Pas mal
31 décembre 2025
De tout cela, la bande dessinée ne va reprendre qu’une petite partie, certes intéressante mais sûrement insuffisante pour celles et ceux qui connaissent et apprécient l’univers d’Eric Fouassier. L’inspecteur Verne, qui confère tout son charme aux livres de base, a quasiment disparu de toute la bande dessinée. Absent pour des raisons inconnues, il laisse le soin de résoudre une affaire particulièrement horrible à sa collaboratrice Aglaé, soutenue par Tafik et l’Entourloupe. Ces deux derniers personnages manquent eux-aussi de consistance par rapport à l’œuvre originelle.
Les auteurs de la bande dessinée récupèrent ensuite l’époque et le climat dans lesquels évoluent les personnages d’Eric Fouassier : un Paris du premier tiers du 19e siècle, en proie à l’agitation des légitimistes fidèles au roi, souverain contesté par ceux qui réclament plus de liberté et revendiquent les acquis de la Révolution. Le contexte politique de cette période, pourtant très mis en avant dans la série de base, manque de force dans la bande dessinée.
Dans la capitale française, une série de crimes est commise. Les victimes sont retrouvées, mutilées et tatouées. Un drôle d’assassin masqué semble se venger de manière sauvage sur un groupe d’individus qui organisent des soirées secrètes. C’est le troisième héritage de la série de départ, plutôt bien repris celui-ci, puisque le célèbre inspecteur Verne est chargé par la Préfecture de Paris de résoudre des affaires liées au monde de l’occulte, de l’étrange et surtout générées par la déviance des Hommes.
Alors que le directeur du Bureau des affaires occultes est absent, ses trois collaborateurs s’engagent dans une course contre cet étrange assassin. Guidés par le commissaire Vidocq, l’enquête les mènent dans des cirques, dans les bas-fonds de la capitale et dans les manoirs de la grande bourgeoisie.
Au point de vue graphique, l’univers parisien du 19e siècle est plutôt bien campé, à la fois mystérieux la nuit et lumineux le jour, mais toujours teinté d’une lueur une peu feutrée et souvent brumeuse. Le rythme du scénario est soutenu et excite le désir de connaître la chute et le dénouement de l’histoire. La vraie interrogation porte cependant sur la réception d’un tel premier tome par une lectrice ou un lecteur qui n’a jamais lu les ouvrages d’Eric Fouassier. En saisira-t-il les véritables enjeux, la véritable ambiance, la substantifique moëlle qui font l’originalité et l’intérêt des livres d’Eric Fouassier ?
Car beaucoup de choses résident en la personnalité de l’inspecteur Verne. Les fans de ce dernier regretteront à coups sûrs son absence, les questionnements internes qui le torturent et qui viennent des horreurs qu’il a vécues quand il était enfant. Elles le guident dans ses agissements et dans sa manière de voir et de considérer chacune des affaires qu’on lui confie.
Y aura-t-il une suite ? Si oui, apportera-t-elle plus de consistance et de contexte à ce premier volume qui, il faut bien l’avouer, nous a laissés un peu sur notre faim ?
Par Romain BLANDRE
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