La Rose et l’Olivier - Par Mélaka & Gudule - Delcourt

Par Damien BOONE Très bon 25 août 2025 
Éducation très stricte, complexes sur son physique androgyne, relation abusive avec un homme bien plus âgé, grossesse non attendue à la sortie de l'adolescence : ce n'est pas très bien parti pour Rose. Elle va toutefois construire avec force sa vie d'adulte, loin de sa Belgique natale.

Nous sommes en Belgique, dans les années 1960 : Rose a 17 ans et vient d’intégrer une classe de seconde latine dans l’établissement des sœurs de la Trinité, à Bruxelles. Maigrichonne, cheveux courts, yeux sans relief, elle n’a, de son point de vue, pas les traits attirants de son amie Monique, son inséparable compagne de route, chaque matin. Le rituel est quotidien : les deux amies passent devant la maison de Polochon, surnom donné à un cinquantenaire à l’allure sympathique, habitant la rue Victor-Hugo. Elles s’amusent à lui laisser dans sa boîte aux lettres des dessins qui le caricaturent. Bien entendu, Polochon a tôt fait de trouver l’identité des "artistes". Se noue alors une relation avec Monique, puis avec Rose, qui va, dans un premier temps, séparer à vie les deux amies, et, dans un deuxième temps, faire entrer Rose dans une autre vie.

Mineure (la majorité est alors fixée à 21 ans), Rose devient fille-mère. La grossesse l’avait laissé entrevoir : Polochon (qui se nomme en réalité Louis) est incapable d’assumer sa paternité, en dépit de la pression que lui mettent les parents de Rose. Allant de désillusion en désillusion, Rose prend conscience que le père de son enfant la manipule, que leur relation est complètement déséquilibrée, et qu’il est inutile de se projeter dans une vie à trois. Avec l’aide de ses parents, Rose, avec son enfant, est envoyée chez un oncle paternel, au Liban. Elle y affrontera aussi le regard des autres, l’intégration dans une nouvelle famille avec ses propres valeurs, apprendra la débrouille, et trouvera aussi les voies de l’émancipation.

Cet ouvrage est une libre adaptation de trois romans d’Anne Liger-Belair, inspirés de sa propre vie (La vie en Rose, Soleil Rose et La Rose et l’Olivier). Cette autrice jeunesse n’est autre que... Gudule, la mère de Melaka décédée en 2015. L’autrice lui rend ici un touchant hommage. En plus de 300 pages, elle met en dessin les aventures pas vraiment drôles d’une jeune femme à la personnalité bien affirmée, libre de ses pensées et de ses actions, quitte à commettre quelques impairs.

Visuellement, le texte est parfois dense, mais la lecture est très fluide. Trois dominantes de couleurs scandent trois époques abordées (adolescence et grossesse, jeune adulte et mère tant à Bruxelles qu’au Liban, puis vie libanaise). Le trait expressif renforce la mise en avant du caractère spontané et de la sensibilité de Rose, qui provoquent une large palette d’émotions.

Attachante, Rose condense sur sa personne les interdits d’une époque et ses scandales (l’éveil à la sexualité, la maternité précoce - et hors mariage avec un homme de 30 ans son aîné -, le statut de fille-mère), mais aussi les espoirs d’une génération de femmes en quête de liberté, cherchant à tracer leur propre voie, en dépassant les carcans familiaux, religieux, patriarcaux ou professionnels.

Par Damien BOONE

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782413083306
Delcourt ✍ Gudule ✏️ Mélaka Adaptation littéraire Bruxelles
 
Participez à la discussion
3 Messages :
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Damien BOONE  
A LIRE AUSSI  
Romans Graphiques