Pas mal
25 février 2025
Loup a 30 ans, une copine, un boulot d’architecte. Tout semble aller pour le mieux. Mais ce que Loup ne dit pas c’est que, en cachette, il voit des hommes et couche avec eux. Ces escapades semblent être pour lui une manière de vivre sa véritable orientation sexuelle, tout en continuant à faire ce que l’on attend de lui. Il a d’ailleurs tellement bien suivi les conventions, que le voilà sur le point d’acheter un appartement avec sa copine, Léa...
Sa double vie bascule le jour où l’une de ses rencontres secrètes tourne mal, et le voilà en fuite. Sur son chemin, il rencontre d’abord trois jeunes hommes, trois « frères » incarnant de manière assez caricaturale (il faut le dire) la masculinité toxique : gros bras, cicatrices sur le visage, sourcils froncés en permanence, sourire narquois... Mais avec l’un d’eux, Nino, s’installe un rapport de séduction aussi soudain qu’inattendu.
Après une altercation avec la police, Loup s’enfuit avec Nino. Mais, abandonné par celui-ci, il se retrouve à nouveau seul, et ce sera une femme, cette fois, qui va le recueillir, l’emmener dans les montagnes et écouter son histoire. Notre jeune héros continuera ensuite ses péripéties, jusqu’au plongeon final vers son identité profonde.
Pourtant prometteur, ce récit présente beaucoup d’éléments lui faisant défaut. Tout d’abord, les repères spatio-temporels sont assez flous (avec notamment un flashback, placé en plein milieu du déroulement de l’histoire, ce qui la rend la lecture un peu confuse).
La relation entre Loup et Nino n’apporte pas grand-chose à l’histoire, si ce n’est une intense scène de sexe sur le fameux phare, où l’on sent que le dessinateur a voulu se faire plaisir (sans mauvais jeu de mots). Ce phare est d’ailleurs évoqué comme une métaphore importante (symbole phallique et symbolisant l’ancrage et la stabilité, lieu où Loup a eu sa première fois avec un homme...), utilisé comme titre pour la BD, mais n’a finalement l’air que d’un détail dans le déroulement de l’histoire et pas d’un réel élément du récit.
Ayant grandi à Pau, Valentin Maréchal a bien connu les Pyrénées. Et ce sont finalement elles qui ont l’air d’apporter une révélation au personnage, le poussant dans ses retranchements, cruelle et intraitable, tout comme la femme qui recueille. Celle-ci va d’ailleurs faire office de Jiminy Cricket, lui donnant ce tranchant conseil : « - Libère-toi et libère-la ! » (en parlant de Léa, la copine de Loup). Il est intéressant de noter que ce personnage ne sera jamais nommé et n’aura pas de développement narratif particulier, comme s’il personnifiait tout simplement la conscience de Loup.
C’est d’ailleurs un peu le cas de tous les personnages dans Le Phare : l’auteur aborde de manière trop superficielle leur histoire, leur caractère et leurs relations respectives, comme s’ils n’étaient que des allégories.
Il y a en fait, dans cette bande dessinée, deux voies narratives qui se confrontent et se côtoient : ’un côté, "Nino/Phare", de l’autre, "La femme/ la ontagnes". Malheureusement, la partie qui apporte le plus de bon sens et de réponses aux interrogations de notre héros n’est pas celle qui sera la plus développée... (Vous devinerez de laquelle il s’agit).
Dernier point un peu maladroit, la fin, qui arrive de manière très abrupte et laisse beaucoup de questions sans réponses. Que devient Nino ? Que devient leur relation ? Comment Loup rentre t-il chez lui et confronte t-il Léa pour lui avouer la vérité ?
Malgré un récit qui part un peu dans tous les sens, on peut tout de même souligner la qualité du dessin de Valentin Maréchal, son beau travail sur les couleurs et également le découpage, qui est très bien maîtrisé. Une BD qui manque de maturité en termes de scénario, mais qui délivre tout de même un message fort sur l’acceptation de soi et le refus de se plier aux normes.
Par Perrine LAVOREL
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