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Très bon
19 mai 2026
Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, Sainte-Mère-Église, modeste village normand, devient un point stratégique majeur de l’opération Overlord. Les parachutistes américains de la 82e Airborne Division y sont largués, faisant de cette commune le premier village français libéré et repris par les forces américaines. Ce moment fondateur marque durablement les lieux, qui deviennent rapidement un symbole du Débarquement et un haut lieu de mémoire. Après la guerre, la notoriété du village se renforce : il accueille d’importants cimetières militaires provisoires (accueillant près de 14 000 soldats entre 1944 et 1948) et devient dès 1945 un lieu central de commémoration du Débarquement.
Au cœur de cet épisode, un soldat va, presque malgré lui, incarner toute la singularité de cette nuit : John Steele. Suspendu au clocher de l’église après un saut périlleux, il échappe de peu à la mort. Cette image, saisissante, deviendra l’une des plus marquantes du Débarquement, contribuant à ancrer Sainte-Mère-Église dans l’imaginaire collectif mondial.
De soldat à figure mythique
Rien ne prédestinait pourtant John Steele, né à Metropolis dans l’Illinois, à devenir une figure historique. La bande dessinée retrace son parcours complet : de son adolescence américaine à son engagement après Pearl Harbor, en passant par ses premières campagnes en Sicile et en Italie, où il est déjà confronté à la violence du front.
Mais c’est bien la nuit du 6 juin 1944 qui fait basculer son destin. Capturé après être resté accroché au clocher, puis évadé, Steele poursuit la guerre en Europe avant de rentrer aux États-Unis. Sa vie prend un tournant inattendu à la fin des années 1950, lorsque l’écrivain Cornelius Ryan s’intéresse à son histoire. Le succès du roman Le Jour le plus long, puis de son adaptation au cinéma en 1962, transforme alors une anecdote de guerre en véritable mythe.
Invité en 1964 à Sainte-Mère-Église pour inaugurer l’Airborne Museum, Steele revient sur les lieux où tout a basculé, accueilli en héros. Après sa mort en 1969, sa silhouette reste suspendue au clocher, devenue un symbole universel du courage et du hasard de la guerre.
Une bande dessinée entre mémoire et imaginaire
L’album propose bien plus qu’un simple récit historique : il explore l’homme derrière la légende. À travers une narration construite comme un retour en arrière, John Steele lui-même raconte son parcours, éclairant les zones d’ombre et les moments clés de sa vie. Le récit s’enrichit également du témoignage d’un autre parachutiste, Kenneth Russell, offrant un regard complémentaire sur les événements.
Portée par un style graphique inspiré des comics des années 1940, la bande dessinée scénarisée par Jean-Marc Lainé fait dialoguer réalité et imaginaire. Ce choix esthétique du dessinateur Thierry Olivier fait écho à une coïncidence troublante : Steele est né à Metropolis, comme Superman. Deux figures, l’une réelle, l’autre fictive, réunies par un même idéal de courage et de lutte pour la liberté.
Ce parallèle nourrit un projet éditorial singulier : raconter John Steele comme un « super-héros » de chair et de sang, en utilisant les codes visuels de son époque. La bande dessinée adopte ainsi le style des comics des années 1940, à la fois ancré dans son époque - en noir et blanc lorsqu’il s’agit du passé, du souvenir - et chargé d’une forte dimension symbolique, pour rapprocher la réalité historique de l’imaginaire populaire. Entre documentation rigoureuse et souffle narratif, l’ouvrage redonne vie à un destin hors norme tout en interrogeant la manière dont naissent les légendes.
Publiée simultanément en France et aux États-Unis, et accompagnée d’une exposition à l’Airborne Museum, cette bande dessinée s’impose ainsi comme une passerelle entre histoire et mémoire, entre réalité et représentation.
Par Jessy LEMESLE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
John Steele, le parachutiste de Sainte-Mère-Église (6 juin 1944), Jean-Marc Lainé & Thierry Olivier, Éditions Nationale 13, 19,90 €