Favori de la rédaction
20 février 2026
Akari est le prénom de la petite-fille de Fumiyo Kagari, un vieil artisan vitrailliste qui, à la mort de son épouse, perd peu à peu tout intérêt pour son travail. Lorsque la jeune femme vient lui rendre visite après plusieurs années sans donner de nouvelles, il remarque rapidement son attirance pour les vitraux qu’il fabrique et qui remplissent sa maison. Il n’en faut pas davantage pour Fumiyo qui initie Akari à l’art du vitrail, dans une tentative commune touchante de soigner leurs blessures émotionnelles. Mais une révélation vient troubler cette fragile reconstruction...
Nous l’avions pressenti en présentant la rentrée 2025 du Lézard noir et cela s’est confirmé avec la lecture d’Akari : Marco Kohinata, la nouvelle mangaka du catalogue de l’éditeur, va être un talent à suivre de très près dans les années à venir.
Que ce soit par la richesse subtile de ses dessins, la profondeur cachée de ses personnages ou encore la justesse des émotions qu’elle met en scène, Marco Kohinata montre toute la palette de son talent dans ce tome unique de 232 pages à l’édition soignée et de très grande qualité. Avec son papier épais légèrement teinté qui renforce le côté suranné du récit, son format aisément manipulable assurant une lecture confortable et sa jaquette cartonnée souple en papier glacé qui reprend les couleurs mentionnées dans l’histoire (le blanc, le rouge, le orange), Akari est un beau manga dans tous les sens du terme.
Les personnages sont particulièrement réussis. Aucun d’eux n’est parfait bien évidemment mais leur histoire, leurs sentiments, leurs silences et leurs attitudes les rendent tous profondément attachants. La mangaka réalise le tour de force de permettre aux lecteurs de s’identifier facilement à n’importe lequel d’entre eux, quel que soit l’âge..
Les silences d’Akari sont ainsi mille fois plus parlants que des mots : on ressent la gêne, l’incertitude et les peurs de la jeune femme mais sans que cela ne soit lourd ou dérangeant. Les attentions et la gentillesse de Fumiyo envers elle et les élèves de son atelier montrent les regrets qu’il nourrit mais la fermeté dans sa décision d’arrêter le vitrail dévoile aussi sa fierté et l’entêtement dont il peut faire preuve, qui l’a éloigné de son fils.
Le récit s’attarde sur les liens familiaux et la façon dont ils peuvent se distendre, se reconstituer ou même se créer grâce au dialogue, qu’il soit vocal ou physique. Mais Akari va bien plus loin : le manga explore aussi ce qui fait l’amitié, les liens entre les générations, la peur du vide et les angoisses des jeunes générations face à un monde qu’elles ont parfois du mal à appréhender. Avec ses sujets durs (le deuil, la mort, la fin de vie...) et doux (l’amitié naissante, l’amour, la réconciliation...), Akari offre une vision du monde à la fois crûment réaliste et porteuse d’espoir.
Artistiquement, le travail de Marco Kohinata est un mélange singulier. Sous des apparences simples (traits grisés ou floutés, travail des blancs et des ombres, silhouettes et visages simplifiés) se cachent une profondeur et une subtilité qui attirent l’œil au bout de quelques pages et poussent le lecteur à revenir sur ses pages, pour s’attarder sur les détails qu’il n’avait pas remarqués mais que la mangaka, en véritable Petit Poucet, a semé tout au long de son récit.
Sa technique d’utilisation unique du crayon donne la sensation que ses planches pleine page sont des aquarelles toutes en nuances de gris, du plus clair et presque blanc au plus foncé tirant vers le noir. Mais elle est aussi capable de dessiner des cases "à l’européenne" et de faire des planches sans texte parfaitement claires dans le message qu’elles délivrent.
Akari marque donc l’entrée en fanfare de Marco Kohinata sur le marché français du manga. Véritable pépite, ce tome unique permet de découvrir en un clin d’œil toute la richesse de l’univers de cette mangaka hors normes qui a quelques ouvrages à son actif, dont deux ont déjà atteint l’Europe : Hei no Naka no Biyoushitsu / The Depth of the Sky qui se déroule dans le salon de coiffure d’une prison pour femmes et Artiste wa Hana wo Fumanai / Los artistas no pisan las flores dont l’intrigue se déroule pendant la Première Guerre mondiale dans un village français.
On espère donc que ces deux titres et les futures créations de la mangaka vont très vite arriver au catalogue du Lézard noir !
Par Gaëlle BEDIS
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Akari, de Marco Kohinata - Publié le 03/11/2025