d’hommes, qui contextualise la situation des sous-marins lors des débuts de la Première Guerre mondiale, avant de détailler par le menu l’audacieuse attaque du U9 allemand. Un album qui aurait dû être dessiné par le vétéran Philippe Adamov (les Eaux de Mortelune), mais il est décédé après avoir réalisé une vingtaine de pages crayonnées (l’album lui est dédié). Le dessin a donc été repris par le dessinateur italien Fabio Pezzi (couleurs de Douchka Delitte), qui s’acquitte avec talent de sa tâche, avec des représentations de bateaux spectaculaires. Un dossier historique bien fait complète l’album.
Par Dominique ERNST
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