Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

Iceworld : Course contre la glace

Par Akira OIKAWA Bof 5 mai 2026 
Lorsque le jeune Méo, 13 ans, est invité à rejoindre son père géologue sur la planète glacée Seiren, il râle un peu. Pourquoi doit-il passer ses vacances sur une planète perdue, couverte de glace, où des blackouts réguliers coupent toute forme de communication tout au long de la journée ? Mais très vite, le garçon se retrouve entraîné dans une machination qui le dépasse. En effet, la mégacorporation Bluetech, qui exploite les ressources minières de la planète, semble avoir ses yeux rivés sur Méo. Peut-être est-ce dû à ce qu’il a entrevu pendant quelques secondes derrière un hublot défectueux ? Ou peut-être est-ce à cause du biobot Nal, qui se montre plus indépendant qu’il ne le devrait ?

Paru mi-avril aux éditions Bayard Jeunesse, Iceworld est né de la collaboration entre la scénariste Anne Rivière et la dessinatrice Gabriele Barsotti, avec le soutien du concept artist Stefano Vergani. Dans cet album de 87 pages, le trio propose une histoire de SF originale qui part d’un postulat intéressant : le récit se déroulant exclusivement au milieu des glaces, les personnages sont constamment confrontés à un danger, entre trouver une source de chaleur ou mourir. Les auteurs se sont lancés le défi de raconter une histoire pour ados dans ce monde sans pitié, où seule une mince combinaison spatiale protège du froid mordant. Le pari est-il réussi ? Voyons tout cela.

Iceworld : Course contre la glace
Méo voit quelque chose qu’il n’aurait jamais dû
© Anne Rivière et Gabriele Barsotti - éd. Bayard Jeunesse

Iceworld suit l’histoire de Méo, un jeune adolescent de 13 ans invité à passer ses vacances dans la base géologique de son père, sur la planète gelée Seiren. Lors de son départ, le garçon passe devant un hublot défectueux de la station spatiale, qui lui révèle un secret soigneusement gardé. Méo ne le comprend pas immédiatement, mais cette découverte accidentelle a fait de lui une cible aux yeux de la mégacorporation Bluetech. Peu après son décollage, la navette spatiale du garçon s’écrase, avant d’être détruite par le canon d’un drone. Terrifié, il s’enfuit, avant de tomber par hasard sur un androïde de la mine locale, Nal. À deux, ils vont tenter de fuir les radars de Bluetech et de retrouver la sécurité d’une base scientifique. Peut-être pourront-ils en profiter pour rallier les androïdes de la planète à leur cause et défaire l’empire commercial de Bluetech ?

Méo devient la cible de Bluetech
© Anne Rivière et Gabriele Barsotti - éd. Bayard Jeunesse

Vous l’avez peut-être pressenti en lisant le résumé, mais il se passe beaucoup de choses dans Iceworld, peut-être même un peu trop. Les créateurs ont cherché à enchaîner un grand nombre de péripéties, souvent au détriment du rythme. On a l’impression qu’il manque des pages au récit pour que le lecteur puisse pleinement l’apprécier. Le cahier des charges semble avoir demandé aux auteurs de caler une péripétie différente par page, ce qui surcharge le récit. Par exemple, lorsque Méo s’écrase sur Seiren, sa navette est détruite par un drone de Bluetech. Entouré par des bêtes sauvages, le garçon s’enfuit ensuite dans les ruines d’un vaisseau spatial voisin, échoue à faire fonctionner son système de communications, avant de rencontrer Nal et de comprendre très vite (trop vite ?) les machinations de l’entreprise et pourquoi cette dernière pourrait chercher à lui vouloir du mal. Tous ces événements se déroulent en six pages ! C’est très court pour mettre en place l’élément perturbateur, présenter un nouveau personnage, et bâtir le « lore » du livre ! Le rythme d’Iceworld devient alors très étrange, accéléré au point d’être parfois peu crédible. Les auteurs avaient-ils une restriction de raconter toute cette histoire en un seul album ? On ne peut pas savoir pour sûr, mais le livre final donne tout de même l’impression de vouloir forcer une histoire un peu trop longue et ambitieuse dans un moule trop petit.

Le récit doit aller vite (trop vite ?)
© Anne Rivière et Gabriele Barsotti - éd. Bayard Jeunesse

Même constat pour les personnages, qui sont souvent à peine présentés. À part Méo, qui bénéficie tout de même des quelques pages d’introduction pour poser sa personnalité, la plupart sont introduits à la hâte. L’androïde Nal, par exemple, censé être un androïde développé dans le plus grand secret par une mégacorporation, déroule immédiatement son CV à Méo et n’a aucune méfiance envers lui. Pas très crédible pour un robot super secret… même chose pour les parents de Méo, qui ne prennent de l’importance dans l’histoire qu’à partir de la deuxième moitié du livre. Disons-le honnêtement, lors de leur première apparition, on ne peut pas deviner qui ils sont. Jusqu’à ce qu’ils apparaissent sur la page, le lecteur pense que les parents de Méo resteront des personnages tertiaires sans aucun rôle, et est surpris de les voir apparaître soudainement. Difficile de s’attacher à des personnages qui apparaissent tard dans le récit et qui sont présentés en éclair… encore une fois, chacun aurait mérité une ou deux pages de plus pour vraiment l’ancrer dans le monde de l’histoire.

Le père de Méo apparaît si soudainement que l’on n’a pas le temps de s’y attacher
© Anne Rivière et Gabriele Barsotti - éd. Bayard Jeunesse

À ce rythme effréné, s’ajoute un scénario aux ficelles assez apparentes. Comme le livre ne prend jamais vraiment le temps de se poser et essaie constamment de passer à la péripétie suivante, il est parfois obligé de forcer un peu les éléments qui permettent à l’intrigue d’avancer. L’exemple le plus évident est le trio d’antagonistes, les dirigeants de l’entreprise Bluetech. Plusieurs fois, ils agissent en méchant cliché type et déclarent leurs plans à haute voix sans se soucier de qui les écoute. L’histoire devient alors un peu trop facile lorsque les personnages n’ont qu’à se cacher derrière la porte pour comprendre tous les plans bien détaillés du méchant. Pourquoi cela arrive-t-il ? Encore et toujours parce que le livre a une histoire à raconter, et pas assez de pages pour le faire. Il faut aller vite, et donc pousser l’histoire à continuer à tout prix, quitte à ce qu’un personnage raconte tout son plan pile au moment où notre héros peut l’entendre.

Pas une seconde de répit !
© Anne Rivière et Gabriele Barsotti - éd. Bayard Jeunesse

Vous l’avez sûrement compris, Iceworld souffre d’un seul défaut qui pénalise beaucoup d’autres de ses aspects : son rythme. Le livre essaie d’aller beaucoup trop vite et de caler le plus de péripéties possibles, jusqu’à un point de saturation. Difficile de comprendre pourquoi une telle décision a été prise. Les auteurs ont-ils pensé qu’il ne fallait laisser absolument aucun temps mort pour ne pas perdre leur public cible d’adolescents ? Ou peut-être était-ce pour mettre en valeur le style graphique de Gabriele Barsotti, qui excelle dans les scènes d’action et les grands paysages de SF ? Car côté dessin, la dessinatrice a fait un très bon travail. Sa patte légèrement cartoon ne retire en rien la nervosité des scènes d’action, qui sont toujours très bien chorégraphiées et cadrées. Barsotti arrive également à donner une identité propre à la planète Seiren, un mélange entre glacier et base souterraine industrielle qui rend très bien sur la page.

L’univers de Iceworld, entre caverne gelée et base souterraine
© Anne Rivière et Gabriele Barsotti - éd. Bayard Jeunesse

Iceworld donne un peu l’impression d’avoir échoué à exploiter un gros potentiel. Le monde gelé de Seiren et les thématiques abordées autour de l’exploitation des androïdes sont intéressantes et ouvrent de nombreuses possibilités. Mais, à cause de son rythme effréné qui tente d’enchaîner les péripéties pour faire avancer l’histoire, le livre ne prend jamais la moindre pause. On a presque l’impression qu’Iceworld cherche absolument à garder l’attention de ses lecteurs en les emmenant le plus vite possible à la fin de l’album. Est-ce par peur que le lectorat adolescent n’arrivera pas à se concentrer suffisamment longtemps sur le récit ? Il est en vérité bien dommage de lire un livre qui semble demander à ses lecteurs de le finir rapidement et de le reposer sur l’étagère.

Par Akira OIKAWA

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9791036356292

Iceworld, par Anne Rivière et Gabriele Barsotti, éd. Bayard Jeunesse, collection Bande d’ados. Parution le 15 avril 2026. 17,90 €.

Bayard Jeunesse ✍ Anne Rivière ✏️ Gabriele Barsotti à partir de 12 ans Science-fiction Adolescence
 
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Akira OIKAWA  
A LIRE AUSSI  
Jeunesse