Pas mal
6 février 2025
Almudena, jeune américaine métisse de 14 ans, n’a jamais connu son père. Un été, elle se trouve obligée, par la force des choses, à rencontrer cet inconnu et vivre trois mois chez lui. L’adolescente doit alors apprendre à évoluer dans un environnement qui lui est entièrement étranger, où son père et le voisinage parlent majoritairement, si ce n’est exclusivement, l’espagnol. Le problème c’est que Almudena n’est pas hispanophone pour un sou !
Apprivoiser sa double culture
« Contrefaçon », voilà le sobriquet dont est rapidement affublée Almudena par les autres jeunes gens du quartier, qui la traitent avec peu de ménagement à son arrivée. La jeune fille ne se laisse pas décourager et affiche fièrement, dans un premier temps, son goût pour « les trucs de blancs ». D’origine guatémaltèque par son père Xavier, Almudena a été élevée par sa mère et a rejeté son patrimoine culturel racisé, pour se conformer au mode de vie des Blancs. Un filon narratif fréquemment utilisé aux Etat-Unis, où la fissure sociale entre personnes blanches et non-blanches est bien plus marquée qu’en Europe.
Autre filon narratif qui sort davantage de l’ordinaire : celui de l’homosexualité dans les communautés minoritaires. Au travers du regard plein de candeur d’Almudena, le lecteur découvre que les minorités ne s’entendent pas toujours bien, que ce soit entre Guatémaltèques et Mexicains, croyants et non-croyants ou encore entre personnes racisées et personnes queer. En apprivoisant petit à petit les habitants du quartier, Almudena s’aperçoit que certaines personnes agressives de prime abord sont en réalité sur la défensive. Une attitude que la jeune fille va tenter d’apaiser, en poussant les communauté à se rejoindre au sein d’une grande famille colorée.
Une formule coming out of age qui marche
Avec la double culture comme angle d’approche, le roman graphique de Samuel Teer et Mar Julia coche toutes les cases du genre coming out of age, ce genre qui se saisit de cette période de transition entre l’adolescence et l’âge adulte. Almudena, qui doit justement fêter son anniversaire cet été, se trouve précisément dans ce moment d’incertitude. Cette première angoisse existentielle fait figure de grand tremblement, avant que ne survienne la crise de la quarantaine.
Cette transition dans l’ordre naturel et social des choses se double d’un parallèle relativement classique dans le genre : une transition d’espace. Almudena se trouve un été entier dans un environnement qu’elle ne connaît aucunement, dans une maison qu’elle doit entièrement retaper avec son père. Un chantier qui image par excellence le chantier de sa future vie d’adulte, où tout reste encore à bâtir.
Par Anthea MARIANI
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Almudena, Le Temps d’un été - Samuel Teer, Mar Julia - éditions Delcourt
Parution : 28 janvier 2025
Nombre de pages : 320
Prix : 16,95 €