L’improbable révolution de Corentin Tréguier au Royaume-Uni - Par Suarez & Hamo - Ed. Nathan

Par Rémi BARNAULT Bon 19 août 2025 
Ce cher Corentin Tréguier ! Toujours là où on l’attend le moins. Après avoir foulé les terres du futur Congo belge, le voilà embarqué vers le Nouveau Monde… du moins en théorie. Car un détour imprévu va bouleverser ses plans, entre lutte des classes et capitalisme. Emmanuel Suarez signe l’adaptation en bande dessinée du dernier épisode de son podcast.

Nous retrouvons le fort sympathique naturaliste breton Corentin Tréguier suite à son expédition au Congo dans le précédent album. Le charmant jeune homme doit désormais se rendre aux Indes occidentales. Mais, suite à une escale, disons-le, enivrante dans un bar de Cardiff, au pays de Galles, il se retrouve détroussé de tous ses moyens.
En l’espace d’un instant, il va connaître une véritable descente sociale.

L'improbable révolution de Corentin Tréguier au Royaume-Uni - Par Suarez & Hamo - Ed. Nathan
© Nathan.

Celui qui était devenu un scientifique aussi érudit que naïf sur les bords, fils de baronne, avec une assez bonne situation et des amis, se retrouve relégué au rang de prolétaire sans contact, sur un territoire inconnu. D’aucuns se hâteraient d’écrire une missive pour que sa maman vienne le chercher et le ramener au confort du foyer.
Mais ce coup du destin va faire germer une toute autre idée dans la tête de Corentin. L’intellectuel décide d’accepter son sort et se fait rapidement employer à la mine de charbon locale.

Un poste de piqueur ou de boiseur ? Le choix ne lui est bien évidemment pas laissé. Très vite, Tréguier va se confronter aux conditions de travail catastrophiques des mineurs et commencer à remettre en question ses acquis, à ouvrir les yeux. Il va faire la connaissance de personnalités fortes et lier de nouvelles amitiés. Mais surtout, il va lancer, bien malgré lui, du pays de Galles à l’Angleterre, une grève, une marche, une révolte, une révolution. Rien que ça.

Du son au papier

Il s’agit de l’adaptation en BD du podcast – à vrai dire, le terme livre audio serait plus précis – de l’auteur Emmanuel Suarez, produit avec France Culture. Adaptation qu’il réalise lui-même. Il faut dire que l’artiste est un véritable touche-à-tout. Au cinéma, à la radio ou encore au théâtre, Suarez est parfois auteur, metteur en scène et même comédien. Le tout en français comme en anglais et même à l’étranger.

Avec Corentin Tréguier, Suarez fait se rencontrer la fiction et l’histoire, mettant en avant des moments clés de la fin du 19e siècle. Dans ses histoires audio, les étoiles sont plus ou moins alignées pour une bonne immersion. Il y a bien sûr des bruitages et les différents personnages sont interprétés par divers comédiens. Mais la particularité, c’est qu’il n’y a pas de narrateur externe pour introduire le cadre et tout ce qui n’est pas dit par les personnages. De surcroît, Corentin ne s’adresse pas directement aux auditeurs. Un choix artistique qui peut dérouter dans l’immersion, même si l’on chipote peut-être. Mais la réalisation reste de bonne qualité et l’histoire tout aussi palpitante.

Quand on rentre dans l’univers et ses personnages, on peut se dire que le format bande dessinée collerait parfaitement. Après s’être créé ses propres images mentales, en écoutant les personnages, en visualisant l’action et les décors, il est toujours intéressant de voir cette dimension prendre forme concrètement, que ce soit en film ou, en l’occurrence ici, en bande dessinée.

Après l’adaptation de la première histoire : “L’incroyable expédition de Corentin Tréguier au Congo”, c’est au tour de “L’improbable révolution de Corentin Tréguier au Royaume-Uni“ de passer au 9e art. Incroyable ? Improbable ? Plus ou moins, oui.

À la lecture de la bande dessinée, on prend acte de dialogues pointus, incisifs, poussés et écrits de manière très orale. Il faut dire que ce sont littéralement ceux du livre audio, mais taillés pour rentrer dans les bulles. Quelques dialogues sont même supprimés, sans pour autant altérer l’intrigue. Des silences durant parfois une page, voire plus, laissent place à l’émotion de la mise en scène. Une adaptation qui reste assez fidèle en somme.

© Nathan.

De par le ton et le traitement de l’histoire dès sa version audio, on aurait pu s’attendre à un style graphique purement réaliste. Le dessin de Pierre-Yves Berhin, alias Hamo, penche vers un style franco-belge en ligne claire et au nez un peu arrondi qui va bien.
L’action se veut plutôt lente. De surcroît, la complexité des propos parfois techniques des personnages tend à nous faire nous attarder sur certaines bulles. Rappelant le format d’origine, la bande dessinée est scindée en 10 actes.

L’union fait la force

L’histoire est portée par un protagoniste qui se veut on ne peut plus populaire malgré les premières apparences. D’une grande bienveillance, proche des gens, humble, intéressant et au final imparfait, Corentin est un héros moderne, peut-être même en avance sur son temps – sans faire trop tache dans le paysage – qui fait du bien. Le personnage de Corentin Tréguier s’inscrit aussi dans la lignée des héros type Tintin et autres Spirou.

Si Corentin se fait un bon nombre d’amis, il attire aussi quelques ennemis, dont une clique d’archétypes de riches bourgeois magnats et capitalistes dominant la région. Parmi eux, Lord Bolingbroke, froid propriétaire des mines. Courtois et chaleureux lors d’une brève rencontre sur le bateau vers Cardiff, il feint ensuite de ne plus reconnaître Corentin lorsqu’il devient mineur, par pur mépris de classe ou pour effacer toute trace d’une relation jugée compromettante. Cette bienveillance de façade trahit un manipulateur. Même si sa présence reste limitée dans l’histoire, ses passages sont percutants.

On découvre aussi une reine éloignée des réalités de son royaume, peu informée de ce qui se trame dans ses profondeurs, et surtout influencée par des perfides qui tirent les ficelles de l’économie et du peuple.

Notons aussi le retour des proches de Corentin : Camille, sa presque-fiancée, féministe aussi courageuse qu’habile, doublée d’une fine espionne et journaliste ; et Christian, originaire du Congo, qui incarne toujours la voix de la sagesse et de la raison. Il y a aussi la mère de Corentin, avec qui les relations ne sont pas toujours simples.

En finalité, ce petit monde formé par Corentin et ses amis récents comme de longue date forme une complémentarité sans pareille. Le vrai cœur de cette bataille.

Un théâtre historico-romanesque

En outre, cette révolution de Cardiff jusqu’aux portes de Buckingham apporte plus de réflexion aux accents philosophiques et politiques que de condamnation pure et dure.
Aussi, le dénouement laisse plusieurs questions ouvertes et suggère également une prochaine aventure dont on ne sait rien. L’auteur sait garder le mystère.

© Nathan.

S’il est vrai que de grands mouvements de lutte des classes ont agité la Grande-Bretagne et que les conditions de vie et de travail dépeintes dans la BD sont authentiques, aucun événement d’une ampleur comparable à celui raconté ne semble avoir réellement eu lieu autour de 1875. Cela n’enlève en rien le travail de mise en lumière pertinent des conditions de travail de l’ère industrielle du Royaume-Uni.

Nathan – qui, rappelons-le, est un éditeur spécialisé dans les ressources pédagogiques – aurait pu réaliser un petit carnet documentaire pour accompagner l’album. Un éclairage qui aurait été bienvenu.

Par Rémi BARNAULT

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Code EAN : 9782095030162

L’improbable révolution de Corentin Tréguier au Royaume Unis est en vente aux éditions Nathan pour 22 €.

Nathan ✍ Emmanuel Suarez ✏️ Hamo à partir de 13 ans Aventure Histoire Royaume-Uni
 
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PAR Rémi BARNAULT  
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