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Bon
31 mars 2026
Comme on le sait, la bande dessinée est un média qui permet de traiter des sujets les plus divers, dans tous les genres et tous les styles. Guérillero, ce roman graphique de plus de 200 pages, nous en donne encore une fois la preuve, avec pour thème l’histoire d’un enfant colombien. Alberto a 11 ans lorsqu’il décide de s’engager dans les FARC, alors qu’une unité de cette guérilla communiste traverse son village. Lui et l’une de ses soeurs décident de s’enrôler afin de fuir la misère du village ainsi que la violence de leur père.
Durant cinq ans, le frère et la sœur vivent la guérilla de l’intérieur, avec un vrai esprit d’entraide et de camaraderie, mais aussi une discipline militaire rude et des déplacement incessants pour échapper à la traque de l’armée régulière.
Alors avoir gravi les échelons, Alberto déserte avec sa sœur, une décision dangereuse, qui pourrait même se révéler mortelle…
Revenus à la vie civile, les deux ados sont orientés par la police vers un programme de réinsertion. Alors qu’ils s’attendent à être maltraités, c’est le contraire qui se produit. Pris en charge par des travailleurs sociaux, Alberto suit un long chemin de réinsertion dans la société, avec la possibilité de poursuivre des études. En fin d’album, il livre une réflexion étonnante. S’il était resté dans son village, il aurait aujourd’hui une vie misérable. C’est son engagement dans la guérilla, puis sa réinsertion dans la société civile, en ville, loin de ses parents et de la misère, qui lui ont donné la possibilité d’avoir une vie meilleure grâce aux études…
Souvent associé à l’Afrique centrale, le sujet des enfants-soldats est une triste réalité qui existe dans le monde entier. À partir d’une histoire vraie (le personnage central de ce récit témoigne dans le dossier proposé à la fin de l’album), la scénariste Maria Isabel Ospina détaille le parcours d’Alberto dans une approche « je me souviens », à la manière de Georges Pérec. Elle raconte sa vie par bribes, en courtes séquences chronologiques liées à ses souvenirs, le tout au plus proche du regard de celui qu’il était alors.
L’album aborde à parts égales les années de guérillero d’Alberto et celles de sa réinsertion dans la société. C’est d’ailleurs dans ce choix que réside l’un des rares défauts de l’album. Si la partie « guérillero » est riche, surprenante et diversifiée, le long épisode de sa réinsertion est parfois alourdi par des scènes de formation professionnelle répétitives.
Tout comme dans d’autres séries ou albums, Marzi (Sowa & Savoia, Dupuis) ou Guantánamo Kid (Tubiana & Franc, Dargaud), l’enfant évoqué ici existe réellement et son point de vue est pleinement pris en compte.
Côté graphisme, Jean-Emmanuel Vermot-Desroches livre un travail remarquable, avec un style ligne claire aussi expressif que précis et une mise en couleurs monochrome, parfois ponctuée d’effets plus vifs pour mettre en avant un personnage ou une action. Son dessin est parfait pour traduire le contraste saisissant entre l’âge d’Alberto et l’âpreté de sa vie. Le seul petit bémol est que son style, parfois un peu cartoon, donne par moments un côté « camp de vacances » aux années clandestines du jeune Alberto au sein des FARC. Cet album est l’une des bonnes surprises de ce début d’année.
Par Dominique ERNST
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Guérillero – Par Ospina & Vermot-Desroches – Ed. Dargaud