Cordes sensibles, Journal de mes 17 ans - Par Marguerite Boulanger - Ed. Les Arènes

Par Benoit MARCHON 15 juillet 2024 
« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » a écrit le jeune poète Arthur Rimbaud. Ce n’est pas le cas pour Elise qui raconte son histoire avec sa famille, pour le moins atypique, dans ce « journal de mes 17 ans », plus sérieux qu’il n’y paraît.

Elise est la petite dernière d’une « fratrie » de cinq filles, avec un père moustachu, banquier et passionné de violoncelle, et une mère hyper active, bavarde, toujours optimiste et positive « Quelle étrange idée, la vie de famille, cette grande colocation imposée » écrit-elle. Pas facile en effet pour elle de s’affirmer pendant les repas où tout le monde parle en même temps, d’avoir son intimité dans la salle de bain sans verrou où n’importe qui peut entrer à tout moment. Pas facile de trouver son propre look quand les vêtements sont achetés en lots et habillent toutes les sœurs à la fois.

Cordes sensibles, Journal de mes 17 ans - Par Marguerite Boulanger - Ed. Les Arènes

Dans son journal, Elise, de nature plutôt introvertie, décrit son quotidien avec humour et légèreté au début, mais la gravité et l’émotion grandissent au fil des pages. Elle raconte, de surcroît, sa découverte hasardeuse d’un douloureux secret de famille, son amitié sans ambiguïté avec Marius, enfant unique, son agression, son attirance pour les filles, qui l’amène à s’interroger sur son « homosexualité de pensée ». Elle se découvre bientôt une passion pour le dessin, qui l’aide à exprimer ses angoisses et ses questionnements.

Le titre de ce roman graphique en noir et blanc de 164 pages est joliment trouvé : les cordes peuvent être celles du violoncelle de son père, mais aussi les cordes vocales de tous ces gens qui se parlent entre eux, et aussi, symboliquement, toutes les lignes du dessin qui s’entrelacent dans les pages. Et « sensibles » évoque évidemment la sensibilité extrême qui affleure peu à peu de ce récit à la première personne. On devine qu’il doit contenir une grande part d’anecdotes autobiographiques, même si la narratrice ne s’appelle pas Marguerite.

Il ne faut pas se laisser abuser par le côté faussement enfantin et naïf du dessin. Son aspect minimaliste n’empêche pas une grande expressivité et de jolies trouvailles graphiques. On peut même y déceler un certain cousinage avec les œuvres de Marjane Satrapi, Folon ou Steinberg…

Marguerite Boulanger est née en 1997. Après des études de scénographie à Monaco, elle est sortie diplômée en illustration et bande dessinée de l’école de Condé en juin 2022. Sa première BD, « Vies à vie », a été publiée chez Hachette en 2023. Voici donc une jeune autrice pleine de talent, à suivre de près !

Par Benoit MARCHON

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9791037511867
Les Arènes ✏️ Marguerite Boulanger à partir de 13 ans Tranche de vie Intimiste France
 
Participez à la discussion
8 Messages :
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Benoit MARCHON  
A LIRE AUSSI  
Romans Graphiques