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Isao Takahata, le poète de l’animation japonaise mis à l’honneur à Paris

Par Jacques LOBE Jade MOUTI 16 octobre 2025 
Parmi les grands studios d’animation japonaise, deux noms reviennent souvent : la Toei Animation — connue pour ses adaptations de One Piece et Dragon Ball —, et le studio Ghibli, dirigé par le légendaire Hayao Miyazaki. Tous deux sont nés dans l’après-guerre et ont accueilli de nombreux talents, dont l’un des cofondateurs de Ghibli : le réalisateur Isao Takahata. Ce dernier est aujourd’hui mis à l’honneur dans une exposition à Paris, à la Maison de la culture du Japon (MCJP).

Située à deux pas de la Tour Eiffel, la MCJP accueille une exposition consacrée à la carrière d’Isao Takahata. En raison des comparaisons fréquentes avec son collègue génial, cette exposition est la première à braquer ses projecteurs uniquement sur le travail de Takahata. Elle permet ainsi au grand public d’en apprendre davantage sur ce réalisateur francophile — diplômé en langues et littératures françaises — mais surtout de mesurer le rôle qu’il a joué dans l’évolution de l’animation japonaise. Ouverte du 15 octobre 2025 au 24 janvier 2026, elle se divise en quatre grandes sections.

Un pionnier de l’animation
La première partie de l’exposition revient sur les débuts de Takahata. Rêvant de devenir réalisateur de dessins animés, il fait ses armes au sein de la Toei Animation, notamment sur la série Ken l’enfant-loup (1963-1965). Il s’y distingue par son talent avant de réaliser son premier long-métrage pour le cinéma : La Grande Aventure de Hols, prince du Soleil — connu en France sous le titre Horus, prince du Soleil (1968). Ce film, par sa production collective et la réflexion de fond menée par le réalisateur, bouleverse les codes de l’animation japonaise de l’époque.

Isao Takahata, le poète de l'animation japonaise mis à l'honneur à Paris
© 1968 TOEI Company, LTD.

Après avoir quitté la Toei Animation, Takahata collabore avec Hayao Miyazaki, Yoichi Kotabe et d’autres figures marquantes sur plusieurs séries devenues des classiques, comme Heidi (1974), Marco (1976) ou encore Anne… la maison aux pignons verts (1979). La deuxième section se concentre sur la manière dont cette équipe parvient à dépeindre le quotidien avec justesse, malgré un rythme effréné imposant la réalisation d’un épisode par semaine.

©Akiyuki Nosaka / Shinchosha, 1988

À la suite de sa réflexion sur la représentation des cultures étrangères, Takahata revient à des récits profondément ancrés dans la culture japonaise. La troisième section de l’exposition évoque ce changement de regard, amorcé dans les années 1980. C’est également à cette période qu’est fondé le studio Ghibli, en 1985. On y perçoit un dialogue entre passé et présent, notamment dans Le Tombeau des lucioles (1988), Souvenirs goutte à goutte (1991) et Pompoko (1994).

Takahata ne s’est pas seulement intéressé à l’histoire du Japon : il a également remis en lumière les traditions culturelles et visuelles du pays, aussi bien dans le fond que dans la forme. Le réalisateur voyait dans le dessin numérique un moyen d’avoir un graphisme semblable à l’aquarelle. La dernière partie de l’exposition évoque l’aboutissement de cette recherche d’un style épuré, où décors et personnages ne font qu’un — comme dans Mes voisins les Yamada (1999) et Le Conte de la princesse Kaguya (2013).

© 2013 Isao Takahata, Riko Sakaguchi / Studio Ghibli, NDHDMTK

Plus qu’une exposition, un hommage

L’exposition propose une véritable immersion dans la vie et la carrière d’Isao Takahata. La scénographie est colorée, parfois même musicale. À l’image de ses films, chaque espace adopte une teinte différente — bleu, jaune, vert, rose, noir — en lien avec une œuvre. Les quelques personnages sur les murs accompagnent le visiteur dans cette rétrospective.

Kazuyoshi Tanaka et Ilan Nguyên commentant l’exposition
Photo : Kelian Nguyen

Elle se veut accessible et pédagogique. Le parcours s’appuie sur une riche sélection d’objets : carnets, storyboards, dessins originaux, celluloïds et extraits de films. Chaque élément apporte son lot d’anecdotes, de savoirs et parfois même de secrets de fabrication, comme des frises chronologiques ou une pancarte expliquant le système de layout conçu par Takahata pour la réalisation du film Panda Petit Panda(1972).

Si le grand public associe spontanément le nom de Miyazaki à Ghibli, cette exposition rappelle combien Takahata est important. En retraçant sa carrière en quatre temps, la MCJP lui rend un hommage. Une belle occasion de (re)découvrir les chefs-d’œuvre d’un pionnier de l’animation japonaise.

Par Jacques LOBE Jade MOUTI

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Code EAN : 9782344071007

Un grand merci à Kazuyoshi Tanaka, commissaire d’exposition du Studio Ghibli, et Ilan Nguyên, conseiller scientifique du Musée Européen du Manga et de l’Anime, pour leur expertise et la richesse de leurs explications lors de la visite d’inaugurale de ce mardi 14 octobre.

Heureux hasard : la maison d’éditions Glénat sortira en décembre l’anime comics du film d’animation Pompoko !

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