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Tatsuya Oishi, Hideyuki Morioka, Kosuke Matsunaga : les coulisses de Kizumonogatari [INTERVIEW]

Par Akira OIKAWA 26 août 2025 
Entre 2016 et 2017, la trilogie de films Kizumonogatari est arrivée sur les grands écrans au Japon. Relatant l'histoire improbable du jeune Koyomi Araragi, mordu par un vampire, la trilogie s'inscrit dans la série des Monogatari, un anime extrêmement inhabituel au ton radicalement différent de ce qui se trouve ordinairement dans l'industrie. Un style graphique extrêmement particulier, des thématiques complexes, et des histoires parfois déchirantes rythment la franchise, qui a fêté ses quinze ans en 2024.

À l'occasion de la convention Otakuthon Montréal 2025, ActuaBD a pu interviewer des membres-clés ayant travaillé sur les films Kizumonogatari, tous disponibles sur Crunchyroll. Tatsuya Oishi (réalisateur), Hideyuki Morioka (chef-animateur), et Kosuke Matsunaga (producteur) ont aimablement accepté de répondre à nos questions.

LE RÉSUMÉ DE L’HISTOIRE :

Kizumonogatari est une trilogie de films sortie entre 2016 et 2017, adaptée du light novel éponyme (publié en 2008). On y suit l’histoire de Koyomi Araragi, un jeune homme mordu par la vampire Kiss-Shot Acerola-Orion Heart-Under-Blade. Mutilée par trois chasseurs de vampires, Kiss-Shot fait alors un pacte avec Araragi. S’il tue les trois chasseurs et récupère les morceaux de son corps, elle le retransformera en humain. Araragi s’engage alors une course contre la montre pour récupérer son humanité.

Tatsuya Oishi, Hideyuki Morioka, Kosuke Matsunaga : les coulisses de <i>Kizumonogatari</i> [INTERVIEW]
Kiss-Shot Acerola-Orion Heart-Under-Blade, la vampire qui transformera Araragi dans la série
©NISIOISIN/KODANSHA, ANIPLEX, SHAFT

LA PAROLE AUX CRÉATEURS :

Pouvez-vous rapidement vous présenter ?

Tatsuya Oishi : Bonjour, je m’appelle Tatsuya Oishi. Je suis réalisateur, et j’ai travaillé sur la série animée Bakemonogatari, ainsi que sur la trilogie de films Kizumonogatari. Enchanté de vous rencontrer.

Hideyuki Morioka : Bonjour, je m’appelle Hideyuki Morioka, je suis chef-animateur. J’ai travaillé sur Sayonara monsieur Désespoir, les films Kizumonogatari, ou Fire Force plus récemment.

Kosuke Matsunaga : Bonjour, je suis Kosuke Matsunaga, et je suis producteur. J’ai travaillé sur Kizumonogatari et Fire Force.

Pouvez-vous rapidement nous parler en particulier des films Kizumonogatari ?

Tatsuya Oishi : Kizumonogatari, c’est l’adaptation d’un Light Novel écrit par Isio Nisin. Mais c’est surtout une histoire de sacrifice et de remise en question. Ce qui est juste pour un personnage peut être mauvais pour un autre. Les notions de bien et de mal changent en fonction du point de vue. Les personnages qui font des erreurs se retrouvent face à des conséquences tragiques. Le tout était mis dans le cadre d’une histoire de vampires.

Kizumonogatari, une réinterprétation du mythe du vampire
©NISIOISIN/KODANSHA, ANIPLEX, SHAFT

Comment s’est déroulé le processus d’adaptation ? L’auteur ou le tantô [1] était-il très impliqué dans le processus de création ?

Tatsuya Oishi : Nisio Isin et Kōdansha m’ont laissé énormément de liberté créative. J’ai eu le contrôle total sur ce que je faisais, et je leur en suis très reconnaissant.

Vous avez travaillé sur Kizumonogatari, mais également sur Bakemonogatari. Y a-t-il eu des différences dans le travail sur ces deux séries ?

Tatsuya Oishi : J’aimerais clarifier un point avant de répondre. Au générique de Bakemonogatari, on voit que c’est Akiyuki Shinbo qui est le réalisateur. Mais toute la partie direction artistique (animation, style graphique), c’est moi qui m’en suis occupé. Avant cela, le studio Shaft travaillait sur Sayonara Monsieur Désespoir, qui m’a permis d’expérimenter mon style graphique. Bakemonogatari était la continuité naturelle de cette expérience. À cette époque, on avait eu peu de temps pour réaliser Bakemonogatari, et je me suis donc vraiment concentré sur la façon dont je pouvais m’approprier cette œuvre. Mais je me suis rendu compte à la fin de la série que mon style graphique et mon approche créative avaient influencé, non seulement la série elle-même, mais le studio Shaft tout entier ! Cela avait pris une toute autre envergue. J’ai alors vraiment eu envie de raconter les histoires que je voulais raconter, de manière très personnelle, et c’est cette réflexion qui a fini par donner Kizumonogatari. Bakemonogatari, constituait la concrétisation de mon style ; Kizumonogatari, en est son dépassement.

©NISIOISIN/KODANSHA, ANIPLEX, SHAFT

M. Morioka, pouvez-vous parler de votre passé d’animateur, et comment il a influencé votre travail sur Kizumonogatari ?

Hideyuki Morioka : Lorsqu’Oishi-san a commencé à réaliser Bakemonogatari, je travaillais à l’époque sur Sayonara Monsieur Désespoir, aux côtés de Miyamoto-san, Tatsuwa-san, et Hiroki Yamamura (plus tard chef-animateur de Puella Magi Madoka Magica : The Movie). À quatre, nous étions l’équipe centrale de Sayonara monsieur Désespoir. Quand la série s’est terminée, Oishi-san avait vraiment commencé à travailler sur Kizumonogatari. Lorsqu’on m’a proposé de rejoindre le projet, j’avais déjà lu les livres de la série des Monogatari, donc je connaissais l’histoire. Comme Oishi-san voulait vraiment créer quelque chose de différent, il a complètement changé les équipes, et m’a même demandé de changer mon style graphique.

Quel genre de demandes receviez-vous lorsque vous travailliez ?

Hideyuki Morioka : Lorsque la production de Kizumonogatari a été lancée, nous avons loué un studio dédié. Il était minuscule, donc on a commencé avec une toute petite équipe : Oishi-san, l’équipe de production, et moi-même. Et on nous a surtout dit de tout changer par rapport à ce qui avait été fait avant. Notre style devait devenir plus réaliste, et je ne savais pas trop comment faire. Plusieurs fois, j’essayais sans savoir si mon travail plairait.

Mais je me disais aussi que si je voulais faire évoluer mon style graphique, il fallait que j’y aille à fond. Par exemple, on modélisait nos décors en 3D pour dessiner par-dessus. Mais les instructions disaient de minimiser les ombres. C’est difficile de montrer de la profondeur si on ne peut pas montrer les ombres ! Il fallait un vrai travail de collaboration entre l’artiste qui dessinait les images, et l’animateur-clé. M. Matsunaga nous a beaucoup aidé pour cela.

Les décors de Kizumonogatari ont été modélisés en 3D sur Unreal Engine
©NISIOISIN/KODANSHA, ANIPLEX, SHAFT

M. Matsunaga, vous êtes le producteur de la trilogie. Quelle a été votre expérience pour coordonner toutes les équipes sur Kizumonogatari ? Combien de personnes faisaient partie du projet ?

Kosuke Matsunaga : Je vais commencer par une petite anecdote personnelle. J’ai d’abord reçu le script de Kizumonogatari en 2011, alors que le projet était prévu pour sortir dès 2012. Quand j’ai rejoint Shaft, Oishi-san était déjà en train de laisser son empreinte sur le studio tout entier. C’était une période où je voulais moi-même secouer les choses dans l’industrie, donc le timing était parfait. En 2012, le projet Kizumonogatari a été repoussé, donc Oishi-san a profité pour compléter son storyboard [2].

Lorsque ces storyboards sont arrivés sur mon bureau, j’ai compris que ça pouvait révolutionner tout le studio. On a tout refait de zéro, en se dissociant des équipes internes de Shaft, et en demandant par exemple au studio Cyclone Graphics de nous faire des visuels beaucoup plus photoréalistes que ce que Shaft savait faire. J’ai également recruté une vingtaine de personnes pour composer l’équipe centrale du projet, et c’était un vrai défi ! Il faut dire que les storyboards de Oishi-san sont très détaillés, très nuancés, et très difficiles pour les animateurs, donc il fallait une grosse force de travail !

La licence Monogatari est surtout connue pour ses séries anime. Pourquoi avoir fait une trilogie de films, et non une série en 12 ou 24 épisodes ?

Kosuke Matsunaga : C’était une décision assez inhabituelle, il est vrai, dont j’assume la pleine responsabilité. Oishi-san voulait d’abord réaliser un seul film. Au début, l’entreprise voulait que l’on réalise un « Bakemonogatari 2 », car c’était la décision commerciale la plus lucrative, mais on a vite compris que cela trahirait la vision proposée par Oishi-san. Il était très exigeant et avait vraiment tout fait lui-même, du script à la réalisation finale en passant par le storyboard. Je ne compte plus le nombre de versions du script qu’il a proposées ! Finalement, le meilleur compromis a été de scinder le film original en trois parties. Bien sûr, on savait que les fans voudraient avoir toute l’histoire le plus rapidement possible, mais j’ai choisi de prioriser la vision d’Oishi-san, quitte à ce que ça prenne plus de temps.

Tatsuya Oishi a véritablement imposé son style
©NISIOISIN/KODANSHA, ANIPLEX, SHAFT

La série des Monogatari est vue par beaucoup comme étant difficile à commencer, car elle est longue et non linéaire. Par où conseilleriez-vous de commencer la série à un néophyte ?

Tatsuya Oishi : Je pense que le plus simple est de commencer par Bakemonogatari, puis de voir Kizumonogatari, qui est un préquel. En vérité, si l’on regarde la série dans l’ordre où elle a été diffusée, la plupart des spectateurs suivront l’histoire sans soucis.

Quels sont vos futurs projets ?

Tatsuya Oishi : Je suis en train de travailler sur un nouveau projet avec Matsunaga-san et Morioka-san, qui sera à son tour un dépassement de ce qui a été fait avec Kizumonogatari. Mais je prends énormément mon temps pour perfectionner mon travail, alors ce ne sera pas pour tout de suite. De plus, j’assiste Matsunaga-san et Morioka-san sur un projet qu’ils mènent de leur côté, mais je ne peux pas en dire plus. En tous cas, soyez patients, on vous prépare de très belles choses.

Tsubasa Hanekawa, le personnage préféré de Tatsuya Oishi
©NISIOISIN/KODANSHA, ANIPLEX, SHAFT

Un mot de la fin pour tous les fans de Kizumonogatari ?

Tatsuya Oishi : Je voudrais m’adresser à celles et ceux qui n’ont pas encore vu Kizumonogatari, et qui me découvriront à travers cette interview. Cette trilogie est, certes une adaptation, mais c’est surtout l’expression de mon style en tant que réalisateur. Si ce que j’ai raconté arrive à convaincre, ne serait-ce qu’une personne, de regarder les films, j’espère sincèrement qu’elle va l’apprécier. On aime voir des gens regarder et apprécier notre œuvre, même si on ne peut évidemment pas savoir ce qu’ils vont en penser à l’avance. Essayez, ça ne coûte rien !

Hideyuki Morioka : J’ai longtemps pensé que mon style graphique ne plairait pas aux fans des livres originaux, mais il s’est avéré que c’était faux. J’ai même reçu des commentaires de personnes qui préféraient les dessins à tout le reste, et ça m’a beaucoup touché. Je les remercie tous.

Kosuke Matsunaga : Kizumonogatari, c’est vraiment l’expression de son réalisateur. Même si c’est une adaptation, c’est une œuvre très personnelle. J’espère sincèrement que tout le monde verra la créativité unique mise dans ces œuvres.

Par Akira OIKAWA

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782376320234

Nos remerciements à Tatsuya Oishi, Hideyuki Morioka, et Kosuke Matsunaga pour avoir répondu à nos questions.
Nos remerciements à l’équipe d’Otakuthon Montréal pour avoir facilité cette interview.

[1] responsable éditorial d’un Light Novel ou d’un manga

[2] M. Matsunaga utilise le terme « e-konte ». Nous avons pris ici la liberté de traduire le terme par « storyboard ».

Kizumonogatari ✍ Nisio Isin ✍ Tatsuya Oishi ✏️ Hideyuki Morioka ✏️ Kosuke Matsunaga Japon Québec (Canada) Le Tour du monde des festivals
 
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