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La page est tournée. On la rappelle en deux mots : 9eArt+, une société en joint-venture entre l’Association du FIBD et Frank Bondoux, a vu le scandale éclater quand l’une de ses employées, victime de viol dans le cadre du FIBD, s’était vue licenciée. Cet événement a été la goutte qui a fait déborder le vase des reproches faits de longue date à l’organisateur du FIBD : management brutal, gestion opaque, etc. Une forte pression avait été faite pour que le contrat, qui courait jusqu’en janvier 2027, ne soit pas reconduit tacitement pour une période de dix ans. Un appel d’offres avait été fait avant que l’Association du FIBD ne désigne… 9eArt+, la société précisément mise en cause !
Cette bourde a contribué à décrédibiliser l’Association. Cela s’est concrétisé par un boycott du FIBD par les autrices et les auteurs, suivi du retrait des éditeurs, puis des partenaires financiers publics de la manifestation.
Dans l’impossibilité d’organiser le FIBD, 9eArt+ a dû renoncer à l’édition 2026, imputant la responsabilité à l’ADBDA, une instance réunissant auteurs, éditeurs et financeurs publics de la manifestation (mairie, région, département, État…) afin de coordonner leur politique par rapport à 9eArt+.
Dans la foulée, 9eArt+ a déposé une plainte en référé contre l’ADBDA pour avoir lancé, le 13 janvier 2026, un appel d’offres en dehors de son magistère, arguant que celui-ci faisait preuve de « parasitisme » et d’une « concurrence déloyale ». Le Tribunal a repoussé par deux fois l’audience, celle-ci étant fixée en mai prochain. Dès lors, le référé, qui s’appuie sur l’urgence et non sur le fond du litige, semble bien compromis. Par ailleurs, 9eArt+ va devoir expliquer comment on peut porter préjudice à une structure et ses commanditaires qui se sont mis eux-mêmes dans l’impossibilité d’organiser un événement qu’ils géraient depuis 18 ans.
Une nouvelle ère
Le contexte a forcément pesé sur le choix qui s’est porté sur la société Morgane, en concurrence avec trois autres candidatures : Côte Ouest, société d’événementiel attachée au groupe Sud-Ouest, Plan B(D), un acteur local, et Visiona, la société organisatrice du Comic Con de Naples.
Voici comment nous décrivions, dans un précédent article analysant les différents candidats, cette société créée en 1992 : « ll en est une que l’on connaît bien : Céline Bagot, originaire d’Angoulême, ancienne salariée de 9eArt+ entre 2016 et 2019, fondatrice du Pop Women Festival dont nous sommes partenaires média, opérant également pour la communication des Rencontres de la BD d’Amiens auxquelles ActuaBD est également associé. Elle opère avec Marie Parisot, ancienne directrice marketing et commerciale de Dargaud que l’on a vue passer en météore aux Humanoïdes Associés. Elles sont associées au groupe Morgane, organisateur des Francofolies de La Rochelle et du Printemps de Bourges, qui produit aussi pour France TV l’émission « Conciliabule », animée par Pénélope Bagieu. »
Deux femmes, donc, pour piloter le nouvel événement angoumoisin, avec les auteurs et la Cité de la Bande Dessinée au centre du jeu : voilà qui devrait remettre l’événement sur les rails.
Les écueils à venir
Évidemment, l’échéance judiciaire imposée par 9eArt+ est une épée de Damoclès sur l’avenir du festival, puisque leur contrat court jusqu’en 2027. Ils sont légitimes à le faire valoir et réclament un minimum de 1,3 million d’euros en raison des frais engagés sur l’édition 2026 annulée et d’autres préjudices supposés portés à leurs intérêts.
Sauf que l’on ne voit pas très bien comment ils peuvent imputer à l’ADBDA la responsabilité du refus des auteurs et des éditeurs à collaborer avec 9eArt+, alors qu’ils se sont eux-mêmes mis dans cette situation. L’intérêt des partenaires de la ville d’Angoulême était précisément de sauver l’événement de janvier de ce marasme.
C’est ce qui avait justifié l’organisation d’un « Festival Off » en janvier 2026 pour réduire le préjudice de la ville et de ses commerçants face à cette situation. Ils ne sont pas à l’abri non plus d’un recours des sponsors qui ont mis de l’argent sur les événements à venir et qui n’ont pas été réalisés. La justice tranchera sans doute l’affaire...
Le fait nouveau est que cette remise à plat permettra d’assainir la situation avec un opérateur puissant, qui sait gérer les publics (notamment les Francofolies de La Rochelle et le Printemps de Bourges), et garantissant le caractère festif de l’événement. Marie Parisot et Céline Bagot, issues du sérail de la BD et connaissant parfaitement les auteurs et les éditeurs, garantiront une ligne artistique respectueuse d’une longue tradition de la BD à Angoulême de 53 ans d’âge.
Les auteurs et éditeurs que nous avons rencontrés ce week-end au Festival du Livre de Paris (un événement du Syndicat national de l’édition qui s’était lui aussi séparé de son opérateur il y a quelques années) étaient plutôt optimistes pour un redémarrage dès 2027, conscients cependant que le lien avec les sponsors, importants dans le cofinancement du festival, mettrait sans doute une ou deux années à se reconstituer avant que la confiance se rétablisse. On commence néanmoins à voir le bout du tunnel.
Par Didier PASAMONIK
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En médaillon : Céline Bagot par Chloé-Vollmer. Pop Women Festival.
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