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Bucket List of the Dead T. 18 – Par Haro Aso & Kotaro Takata – Ed. Kana

Par Malgorzata NATANEK Bof 28 février 2026 
Zombies en apesanteur, chaos interstellaire et retour sur Terre compromis. Akira et son groupe tentent de survivre dans une station spatiale envahie par des morts-vivants, et, au détour du chaos, des révélations sur le virus viennent bouleverser leur mission.

Le décor change, l’échelle aussi. Avec son scénario de station spatiale digne d’un pur film de science-fiction, l’arc évoque autant le huis clos anxiogène de Alien que la lutte pour le retour sur Terre de Gravity. La série avait déjà réussi à rendre hommage à un autre type de cinéma (les films d’horreur dans le tome 16), mais ici le déplacement spectaculaire n’est pas sans conséquences. Fusées, tourisme spatial, conquête orbitale  : le récit emprunte aux codes du blockbuster et bascule dans le spectaculaire, estompant le regard critique qui faisait le sel du manga à l’origine.

Bucket List of the Dead T. 18 – Par Haro Aso & Kotaro Takata – Ed. Kana
Bucket list of the dead planche
ZON100 © 2019 Haro ASO, Kotaro TAKATA / SHOGAKUKAN

Le problème ne vient pas tant du changement de décor que du décalage de ton. D’un côté, la série conserve son souci de crédibilité et distille des connaissances concrètes ; de l’autre, l’absurde, qui faisait la force du manga, est poussé à l’extrême et vire au grotesque, d’autant plus frappant que l’on est confronté à un milieu très scientifique et complexe.

Le discours porté par l’arc accentue ce décalage. À travers le tourisme et la conquête spatiale, incarnés par une entreprise privée évoquant Elon Musk, le récit se concentre sur l’émerveillement et la fascination des personnages. La dimension critique que l’on aurait pu attendre au vu du cadre de l’arc (enjeux écologiques, le dilemme de fuir les problèmes terrestres en se perdant dans l’espace...) est inexistante. Un point de vue assez ironique et contradictoire pour une série qui, jusque-là portait un regard critique sur la société et sa soumission au capitalisme.

Bucket list of the dead planche
ZON100 © 2019 Haro ASO, Kotaro TAKATA / SHOGAKUKAN

 La découverte d’un revers inattendu lié aux recherches spatiales aurait pu nourrir une ironie mordante, en écho au discours sur une conquête des étoiles destinée à«  sauver les humains  ». Mais cette piste reste en arrière-plan, réduite à un simple commentaire jamais réellement exploité, ce qui s’avère très décevant.

Le malaise dans la narration se cristallise autour de la figure du PDG, Ukaji. Il incarne un imaginaire très codifié  : celui du rêve entrepreneurial. Parti de rien, bricolant ses débuts dans un vieil entrepôt, il s’inscrit dans cette narration familière et fantasmée du groupe d’amis qui galère dans un garage avant de bâtir une entreprise promise au succès. Le manga mobilise ainsi une vision idéalisée de la méritocratie et du capitalisme, où la réussite naît d’un rêve et d’une détermination sans faille, mais sans aucune remise en question.

Ukaji met son rêve d’enfant de côté pour bâtir son entreprise. La série rappelle que le succès matériel ne garantit pas l’épanouissement personnel, mais cette critique se heurte à la construction fantasmée de sa réussite  : glorifiée et codifiée selon les codes du rêve capitaliste, sa success story se prolonge avec le projet spatial, fascinant mais aveugle aux conséquences et à la réflexion sur ses choix.

Bucket list of the dead planche
ZON100 © 2019 Haro ASO, Kotaro TAKATA / SHOGAKUKAN

Bucket List of the Dead mêlait humour absurde et satire sociale, portée par un savoir large dans divers domaines. Ici, la conquête spatiale et la poursuite d’un rêve d’enfant écrasent toute critique, laissant place au pur divertissement et à la démesure. Même les zombies de l’espace semblent se demander ce qui a bien pu se passer...

Par Malgorzata NATANEK

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Code EAN : 9782505142096
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