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Favori de la rédaction
30 mars 2026
David Sala est un auteur qui produit peu (comparativement à nombre de ses pairs), mais c’est pour mieux nous gratifier de bijoux graphiques. Après le remarqué Joueur d’échecs (2017), adaptation de la nouvelle de S. Zweig, et le multi-récompensé et plus personnel Le poids des héros (2002), revoilà donc (enfin !) David Sala. Et c’est à nouveau du bonheur.
Sur plus de 200 pages, Sala adapte l’œuvre de Mary Shelley, comme il est précisé dès la couverture (d’après M. Shelley). En effet, on n’y retrouvera pas toute l’histoire de Frankenstein, mais l’essentiel oui : la création d’un être, qui, du fait de sa différence, va devenir assez maléfique, ce qui n’était pas le but poursuivi par Victor Frankenstein, son créateur, d’autant que c’est surtout contre ce dernier que la créature va se retourner ! « Vous m’avez donné la vie, accomplissez maintenant votre devoir envers moi. Refusez et je me gorgerai de morts de tous ceux qui vous sont chers ». C’est bien sûr cette seconde voie qui se réalisera.
Cette adaptation est très bien construite, commençant par plusieurs pages montrant un Frankenstein errant à la poursuite de sa créature, dont l’histoire est contée en flashback et nous ramène à notre point de départ (avec la reprise des trois mêmes premières pages) et à la conclusion forcément tragique.
Adapter un ouvrage aussi connu que Frankenstein permet à D. Sala d’interroger la différence, le fait de ne pas être dans la norme, la méchanceté et la bêtise des Humains (pas tous fort heureusement). Écrit il y a plus de deux siècles, Frankenstein connait un succès non démenti depuis lors, comme en témoignent la multitude d’adaptations. Sous tous les supports (films, pièces de théâtre, BD, livres), Frankenstein continue de résonner de nos jours.
Mais plus que le fond, peut-être, c’est surtout la forme qui fascine dans cette adaptation. Voilà un ouvrage puissant, d’un auteur complet qui, tel un démiurge, nous livre sa dernière création. L’album est d’ailleurs complété par quelques dessins et essais préparatoires, mais aussi et surtout par une photographie de son atelier, avec quelques planches de l’album et une multitude de tubes, de pinceaux, de flacons et de tout ce qu’un « Dr. Frankenstein du dessin » a besoin. Saisissant !
Sala puise dans un riche panel d’influences picturales nombreuses et bien digérées, parmi lesquelles on comptera Klimt bien sûr, mais aussi, entre autres, Ensor, Chagall.
Pour un tel sujet, on n’attendait sans doute moins les peintres de la couleur comme Cézanne ou les fauves. Mais pour qui connaît quelques uns de ses travaux antérieurs, pour la jeunesse ou pour les adultes, et notamment dans Le Poids des héros, cela ne constitue qu’une demi-surprise.
Le cinéma et les peintres contemporains ne sont pas oubliés eux non plus, tel Anselm Kiefer, particulièrement adapté pour un sujet si sombre.
David Sala fait pleinement confiance au dessin pour raconter l’histoire de Frankenstein et de sa créature, nous gratifiant par exemple de plus de 20 pages successives sans le moindre texte, un pur exercice de mise en scène. Il sait aussi parfaitement varier ses planches, parfois pleine-page, déstructurées à d’autres moments, quand l’action le justifie.
On l’aura compris, on tient là un chef d’œuvre.
Par Philippe LEBAS
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Frankenstein, Par David Sala, éditions Casterman. Parution le 15 avril 2026. 28,00 €.
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