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Bon
21 avril 2026
Une grève éclate à l’usine Citroën d’Aulnay-sous-Bois. Ouvrier issu de l’immigration marocaine, Ahmed Halfaoui est un militant de la CGT, convaincu de la convergence des luttes entre descendants d’immigrés et travailleurs. En première ligne lors des mobilisations sociales et des manifestations de rue, il constate la dégradation des conditions de travail et la montée d’un parti, le Front National, dont la violence s’exprime dans la rue à travers ses membres les plus radicaux.
En parallèle, la fille d’Ahmed, Karima, peine à se stabiliser professionnellement. D’un point de vue identitaire, elle se reconnaît dans la culture punk : crête colorée, vêtements distinctifs et, là aussi, une certaine appétence pour la violence de rue, qu’elle entretient avec une pratique de la boxe.
Au cours d’une manifestation, quelques skinheads parviennent à se fondre dans le cortège de la CGT. La situation dégénère ; Ahmed est gravement blessé, et la police classe l’affaire sans suite. Il s’agit alors de parvenir à établir le lien entre ces milices et le Front, qui les finance.
C’est avec ces acteurs que se déploie le décor social et politique de cet album : en pleine mutation libérale (les socialistes au pouvoir adoptent en 1983 le « tournant de la rigueur » et tournent le dos au programme commun sur lequel ils ont été élus en 1981), la France change d’époque. Les ouvriers immigrés prennent la tête de syndicats, tandis que les licenciements se multiplient et que la politique d’immigration connaît un tournant répressif. L’année 1983 marque aussi les premiers succès électoraux du FN ainsi que la marche pour l’égalité et contre le racisme (« marche des Beurs »).
L’album est davantage un instantané qu’une analyse sociologique approfondie des recompositions en cours, une sorte d’échantillon local. On est dans l’immersion directe : bastons, discussions de comptoir, réunions syndicales tendues, familles qui craquent et fractures (générationnelles, culturelles, entre ouvriers « de souche » et immigrés).
Le dessin de Lionel Chouin est à l’avenant : traits anguleux et secs, décors souvent minimalistes et dominante bleu clair, qui donne une ambiance froide, un peu distante. Sans fioritures, ça colle à la violence sociale brute de l’époque. En fond musical, les Bérurier Noir illustrent cette énergie crue, rageuse, un peu bordélique mais sincère.
Par Damien BOONE
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