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Excellent
18 août 2025
Ce roman graphique est d’abord et avant tout l’histoire du père de Jean-Louis Tripp, un homme au fort tempérament, instituteur (puis professeur de collège, PEGC, et enfin directeur de collège, mais aussi animateur de camps l’été), très ancré à gauche. D’où de nombreux voyages en Europe de l’Est. Nous suivons toute l’histoire de ce père, vue par son fils, qui, en tant qu’aîné, l’a mieux connu que ses frères et l’a surtout eu pour lui seul quelques années. S’étirant sur 350 pages (qui se lisent fort bien), cet ouvrage permet de rentrer dans les détails, de voir les évolutions de ce père, ses qualités, mais aussi ses tromperies et ses erreurs, ainsi que sa déchéance finale, particulièrement difficile à vivre pour les siens.
Mais il s’agit aussi largement d’une autobiographie, l’histoire du père de Jean-Louis Tripp étant vue et racontée du point de vue de son fils. Ainsi, ce roman (autobio) graphique est une des pièces du puzzle cohérent que Jean-Louis Tripp est en train de construire depuis 4 volumes, les deux premiers racontant sa vie sexuelle (deux autres sont prévus !) et l’autre, le décès tragique de son frère Gilles (Le petit frère). Comme pour son père, Jean-Louis Tripp ne se « rate » pas, ne se donnant pas le beau rôle. Dès les premières pages, il se met d’ailleurs en scène en train de « tuer son père ». Amis freudiens, à vos stylos !
Enfin, comme le titre l’indique, Un père, Jean-Louis Tripp entend bien nous parler de paternité tout court, et pas seulement de celle de son seul père. Qu’est-ce qu’un père, se demande J.-L. Tripp, qui nous parle aussi de sa propre paternité, de l’exemple que constitue un père pour ses fils, de ce qu’un père lègue à ses enfants. En cela, cet ouvrage peut parler à tout le monde, loin de n’être qu’un récit autobiographique à tendance narcissique.
On tient donc quasi trois ouvrages en un, d’où son épaisseur. Impossible de s’y ennuyer, du fait de son fond (très riche), mais aussi de sa forme. Jean-Louis Tripp fait preuve de précision dans son dessin, en prenant soin de reconstituer le passé au plus près. À ce titre, nous voilà plongés dans les Trente Glorieuses et dans ses nombreux objets de consommation (télé, voiture, jouets…) qui ont alors commencé à se répandre. Les villes et paysages (notamment ceux d’Europe de l’Est, passage obligatoire pour tout communiste qui se respecte), tout comme le contexte, sont eux aussi décrits avec le plus grand soin. L’utilisation dominante du noir et blanc, tendance sépia, se justifie pleinement pour raconter le passé, ce qui rend d’autant plus forte l’intrusion de la couleur dans certains moments clés.
Ici, c’est le fameux maillot moulant de son père, que Jean-Louis Tripp (qui le possède encore, nous a-t-il dit !) met en valeur (on le retrouvera pleine page, en 3ᵉ de couverture et sur le rabat du livre).
On l’aura compris : à plus de 65 ans, Jean-Louis Tripp a encore beaucoup à dire, et on attend la suite de pied ferme, tout particulièrement les troisième et quatrième volumes d’Extases.
Par Philippe LEBAS
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Cet article s’appuie largement sur une discussion avec J-L Tripp à l’occasion de sa venue à La Bulle de Mazé, pour le spectacle Extases en octobre 2024. Qu’il en soit ici remercié.