Très bon
8 avril 2025
1918, la Première Guerre mondiale se termine. Malheureusement, alors que la lutte devrait cesser, les derniers soldats tombent au combat. Leur mort est d’autant plus pénible à admettre qu’elle est totalement inutile. C’est ainsi que Jules Matrat, jeune paysan de la Haute-Loire perd son ami Louis Agnin. Le chagrin est immense, insurmontable et vient s’ajouter au traumatisme d’après-guerre.
Personne d’autre que son frère d’armes ne pouvait le comprendre, lui qui avait partagé la même expérience et enduré un tel sacrifice. De retour dans sa région, il est considéré comme un chanceux, lui qui n’a même pas été blessé. Mais ses blessures sont intérieures. Il ne parvient pas à encaisser la perte de son meilleur ami.
Pourtant ses parents et sa fiancée sont heureux de le retrouver vivant. La vie va pouvoir reprendre là où elle s’était arrêtée quatre ans plus tôt. Est-il pour autant possible de tout reprendre, comme si rien ne s’était passé ? Si la vie des paysans est toujours aussi dure, tout le monde a vieilli. Les poilus de retour au bercail sont soit mutilés soit enfermés dans un mutisme absolu car personne ne peut comprendre l’inexprimable. Ils restent isolés, hantés par l’enfer qu’ils ont connu.
Serge Fino réussit avec beaucoup de justesse à nous décrire ce qui peut se montrer difficilement par le dessin : la psychologie des personnages. Il a évidemment recours aux cases narratives. Celles-ci ne sont cependant pas trop envahissantes mais appuient en peu de mots, en bon adjuvant, un graphisme expressif.
Les décors champêtres et bucoliques contrastent avec la réalité que doit surmonter cette génération qui ne demandait qu’à vivre paisiblement au gré des saisons et des événements heureux de la vie du village.
« Jules Matrat » est une adaptation prenante et réussie d’un roman un peu oublié. Elle permet au lecteur un regard profond sur les séquelles laissées par la Grande Guerre sur nos aïeux et les générations suivantes. Et même si, en raison de son approche différente, l’action est un peu absente, la lecture en reste passionnante. Le troisième tome nous livrera le dénouement.
Par David SPORCQ
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