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Favori de la rédaction
26 août 2025
Si, comme nous, vous avez entendu parler des Ouïghours de façon superficielle, trois minutes au 20h dont on ne retient que la notion de « Turcs habitant la Chine », on passe à côté de l’essentiel : il s’agit d’un peuple, les Turciques, et d’une entité politique, le Turkistan, qui est établie aujourd’hui entre le Kazakhstan, ancienne république de l’Union soviétique, et la région autonome ouïghoure du Xinjiang, ex-« Turkestan oriental », qui fut brièvement une république entre 1933 et 1934 et entre 1944 et 1949, avant d’être soumise avant le Seconde Guerre mondiale à un seigneur de la guerre chinois, puis au pouvoir communiste de Mao Tsé Toung à partir de 1950.
Ce genre de pays, comme le Kurdistan au Moyen-Orient ou la Pologne du Père Ubu, n’existe que dans la langue, les traditions, et la longue histoire de ce peuple.
Erkin Azat est un lanceur d’alerte issu de cette minorité chinoise. Nous ne connaîtrons jamais son vrai nom. Trop dangereux. Il est constitué du même mot en turc (Erkin) et perse (Azat) : liberté. Il s’agit d’un ingénieur ouïghour d’origine chinoise qui subit tout jeune les premiers instants d’intégration forcée des Ouïghours dans la république populaire de Chine : l’installation des Hans chinois à tous les points névralgiques de la société, l’interdiction de vivre sa religion ou de pratiquer la langue ouïghoure.
Mais brusquement, l’emprise s’accélère : de plus en plus de gens se retrouvent arrêtés, torturés, menacés, enfermés dans des « camps de formation », en réalité de véritables camps de concentration où les prisonniers sont réduits en esclavage. On pense à la Shoah surtout quand l’on découvre que les femmes sont systématiquement stérilisées, que des mères sont obligées d’abandonner leur nourrisson à une mort certaine. La répression est implacable, organisée, totale.
Ayant fui le pays, Erkin Azat crée un blog où il documente la répression, recueille les témoignages, anime les discussions avec les associations de citoyens victimes de la répression, et qui n’est pas sans risque : il est espionné, sa famille restant au pays, elle est menacée…
Le dessin de Luxi, dans une élégante trichromie, rend parfaitement cette ambiance angoissante. C’est un livre édifiant, interpellant, dérangeant… Incontournable.
Par Didier PASAMONIK
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Erkin Azat – Lanceur d’alerte des camps ouïghours – Par Erkin Azat et Luxi – Ed. Delcourt-Encrages