Disparition de Dino Attanasio, doyen de la bande dessinée, à 100 ans

Par Rémi BARNAULT Didier PASAMONIK 18 janvier 2026 
Le dessinateur Dino Attanasio est un témoin majeur de l’histoire du 9e art européen et le doyen de la profession. Il en a traversé plusieurs générations et côtoyé, en pair, les figures les plus illustres. Créateur graphique de Bob Morane, de Signor Spaghetti ou de Johnny Goodbye, artiste complet, authentique et unique, il nous a quittés ce 17 janvier, dans sa 101e année.

Si Dino Attanasio est connu dans bien des pays, son véritable prénom est Edoardo. C’est à Milan, en Italie, qu’il voit le jour le 8 mai 1925. Son père, Savino Attanasio, était violoniste. Tout jeune, Edoardo baigne dans les arts, allant jusqu’à accompagner son père sur scène à l’âge de 13 ans. Par la suite, il forme avec son frère aîné Gianni le duo de guitaristes Attanasio Brothers, se produisant dans des restaurants et théâtres. Ils réalisent même un intermède pour le film français Ruy Blas de Jean Cocteau, avec en tête d’affiche Jean Marais. Edouardo marque ainsi ses premiers pas dans le monde artistique francophone. En plus d’être doué de fibre artistique, il s’adonne au sport, se qualifiant même pour les Jeux Olympiques de 1948 dans la catégorie gymnastique.

Mais c’est dans une toute autre passion qu’il va faire carrière : les Fumetti (terme Italien pour désigner la bande dessinée). Petit, sa grand-mère l’abreuve régulièrement de journaux et à l’âge de 10 ans, il dessine déjà ses propres bandes dessinées pour son propre plaisir et celui de ses amis. Il est déjà inspiré par Alex Raymond (Flash Gordon), Lee Falk (Mandrake), ou encore Walt Disney.

Plus tard, en parallèle de des activités musicales qu’il mène avec son frère, il s’inscrit aux beaux-arts de Milan et obtient le Ludi Juveniles, le prix d’excellence en peinture. Sa carrière de dessinateur, il la commence dans l’illustration et le dessin animé, participant notamment au long-métrage La Rose de Bagdad, d’Anton Gino Domenighini, ce qui lui permet de se faire la main. Par la suite, il se lance définitivement dans la bande dessinée.

Toujours en Italie, il commence chez Edital, aux côtés de Roberto Renzi et Augusto Pedrazza. Prolifique, il produit des centaines de planches de bande dessinée et illustrations, travaillant sur des séries telles que Codino, Signora Coccode ou encore Gianni e Pinotto.

En 1948, il s’installe en Belgique afin de fuir le climat pesant de l’après-guerre en Italie, une opportunité qui ne s’était pas présentée pendant le conflit. Il rejoint ainsi son père qui se produit à Bruxelles, future capitale de la BD. C’est aussi l’occasion pour Dino de voir du pays. Il loge d’abord quelques mois chez des amis le temps de prendre ses marques et de chercher du travail, qu’il trouve rapidement. Comme il l’a si bien confié à notre ancien rédacteur en chef, Nicolas Anspash : “il suffisait de pousser les portes d’un éditeur ou d’un publicitaire pour en trouver [du travail]. C’était le temps des contacts faciles.”.

Disparition de Dino Attanasio, doyen de la bande dessinée, à 100 ans

En 1952, il se présente aux éditions Marabout, pionniers du format poche. Il commence par illustrer l’aventure vertigineuse Les Conquérants de l’Everest, pour un romancier alors méconnu, un certain Henri Vernès. Pour poursuivre sur sa lancée, il illustre le roman suivant de Vernès devenu Vernes, La Vallée infernale, qui marque la toute première aventure de l’aventurier Bob Morane, héros aux multiples ressources, à la fois nyctalope (il voit dans le noir), adepte des arts martiaux et des armes - Le même personnage qui sera repris en dans les années 1980 par le groupe Indochine dans leur chanson “l’Aventurier”. Pour imaginer l’apparence de Bob et de ses congénères, Dino s’inspire des œuvres américaines, un univers graphique qui l’a nourri dès l’enfance et qui, dans l’après-guerre, faisait rêver tout un chacun.

En 1954, le journal Femmes d’Aujourd’hui exprime l’envie de publier des histoires illustrées de Bob Morane. Seulement, la rédactrice en cheffe Rosita Verbeeck étant “allergique” aux phylactères, ça s’est fait un peu en mode bande dessinée à l’ancienne, avec les textes descriptifs placés sous les cases. À force de volonté et de persévérance, Dino obtient enfin, en 1959, la commande de véritables - entre guillemets - bandes dessinées. Toujours en suivant les indications de Henri Vernes, il travaille ainsi sur Bob Morane : L’Oiseau de feu, qui sera publié en album chez Marabout, en 1960.

Tout ceci se fait toujours dans un style purement réaliste, mais Attanasio avait aussi une autre casquette, ou plutôt devrait-on dire un autre crayon, davantage humoristique, propre à la bande dessinée franco-belge. À l’agence de presse World Press, il rencontre le scénariste René Goscinny, futur créateur d’Astérix. Ensemble, dès 1957, ils introduisent dans le Journal Tintin Signor Spaghetti, un personnage que Dino Attanasio mûrissait depuis longtemps. Une sorte d’autoportrait satirique. Spaghetti, immigré italien installé en France, débute en gags courts avant de se lancer dans des aventures volontairement farfelues et stéréotypées… Avec un nom pareil, difficile d’en attendre moins. En 1961, quand Franquin, créateur de Gaston Lagaffe, quitte le journal de Tintin, Attanasio est chargé de reprendre sa série Modeste et Pompon, ce qu’il exécute pendant sept ans, avec un franc succès.

Finalement, il quitte à son tour la rédaction de Tintin en 1968. Par la suite, il publie dans divers pays, ce qui lui participera à sa renommée internationale. Pour les Pays-Bas, il publie avec Martin Lodewijk et Patty Klein une série de gangsters titrée Johnny Goodbye.

En 1975 il est sollicité pour publier aux éditions Le Lombard en partenariat avec un éditeur Iranien, une bande dessinée biographique à la gloire du dirigeant Iranien, Mohammad Reza Pahlavi. Le tout aux frais de la princesse, comme on dit… enfin, aux frais du gouvernement. Le projet voit le jour en 1976 sous le titre Aẓemat e bâzyâfteh (Litt. « La Gloire retrouvée »).

Mais l’ouvrage arrive en Iran au moment de la révolution islamique. L’entièreté du tirage, selon le deal conduit par l’agent du Lombard Jack De Kezel. Sera discrètement détruit par l’éditeur iranien.

Après avoir publié quelques one-shot aux éditions Michel Deligne, tels que Le Soleil des damnés : Opération Edelweiss (1983) ou Il était une fois dans l’oued : O.P.A. sur la Belgique (1984), il adapte avec son propre fils, Dino Alexandre, le recueil Le Décaméron de Boccace en bande dessinée aux éditions Lefrancq. En 1985, la CANAB (Chambre belge des experts en bande dessinée) lui remet le Crayon d’or, un prix attribué chaque année à un auteur de BD ayant fait carrière à la capitale belge.

En 1994, Attanasio retrouve une dernière fois Bob Morane le temps d’un épisode intitulé La Galère engloutie.

En hommage à sa carrière, est inaugurée en 2009, une fresque murale située rue Van Bergen à Koekelberg, mettant en scène en quatre cases, les personnages emblématiques de l’œuvre de Dino Attanasio. Elle s’inscrit dans le parcours BD de la Région bruxelloise.

En 2024, à l’aube des 100 ans de l’artiste, Wilfried Salomé lui consacre une copieuse biographie intitulée Dino Attanasio : Le Phileas Fogg des Comics.

À défaut d’avoir fait le tour du monde en 80 jours avec ses œuvres, Dino aura marqué durablement le paysage de la bande dessinée européenne, guidant plus d’un artiste. Au cours de sa carrière, il est assisté par Marc Wasterlain, qui créera plus tard son iconique Docteur Poche ; Mittéï ; Lucien Meys ; Daniel Kox, ou encore William Vance, créateur de XIII...

Tôlier du 9e art, il devient à l’été 2024 - sauf preuve du contraire - le doyen de la bande dessinée suite à la disparition de Marie-Mad.

Dino Attanasio s’est finalement éteint ce 17 janvier 2026, dans sa 101e année. On gardera le souvenir d’un créateur aux talents multiples, d’une richesse rare, capable d’exceller aussi bien dans le réalisme que dans le cartoonesque, tout en cultivant une véritable passion pour le sport et la musique. Chapeau bas, l’artiste.

La rédaction d’ActuaBD tient à adresser ses plus sincères condoléances à ses proches, collègues et ses amis.

Par Rémi BARNAULT Didier PASAMONIK

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782874531798

En médaillon : © Will Salomé.

✏️ Dino Attanasio Belgique Italie Bruxelles Décès 2026
 
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4 Messages :
  • Disparition de Dino Atanasio
    19 janvier 10:46, par walter daniel

    Je suis très touché par la disparition de Dino que j’ai eu la chance de connaître et de l’avoir comme ami pendant quelques années.un homme vraiment charmant, agréable,d’une gentillesse sans égale, et qui avait gardé la tête sur ses épaules et qui malgré sa notoriété n’avait en aucun cas la grosse tête .
    Dino … passe le bonjour à Henri .. si tu le vois la haut.
    Sincère condoléances à toute sa famille.
    Daniel et sa femme Renée.

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    • Répondu par Ariane Attanasio le 24 janvier à  06:09 :

      Merci infiniment pour vos marques de sympathies.

      Je suis également très touchée.

      Dino était un grand Monsieur.

      Ariane Attanasio

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  • Evidemment, Joubert est le "créateur graphique de Bob Morane", cette formulation semble reprise texto d’un précédent article paru sur ce site, non relu apparemment) mais Attanasio l’a certes immortalisé dans les premiers albums mythiques de la collection Marabout dont je relis religieusement les éditions originales, surtout Le Secret De L’Antarctique, qui n’aura sa version en roman que bien plus tard.

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    • Répondu par svecs le 19 janvier à  16:27 :

      dès la vallée infernale, il me semble qu’Attanasio founissait 4 illustrations dans chaque roman Marabout. Si la couverture était bien de Joubert, les dessins qui se mêlaient le plus intimement aux textes était ceux d’Attanasio

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