Pas mal
14 octobre 2024
Pour beaucoup, la migration est une échappatoire à la violence et à la misère. C’est le cas pour Elena, fatiguée d’être sans perspectives au Salvador. En dépit des avertissements de son entourage, sa décision est prise : elle va partir, traverser le Guatémala et le Mexique, au péril de sa vie, et s’installer aux Etats-Unis. Carlos, son fils, tente également de la dissuader, mais la détermination de sa mère et le manque de soutien de son père au quotidien achèvent de le convaincre d’accompagner Elena. C’est le début d’un périple coûteux (7000 dollars sans compter les extras que demandent des passeurs peu scrupuleux), fatigant en raison des mauvaises conditions de transport et se faisant en catimini, car il faut éviter les révolutionnaires, les douaniers, et loger dans des cabanes au milieu de rien. Le tout sans garantie d’arriver à destination et de préférence vivant.
Le récit s’ouvre sur une scène où les protagonistes, en plein désert, semblent en difficulté : seuls, blessés, assoiffés. On se retrouve ensuite 10 ans plus tard, avec un échange entre l’auteur, Ernesto Saade, né au Salvador, et son cousin Carlos. Saade raconte ici la véritable histoire de son cousin, qui a migré vers les Etats-Unis dans les années 2000. Chacun des 9 chapitres est inauguré par une scène contemporaine, relatant une discussion sur un moment de la migration, qui est ensuite illustré. Ce choix narratif est assez efficace car il met en perspective un regard distant avec une expérience intense. Cela étant, on se demande parfois si l’objet du livre est le récit de la migration ou la propre mise en scène de l’auteur, dans la lignée de nombreux ouvrages journalistiques et documentaires qui, cherchant à dévoiler les coulisses d’un récit ou pour, tentent d’adopter un angle original.
Sans discours théorique ni statistiques sur ce phénomène d’ampleur, le récit est accessible à tous. Il est un témoignage personnel, qui met l’accent sur les émotions ressenties durant le parcours migratoire. À ce titre, il ne laisse pas indifférent mais manque tout de même d’originalité.
Par Damien BOONE
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