Paris, dans un futur proche. Salvo, un jeune architecte et dessinateur italien, timide et un peu paumé, échappe de justesse à un attentat dans le métro.
Revenons en arrière. La France a basculé dans la Sixième République, un régime autoritaire, ouvertement raciste et contrôlé par la police, dirigé par une Présidente. En parallèle, un collectif révolutionnaire, nommé « L’Écran blanc », tente de contrer ce régime à coup de manifestations et d’attentats à la bombe. Aux grands maux, les grands remèdes...
Sistine, collègue et amante de Salvo, fait partie de ce groupe et prévoit de participer à un attentat bidon. Ce dernier a pour but de démontrer la corruption du système politique. L’attentat dégénère, Sistine disparaît et Salvo se retrouve embarqué malgré lui dans un complot qui va bien plus loin que ce qu’il pouvait imaginer.
Dessinateur et scénariste de ce roman graphique vertigineux, Enrico Pinto est également architecte de formation. Alors, évidemment, l’architecture parisienne a la part belle dans ce roman graphique tout en noir et blanc, qui foisonne d’éléments narratifs mais déroute par son rythme assez inégal : un début très lent, un décor qui peine à s’installer puis tout s’enchaîne très voire trop vite. La temporalité n’est pas toujours évidente et l’absence de couleurs n’aide pas forcément à retenir certains détails, pourtant importants pour comprendre l’intrigue. Également, le trait de Pinto, assez rigide, ne rend pas toujours hommage aux scènes d’action.
On peut cependant applaudir la virtuosité graphique du dessinateur, avec de très beaux plans et un découpage qui alterne entre un gaufrier traditionnel - qui illustre d’ailleurs très bien le carcan et la société étriquée dans lesquels vivent les protagonistes -, de magnifiques pleines pages et des planches plus audacieuses. On peut admirer un dessin en pointillés bleus, venant remplacer le noir et blanc, pour représenter les rêves ou le passé du protagoniste.
Le dessinateur alterne également entre BD traditionnelle "à bulles" et cases sans dialogues mais "sous-titrées", comme une voix off. Ce qui est apporte une certaine fraîcheur à une mise en page qui aurait pu être trop classique.
Initialement publié en 2023 chez l’éditeur italien Coconino Press, L’Écran blanc a été traduit en français par les éditions Presque Lune en 2024 et a reçu le prix Révélation "Cecchetto" 2024 du festival de la bande dessinée de Trévise (Italie). Enrico Pinto nous y propose une dystopie, qui pourrait définitivement servir de base à un épisode de Black Mirror et qui n’est pas si éloignée de notre réalité.
Par Perrine LAVOREL
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