Très bon
28 juillet 2025
Gilles Poulain est maire d’un petit village français, Courteville. Nous sommes en juin 2022 et, suant à grosses gouttes à cause d’une chaleur excessive, il téléphone à ses administrés les plus âgés : comment se portent-ils, avec cette canicule, et cette épidémie de Covid qui se poursuit ? Parmi les habitants, il y a Albertine Buisson, doyenne du village, désormais 99 ans. On ne l’a pas vue depuis longtemps. Ses voisins n’en savent pas davantage : le portail est constamment fermé. Sauf quand Christian, son fils, vient ravitailler sa mère tous les samedis. Le maire trouve très étrange que, selon les relevés officiels, il n’y ait pas de consommation d’eau ni d’électricité depuis plusieurs années. Mais Christian assure que tout va bien. On ne peut que lui faire confiance : dévoué, il donne toujours un coup de main au comité des fêtes et fait le Père Noël chaque année pour les enfants.
Parallèlement, un jeune couple parisien, avec ses enfants, vient s’installer dans ce village de bons Français, persuadé d’y trouver l’authenticité et la chaleur des gens de la campagne. L’énigme de voisinage va vite se transformer en enquête, dont les péripéties vont dépasser l’entendement : même quand on croit l’avoir retrouvée, Albertine a vraiment disparu, d’une manière bien singulière.
Pour monter leur scénario, François Vignolle, coordinateur des enquêtes police-justice du groupe M6, et Vincent Guerrier, rédacteur en chef d’un hebdomadaire normand, s’inspirent d’un fait réel : un homme a caché durant 10 ans la mort de sa mère. Et son épouse, membre du conseil municipal, fâchée avec sa belle-mère qu’elle ne voyait plus, le savait. Prisonnier de son mensonge, Christian chamboule la tranquillité du village : comment est-ce possible ? Pourquoi personne ne s’est-il rendu compte avant de ce qui se tramait ? Dans cette France souvent invisible, que l’on se représente souvent à la fois comme le terreau et le dernier vestige de valeurs de solidarité et d’entraide, on découvre la lâcheté, les silences gênés, les regards fuyants, que ne manque pas d’accentuer Vincenzo Bizzarri, avec son dessin aux couleurs pastels. Ainsi, certaines « dérives » ne sont pas propres à certains lieux ou à certaines populations que l’on essentialise. En tous lieux, à tous âges, l’humanité a bien des mystères. Au-delà de ce récit entre fait divers et introspection collective, l’ouvrage interroge notre rapport à la vieillesse et aux liens intergénérationnels.
Par Damien BOONE
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