Très bon
30 octobre 2024
Souvenez-vous dans le tome 4 ouvrant ce second chapitre du Tueur - Affaires d’État, le Tueur, habituellement impassible, est confronté à des épreuves qui menacent son détachement légendaire.
Réfugié dans un chalet reculé des Cévennes pour préparer l’assassinat d’un notaire d’Alès, il découvre à son retour que deux enfants réfugiés (un frère et sa soeur) se sont introduits dans sa planque. Ces enfants font partie d’un groupe de migrants retenus par un réseau de passeurs, opérant dans une ferme non loin de là. Mais le destin est cruel : les enfants sont repris par les trafiquants durant son absence, et celui-ci retrouve le cadavre du jeune garçon. Ce drame, bien qu’il ne l’admette pas encore, l’ébranle profondément.
Plus tard, Barbara, son agent de liaison à la DGSE, lui confie une nouvelle mission : éliminer Robert de Coutances, un procureur corrompu impliqué dans un réseau sordide de prostitution infantile, et qui se croit intouchable. Pour cette mission délicate, il sera épaulé sur le terrain par la jeune femme. Mais cette affaire, bien plus abominable qu’à l’accoutumée, semble affecter la froideur légendaire du Tueur. Pris par des émotions inédites, il pourrait bien commettre une erreur fatale, laissant transparaître une fragilité qu’il s’efforce habituellement de dissimuler. Et l’erreur se produit à la fin du tome 5, lorsque le Tueur aperçoit la jeune fille migrante qu’il croyait perdue, au milieu des trafiquants du réseau de prostitution infantile. La mission bascule, le Tueur décide de faire justice lui-même en abattant sans merci les dirigeants du réseau ainsi que leurs gardes du corps. Un vrai massacre ! Son agent de liaison s’inquiète des conséquences de cet acte impulsif, d’autant que la discrétion était un impératif. La maxime qu’il suit habituellement, « La mort et la vie, c’est noir ou blanc. Presser sur la détente, c’est oui ou c’est non... », s’érode devant le danger auquel il s’expose volontairement pour préserver la vie de la gamine. Barbara, observant ce dilemme de près, décèle en lui une lueur d’humanité qui l’inquiète autant qu’elle l’intrigue.
La situation dérape lorsqu’ils deviennent à leur tour les cibles du réseau qu’ils pourchassent. Le Tueur défend le chalet et s’enfuit avec la fillette. Son parcours jusqu’ici marqué par l’indifférence cède la place à un instinct de survie combiné à une humanité naissante, rappelant le personnage torturé du premier cycle, quand il frôlait la chute.
À travers ces deux albums, Matz réussit à humaniser un personnage qui, jusqu’ici, n’avait jamais dérogé à ses principes. Le Tueur se retrouve à jouer les anges gardiens, nous rappelant l’ambiance des tout premiers albums où la solitude et la culpabilité le poussaient aux limites du désespoir. Cette fois, le Tueur ne sombre pas dans la dépression ; bien au contraire, il utilise toute son expertise pour protéger cette enfant qui semble réveiller en lui des sentiments enfouis. C’est dans cette vulnérabilité inattendue que réside la force narrative de ce second cycle Affaires d’État.
Graphiquement, Luc Jacamon poursuit son travail remarquable, capturant avec une précision et une intensité visuelle les dilemmes du personnage. Quelques faux raccords n’entament en rien le plaisir de lecture, tant le rythme et l’émotion sont au rendez-vous. Le Tueur - Affaires d’État atteint ici son apogée, explorant la complexité d’un homme dont l’humanité refait surface à mesure qu’il transgresse ses propres règles. Le duo Matz-Jacamon nous livre ainsi un thriller où l’action et l’introspection se mêlent avec brio, offrant une conclusion à la fois satisfaisante et poignante à ce cycle captivant.
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À lire sur ActuaBD.com :
Le Tueur - Affaires d’État T. 6 : Rigor Mortis - Par Luc Jacamon & Matz - éditions Casterman. Album paru le 16 octobre 2024. 64 pages, 12,95 euros.
Le Tueur - Affaires d’État T. 5 : La face cachée de l’abîme - Par Luc Jacamon & Matz - éditions Casterman. Album paru le 11 octobre 2023. 64 pages, 12,95 euros.
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