FAN MAN : un roman dépoussiéré après 50 ans

Par Gaëlle BEDIS Dubitatif 5 février 2025 
Comment repartir après avoir écrit et dessiné pendant 6 ans une série aussi décalée, originale et plébiscitée que RIP ? On parie sur un autre projet décalé avec un background underground, histoire d'assurer un peu ses arrières. Pour Gaët's et Julien Monier, ce sera Fan Man, L'homme au ventilo, une adaptation d'un classique américain publié en 1974. Le roman d'origine est déjà très spécial et assez peu connu en France. Il faut s'assurer qu'il rencontre son public 50 ans plus tard...

Gaët’s et Julien Monier, le duo aux commandes de l’excellente série RIP, reviennent avec l’adaptation d’un OVNI littéraire sorti en 1974 aux États-Unis. Écrit par William Kotzwinkle, Fan Man, L’homme au ventilo raconte l’histoire de Horse Badorties, un hippie complètement fou qui squatte une petite turne [1] new yorkaise. Il y accumule un vrai bazar, dans lequel il peut à peine circuler. Le projet de cet énergumène ? Mettre en place une chorale qu’il appelle « la Chorale de l’amour ». Pour cela, il a besoin de ventilateurs - ne nous demandez pas pourquoi - et de jeunes filles, pour chanter et trouver l’harmonie. Il se fait donc violence pour sortir de sa turne et parcourir la ville de New York, à la recherche de ces deux éléments. C’est cette "aventure" que raconte l’album.

FAN MAN : un roman dépoussiéré après 50 ans
FAN MAN, L’homme au ventilo - Extrait 1
© Gaët’s - © Julien Monier - © Petit à Petit

Le roman Fan Man a beau être considéré par certains comme un classique de la littérature américaine, il n’en a pas moins cinquante ans. Contrairement à d’autres classiques du même âge, tels que Carrie de Stephen King régulièrement réédité depuis 1974, il a mal vieilli. Très mal vieilli. En tout cas, si on se fie à ce qu’on lit dans ce nouveau pari des éditions Petit à Petit.

Là où même des romans encore plus vieux comme Gone with the wind de Margaret Mitchell (1938) ou 1984 de Georges Orwell (1947) inspirent toujours les autrices et auteurs de BD en 2025, avec leurs thématiques de fonds universelles ou leur vision moderne du monde, il est difficile de comprendre ce qui a bien pu attirer les auteurs de RIP dans cet ego trip sans queue ni tête d’un hippie atteint du syndrome de Diogène et fumeur d’herbes de toutes sortes.

FAN MAN, L’homme au ventilo - Extrait 2
© Gaët’s - © Julien Monier - © Petit à Petit

Que ce soit le style d’écriture décousu qui lasse très vite et alourdit la lecture avec sa profusion à outrance de "Mec" - équivalent d’un système de ponctuation chez Horse -, la quasi absence de scénario ou le héros peu attachant et en total décalage avec notre époque, rien n’est fait malheureusement pour attirer et retenir le lectorat. Les obsessions de Horse restent opaques. Ses interactions avec les autres personnages, notamment les femmes, manquent de crédibilité et son projet grandiose de « Chorale de l’amour », impliquant des jeunes adolescentes un peu paumées réunies dans une église, laisse au choix perplexe ou de marbre.

Même en essayant de se replacer dans le contexte plus libre et ouvert des années 1970, les situations et les dialogues sonnent faux. L’ensemble est lourd, lent et honnêtement peu intéressant. Alors oui, on a bien l’impression d’évoluer dans le cerveau embrumé et pas très bien éclairé de Horse, mais dans quel but ? Le final enfonce le dernier clou du cercueil, avec un lectorat qui est en droit de se demander "mais pourquoi avoir écrit tout ça si le héros lui-même s’en fout ?".

La seule chose qui aide à finir la lecture est le dessin de Julien Monier, toujours impeccable et riche en détails. La colorimétrie choisie s’adapte parfaitement à l’environnement de Horse, un mélange de orange/marron/vert évoquant à la fois la saleté, la pourriture et le flower power. L’album est rythmé par plusieurs pleines pages assorties de citations de Horse, qui aident à le comprendre un peu mieux... un peu seulement.

FAN MAN, L’homme au ventilo - Extrait 3
© Gaët’s - © Julien Monier - © Petit à Petit

On ressort donc de la lecture de ces presque 130 pages au mieux dubitatifs, au pire frustrés d’avoir perdu du temps sur un projet d’ultra niche et peu accessible au commun des mortels en 2025. Dommage, mec.

Par Gaëlle BEDIS

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Code EAN : 9782380462166

FAN MAN, L’homme au ventilo - Paru le 22 janvier 2025 - 128 pages, couleur

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Petit à Petit ✍ Gaët’s ✏️ Julien Monier New York
 
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6 Messages :
  • FAN MAN : un roman dépoussiéré après 50 ans
    5 février 2025 14:07, par Goulven Tilo

    Plus que jamais, la traduction du titre aurait été utile. De nos jours, un personnage appelé "Fan Man" et qui porte un couvre-chef orné de la même étoile que Wonder Woman fait plutôt penser à un fan de comics, un habitué des conventions. Pas à un "Homme-Ventilo".
    Quand à Kotzwinkle, il était déjà mauvais quand il écrivait des novélisations dans les années 1980. Son adaptation de "Superman III" m’est tombée des mains au bout de quelques pages tant il était clair qu’il ne comprenait pas l’exercice, à tenter obstinément de retranscrire verbatim les gags visuels du générique du film.
    Mais peut-être, comme l’autrice de cette critique, ne fais-je pas partie du public ciblé. Quel est-il, d’ailleurs ?

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  • FAN MAN : un roman dépoussiéré après 50 ans
    5 février 2025 14:37, par Auteur·ice

    Que c’est moche de débiner un album comme ça !
    Ca vous avance à quoi ?
    Si vous n’avez pas aimé, n’en parlez pas, c’est mieux que saboter méchamment le travail des artistes.
    Ce procédé est proprement dégueulasse.

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    • Répondu par Gina Vanilla le 5 février 2025 à  19:51 :

      Je n’avais jamais entendu parler de ce romancier, moins Connu qu’Ellison, Buckowski ou autres. Mais le dessin semble sympa !

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      • Répondu par fab le 5 février 2025 à  22:52 :

        C’est pas lui qui a dessiné banane !

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    • Répondu le 5 février 2025 à  21:08 :

      Ben, ça s’appelle la critique. C’est toujours plus facile de critiquer que de faire, mais d’un autre côté, un art sans critique n’est plus un art vivant.

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  • FAN MAN : un roman dépoussiéré après 50 ans
    7 février 2025 10:19, par Mattcole

    Ok vous faites valoir votre point de vue ! désolé pour vous si vous êtes passé à coté de ce titre. Peut-être faut-il le soumettre à un autre collègue afin d’avoir un point de vue différent ?
    En effet, Fan Man a un coté old school, beatnik, passé. BAh oui il a 50 ans ! Effectivement on écrirait plus comme cela aujourd’hui...
    Mais déclarer que ce choix est incompréhensible de la part des auteurs de RIP est, pour le coup incompréhensible de votre part. Horse Badorties est un marginal blasé ; et finalement pas si éloigné des personnages de RIP. Nous n’avons pas à le comprendre, nous sommes à ses cotés, nous le suivons, nous rigolons de son coté nonchalant, foutraque et audacieux. Il en a dans le cerveau ce Horse, il est charismatique (sublimé par le dessin de Julien MOnier).
    Après 7 ans de création d’un univers glauque, noir et crado, je ne suis pas surpris d’un choix "grand écart" venant des auteurs. Fan Man est plus lumineux, au graphisme plus précis que leur série précédente. Et c’est certainement mieux ! Les auteurs ne sont pas là où nous, lecteurs les attendons.
    Il n’y a rien à comparer avec RIP, il ne faut pas intellectualiser ce qui n’a pas lieu d’être. Fan Man est une adaptation en tome unique, une bulle de déconnade, d’absurde avec un grand couillon en protagoniste, une tranche de vie fictive d’un looser non possessif. Et effectivement il ne peut pas plaire à tout le monde...

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