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Favori de la rédaction
3 novembre 2025
Dernier album de la collection Rivages graphiques qui devrait passer chez Actes Sud cette fin d’année, le roman graphique de Genis Ricol étonne, jouant avec les codes de la BD. Il nous entraîne dans un univers où l’absurde, la poésie et l’art s’entremêlent pour raconter l’histoire d’un rendez-vous sentimental qui risque de ne pas avoir lieu à cause d’un théâtre à traverser mais dont la fin de la pièce attend le bon vouloir d’un dramaturge possiblement en manque d’inspiration.
L’auteur pour sa première BD réussit un tour de force.
Le théâtre désigne à la fois le lieux et le spectacle vivant (représentation encadrée et outillée d’une situation et de personnages interagissant) joué devant des spectateurs (regard extérieur). Brunilda à la Plata mêle le « réel » de Norman qui a rendez-vous à 21h avec Brunilda au restaurant La Plata avec l’histoire sans fin de monsieur le dramaturge.
En effet, la pièce n’a pas encore de fin écrite. Tandis que sur scène, les comédiens courent, se querellent ou jouent et sont surtout déboussolés, dans les gradins, le public s’impatiente, « même ceux qui prennent plaisir à aimer ce que les autres détestent ». Pendant ce temps, en coulisses, le dramaturge, trop ambitieux, trop inspiré ou dubitatif quant à son talent, dialogue avec sa conscience et repousse sans cesse la fin de l’histoire.
Norman, espèce de Pierrot lunaire, économe de ses paroles pour cause de grande timidité, évolue de décor géométrique en décor chaotique, de personnage à personnage, pour finir par s’enfuir à dos de cheval. Il est le fil visible, montant ou descendant des escaliers, traversant les interrogations des uns et la lassitude des autres.
C’est absurde bien sûr, à l’image de ce comédien qui interprète une table ou de ce souffleur qui n’a aucun dialogue à souffler avant de devoir improviser sur des artichauts (alors que c’est la saison des endives).
Et c’est tout autant réfléchi mettant en scène et en abîme les sentiments complexes et le processus créatif. Ainsi de ce dramaturge qui veut commettre le chef d’œuvre qui lui vaudra l’admiration de tous et qui, au final ne supportera pas le compliment de celle qu’il admire.
Graphiquement, c’est juste incroyable : le dessin, les couleurs, les séquences en noir et blanc, les pleines pages, les doubles pages, les petites cases, les mouvements et l’équilibre instables de Norman, les expressions des visages, les cases remplies à l’excès de personnages, …
Si Genis Ricol a été accueilli en résidence d’artiste à la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, il est plutôt connu pour ses courts métrages.
Un album étonnant, rare, dans une production actuelle pourtant pléthorique d’un auteur jusqu’ici quasi-inconnu.
Par Christian GRANGE
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