Bon
24 décembre 2025
Autour de Tama, une vallée idyllique bordant la mégalopole en expansion, des clans de tanukis (chiens viverrins mythiques du folklore japonais, experts en illusions et en bedaines ventrues) mènent une existence joyeuse faite de ripailles et de chamailleries territoriales. Mais l’arrivée des bulldozers humains, annonciateurs d’un méga-projet immobilier, rase leurs forêts et provoque une guerre de clans : les rivaux s’unissent sous la houlette du sage Oroku, de l’entraîneur Shôkichi et du colérique Gonta, pour raviver l’art perdu de la métamorphose « hayashi » et « harikami », appris auprès de maîtres excentriques disséminés au Japon.
Leur contre-offensive passe par des coups pendables : parades spectrales de yōkai géants pour semer la panique chez les promoteurs superstitieux, infiltrations en humains pour saboter les chantiers, et même une revue fantasmagorique de légendes vivantes lors d’une fête nocturne qui tourne au chaos hilarant. Malgré ces succès éphémères, comme l’arrêt temporaire des travaux grâce à des illusions massives, les tanukis paient le prix fort : morts tragiques, exils forcés et une prise de conscience amère que leur magie, si puissante soit-elle, bute sur l’inertie impitoyable du « progrès ». L’histoire culmine en une bataille finale désespérée, où la victoire se mue en résignation poignante, les survivants se fondant tant bien que mal dans le monde des hommes.
Cette adaptation en anime comics capte à la perfection la richesse visuelle du long-métrage de 1994, avec un découpage dynamique qui restitue les séquences d’action fluides et les gags visuels hilarants, dans une édition soignée ravivant le plaisir pour les fans comme pour les novices.
Le scénario de Takahata, maître dans l’art de mêler comédie grivoise et tragédie écologique, frappe par sa pertinence intemporelle : derrière les farces potaches des tanukis (bedaines gonflées en tambours de guerre, métamorphoses en chats errants ou en monstres kitsch) se dessine un réquisitoire implacable contre l’urbanisation effrénée, qui laisse le lecteur partagé entre rires et culpabilité face à la perte irréversible des espaces sauvages.
Si l’on peut reprocher sa fin ouverte et déprimante, sans happy end, c’est précisément là que réside la force de l’œuvre : elle refuse le manichéisme pour inviter à une réflexion adulte sur notre complicité dans la destruction environnementale, portée par des personnages attachants dont les faiblesses humaines (orgueil, division, nostalgie) rendent la défaite d’autant plus universelle et touchante.
Après sa triple sortie de Kiki la petite sorcière lors de la rentrée littéraire 2025, Glénat Manga récidive avec cet autre indispensable du Studio Ghibli : une novelisation au format comics, jubilatoire dans son humour absurde et dévastatrice dans son message, qui mérite sa place dans toute bibliothèque sensible à l’écologie poétique.
Par Milan MORALES
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Pompoko : Anime comics, d’après Isao Takahata, éditions Glénat. Paru le 3 décembre 2025. 15,50 €.