Au scénario Denis Gombert, boxeur et essayiste et Arnaud Delalande, déjà collaborateur de Liberge sur Fritz Lang, ont pris soin de retranscrire tout le parcours du cinéaste en commençant par sa mort mystérieuse sur une plage à Ostie en 1975 : attiré dans un guet-apens. Pier Paolo Pasolini, 53 ans, est molesté et assassiné par une bande de garçons masqués. Alors qu’il agonise, il voit apparaître son ange et se met à dialoguer avec lui.
De cette belle idée cohérente avec le mysticisme de l’œuvre du cinéaste, on peut alors avec le regard de l’ange, revisiter toute sa tumultueuse carrière : voilà un curieux examen de conscience dont le lecteur devient le témoin.
Pasolini y apparaît sans fard sous toutes ses contradictions : progressiste et passéiste, déchiré entre la ferveur religieuse et ses pulsions érotiques homosexuelles, mais toujours en quête de beauté et d’humanité à travers la violence du monde qu’il n’a cessé de dénoncer.
Au dessin, Eric Liberge donne une belle ampleur à ce dialogue dans un magnifique noir et blanc tout en clair-obscur, avec des pleines pages surréalistes et mystiques pour faire ressentir la complexité de l’âme de cet artiste en quête de rédemption
Un pari osé et réussi qui donne envie de redécouvrir l’œuvre d’un des plus grands cinéastes italiens qui a su dénoncer le fascisme rampant de notre modernité et en a sans doute payé le prix...
Par Stéphane GROBOST
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L’Ange et Pasolini - Éric Liberge, Arnaud Delalande & Denis Gombert - Ed. Denoël Graphic