Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Bon
16 juillet 2024
Retour en 1986 : tous les super-héros de la Terre viennent d’être éradiqués par les super-vilains, désormais tous réunis dans une seule et même organisation. Cette victoire probante va pourtant rester secrète.
En effet, l’organisation unie des super-vilains va manipuler l’Histoire au moyen du contrôle qu’elle exerce sur les gouvernements dans le monde, et présenter les super-héros comme des personnages de fiction ! C’est le biais qu’a retenu Mark Millar pour instiller sa critique politique qui lui est si chère ces dernières années : la manipulation du monde par une élite secrète qui remplace la lutte des classes par une pseudo-guerre culturelle qui sert ses intérêts. Dans le propos de Millar, si la masse est occupée à s’entre-déchirer entre Wokes et conservateurs, le pouvoir et les richesses restent tranquillement dans les mains des super-vilains...
Pourtant, à la fin des années 2000, les exploits d’un jeune lycéen qui se rêvait super-héros va bouleverser à petits bruits cet agenda... L’apparition de Kick-Ass va inspirer une nouvelle génération de super-héros, ce qui en réalité correspond, dans notre chronologie, aux créations successives de Millar en tant que scénariste indépendant. Une résurgence de super-héros que nos super-vilains veulent éradiquer pour s’assurer une nouvelle période de tranquillité de quelques décennies...
Du point de vue de l’intrigue, Millar impressionne avec le caractère implacable du plan des super-vilains, souvent choquant dans son exécution. Même si l’on est habitués à la violence des récits du scénariste, on se demande véritablement par quelle porte de sortie les super-héros s’en tirent tant ils prennent tarif d’ennemis à la haine méthodique. Le récit est rythmé et accrocheur.
L’exercice du crossover est ici réussi car il est clairement organique pour le Millarworld. On ne passe pas de temps à contempler les personnages se présenter les uns aux autres, car tous vivent dans le même univers et ont vu les exploits des uns et des autres à la TV ou sur internet. Millar évite même l’écueil des quiproquos entre les héros pour aller à l’essentiel, l’affrontement contre les super-vilains.
C’est un plaisir pour les lecteurs réguliers de retrouver littéralement tous les personnages inventés par Millar ces dernières années. Aucune série n’a été oubliée et leur créateur a une idée précise pour faire interagir tout ce beau monde. Pour notre part, nous avons particulièrement apprécié le rôle accordé ici à Hit-Girl, qui a bien grandi et toujours là pour faire trembler les vilains de tout horizons.
Tout au plus, nous sommes mitigés face au traitement de Kick-Ass, qui avait avec Kick-Ass II une porte de sortie bien sentie pour clore son parcours. Le personnage se révèle encore ici important sous la plume de Millar, ce afin d’inspirer une société en mal de repères. En revanche, la nouvelle trajectoire concernant l’évolution du personnage et ses aspirations ne nous a pas totalement convaincus.
Mark Millar a globalement réussi son pari avec Big Game, une aventure sublimée au moyen de très belles planches du dessinateur Pepe Larraz, dans une très grande forme qu’on lui connaît ces dernières années (par exemple, avec les X-Men de Jonathan Hickman).
Par Romuald LEFEBVRE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Big Game. Par Mark Millar (scénario) et Pepe Larraz (dessins). Traduction de Thomas Davier. Panini Comics. Sortie le 3 juillet 2024. 152 pages. 20,99 Euros.
Participez à la discussion