Les FIBD, qu’est-ce que c’est ?
Les Fêtes Interconnectées de la Bande Dessinée, ou FIBD, sont l’une des initiatives pensées à la suite de l’annonce, en novembre 2025, de la non-tenue du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême de 2026.
Réfléchies en totale opposition à ce qui caractérisait jusque-là le Festival d’Angoulême de 9e Art+, ces FIBD n’ont pas vocation à le remplacer, mais bien à servir de laboratoires, d’incubateurs à idées de ce que pourrait être un festival de la BD éthique et solidaire, comme indiqué dans le communiqué de presse de la collective Girlxcott qui les porte (nous reviendrons sur l’emploi du féminin).
Ces fêtes auront lieu dans plusieurs villes de France, en Belgique et en Espagne, aux dates prévues initialement pour le Festival d’Angoulême, soit du 28 janvier au 1er février 2026. Entièrement gratuites, elles reposent sur le volontariat des personnes qui se sont proposées pour les organiser, d’où les multiples possibilités de formes qu’elles pourraient prendre.
Leur seule consigne consiste à respecter la Charte des Fêtes Interconnectées, qui liste les valeurs non négociables pour la collective Girlxcott, à savoir :
Selon les dynamiques des villes participantes, on peut ainsi s’attendre à voir fleurir des formes multiples de festivals, soit totalement novatrices, soit prenant exemple sur de bonnes pratiques déjà existantes. La collective elle-même cite l’exemple des prix humoristiques Misma du Festival BD Colomiers !
À ce jour, le programme des FIBD de Marseille est déjà annoncé, avec notamment une exposition d’Anouk Ricard, Grand Prix 2025, première autrice à annoncer son boycott du Festival d’Angoulême 2026 et qui a accepté de réaliser bénévolement l’affiche des FIBD.
Mais pourquoi LA collectiVE Girlxcott ?
Ces Fêtes Interconnectées sont portées par un collectif féministe issu du mouvement massif de boycott de l’édition 2026 du Festival d’Angoulême, qui a eu lieu après l’annonce, le 8 novembre 2025, de la reconduction de la société 9e Art+ et de son dirigeant Franck Bondoux comme gérants du festival, alors que tous deux étaient décriés depuis des années pour leur management toxique et l’opacité de leur gestion.
Le mouvement de boycott, avec le hashtag #noFIBD2026, a ainsi rapidement enflammé les réseaux sociaux et évolué en #girlcott, car initié et alimenté principalement par des auteur·ices de bandes dessinées, comme Mirion Malle, également signataire du Manifeste des 285 publié dans L’Humanité le 16 novembre 2025 et dénonçant les VSS dans le milieu de la BD. Syndicats, auteurs, maisons d’édition, libraires et l’ensemble des représentant·es du monde de la BD ont très vite rejoint le mouvement, dans une communion qui a conduit à la non-tenue du Festival d’Angoulême en 2026.
La collective Girlxcott est née de ce mouvement féministe de #girlcott.
En féminisant tous les termes composant son nom, la collective Girlxcott entend rendre visibles celles et ceux qui ont été négligé·es ou invisibilisé·es pendant des années par le Festival d’Angoulême : les professionnelles de la BD et toutes les minorités de genre, représentées par le X.
Ce choix tranché et assumé trouve ses racines dans l’histoire du Festival et s’inscrit dans une longue maturation ainsi que dans des années de luttes et de dénonciation de la misogynie et du sexisme ambiants à Angoulême, qui ont trouvé leur point d’orgue en 2025 avec l’affaire Chloé.
Le FIBD, une histoire mouvementée.
Créé en 1974 par trois passionnés (Francis Groux, grand fan de BD, Jean Mardikian, adjoint à la culture, et Claude Moliterni, alors éditeur chez Dargaud), le futur Festival d’Angoulême connaît trois éditions municipales plutôt réussies avant qu’il soit décidé d’en confier l’organisation à une association dédiée, dont Francis Groux prend la tête.
Au fil des années et malgré plusieurs soubresauts financiers ou politiques, le festival grandit et se professionnalise pendant que l’association tente de suivre le rythme, mais sans véritable vision. Dépassé et aux abois après un énième scandale financier lié à la mairie d’Angoulême, dont il se méfie désormais, Francis Groux décide en 2007 de confier les clés de la gestion de « son » festival à un certain Franck Bondoux et à sa société créée pour l’occasion, 9e Art+.
Pendant près de vingt ans, bénéficiant de conditions plus que généreuses et de la confiance aveugle de Delphine Groux, qui a pris la place de son père à la tête de l’association FIBD, Franck Bondoux s’accapare progressivement le festival, écartant sans vergogne quiconque se dresse sur sa route et réduisant au silence les critiques à coups de menaces judiciaires.
Au fil des années, les polémiques s’accumulent et sa vision mercantile de la bande dessinée, son management brutal et sa gestion opaque de ce qui est devenu un événement incontournable font enfler la grogne dans le monde de la BD. Les autrices sont parmi les premières à dénoncer le sexisme et l’ambiance malsaine régnant à Angoulême, notamment lors de la désastreuse édition 2016, où elles soulignent l’absence de femmes dans la sélection de l’année, mais aussi fin 2022 avec l’annulation de l’exposition carte blanche à Bastien Vivès prévue pour l’édition 2023, les collectifs de professionnel·les reprochant au FIBD la mise en avant d’un auteur valorisant la misogynie, la culture du viol et la pédopornographie.
L’affaire Chloé, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres.
La 52e édition de 2025 est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le 24 janvier 2025, à quelques jours de l’ouverture du FIBD, la journaliste Lucie Servin publie dans L’Humanité une grande enquête sur les dessous du festival et expose la situation de Chloé* [1], une employée de 9e Art+ licenciée pour faute grave après avoir porté plainte contre un collaborateur du festival à la suite d’un viol dont elle a été victime lors de l’édition 2024. Des actions spontanées de soutien à Chloé ont lieu dans la ville d’Angoulême, à l’initiative de collectifs opposés aux Violences Sexistes et Sexuelles (ou VSS), et font face au silence assourdissant de l’association FIBD et de 9e Art+.
La défiance des professionnel·les de la bande dessinée prend une tournure radicale en avril, lorsque le renouvellement du contrat liant l’association FIBD et 9e Art+ pour la gestion du festival semble vouloir se faire sans passer par un appel à projets impartial. Via une pétition déposée par le STAA-CNT-SO [2], les professionnel·les de la BD exigent la dénonciation du contrat liant les deux entités et la mise en place d’un appel à projets en bonne et due forme pour la gestion future du festival, faute de quoi ils et elles déserteront l’édition 2026 d’Angoulême.
Devant le succès de la pétition, signée par plus de 2 000 autrices et auteurs, dont plusieurs Grands Prix, l’association FIBD est contrainte de s’exécuter. Elle ne dévoile cependant rien de son processus de sélection, propose un calendrier ubuesque et reste sourde aux protestations désormais bien plus virulentes du monde de la BD, qui refuse de travailler avec Franck Bondoux et 9e Art+.
Lorsqu’elle choisit, le 8 novembre 2025, de confier à nouveau la gestion du festival à cette société après un simulacre de choix, la confiance est rompue. Autrices, auteurs, syndicats, maisons d’édition : toutes et tous appellent au boycott de l’édition 2026, en écho à Anouk Ricard, Grand Prix 2025, qui avait déjà annoncé le 14 octobre 2025 sur son compte Instagram qu’elle renonçait à l’exposition qui aurait dû lui être consacrée en 2026, par conviction personnelle.
Leur mouvement commun fonctionne et, des cendres du Festival d’Angoulême 2026, émergent des initiatives comme les FIBD proposées par la Girlxcott. Spontanées, novatrices et nationales, elles laissent désormais ouverte la question de la réponse du public et de l’émergence éventuelle de modèles pérennes. Pour cela, rendez-vous dans quelques mois !
Voir en ligne : Site internet de la collective GirlxCott
Par Gaëlle BEDIS
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