Très bon
12 octobre 2024
Quinze détenus condamnés pour des crimes violents sont réunis au sein d’un programme expérimental de réinsertion conduit par le directeur du huitième pénitencier du Kantô dans lequel ils sont enfermés. Parmi eux, l’ex inspecteur de police Wataru Kusunoki, injustement accusé du meurtre violent de sa fiancée Natsumi, accepte de participer à ce programme en vue de gagner sa liberté et de prouver son innocence.
L’objectif affiché et les principes de cette expérience sociale et humaine sont simples en apparence : pendant trois mois, les criminels doivent réaliser collectivement et tous les jours de bonnes actions sincères et désintéressées. S’ils n’y parviennent pas, l’un d’entre eux mourra aléatoirement. Ceux qui réussiront à remplir cette mission se verront octroyer leur liberté à l’issue de la période.
Mais le groupe de détenus réalise rapidement que faire le bien n’est pas aussi facile qu’il n’y paraît et que les dés sont en partie pipés dès le départ. La sœur de la fiancée de Wataru, Kaede, assoiffée de vengeance, est ainsi envoyée dans le groupe en tant que « tentatrice » pour pousser son ex-beau-frère à renoncer à ses principes de justice et à avouer son crime. Avec ces obstacles supplémentaires et la tendance de l’être humain à s’entretuer et se trahir, les quinze criminels vont devoir resserrer les rangs s’ils veulent survivre...
Après Perfect Crime qui explorait déjà la face sombre et perverse des hommes, Arata Miyatsuki revient sur le sujet en prenant comme héros un policier déchu qui reste fidèle à ses principes et ses idées sur la justice, quitte à en payer le prix fort. Il ne faut pas se laisser abuser par la violence des premières pages et l’aspect un peu simpliste de l’intrigue : la réflexion sociétale s’invite peu à peu de façon très subtile et presque jusqu’à renverser le scénario d’origine. Nos convictions sur le bien et le mal sont ébranlées, tout comme l’est Kaede, l’ex-belle-sœur de Wataru, devant l’inflexibilité de ce dernier.
Cette progression scénaristique est menée efficacement sur les deux premiers tomes et, sans que le lectorat ne s’en rende compte, sa perception des personnages évolue, le doute s’installe et il s’attache peu à peu à ces criminels, même les pires d’entre eux.
Certaines situations manquent toutefois un peu de réalisme, comme la mission au sein de la maison de retraite qui se déroule dans le tome 2. Cependant, cet aspect est équilibré par le réalisme des réflexions et des actions des détenus, humains souvent devenus criminels "par défaut" et ne pouvant plus désormais échapper à cette étiquette qui leur colle à la peau, dans une société asiatique extrêmement corsetée et très sensible à la pression sociale et à l’opinion des autres.
Sur le plan graphique, le style de Motoi Tanaka est classique mais le souci du détail est présent dans les traits des personnages. Certaines planches sont très crues, comme celle du cadavre de Natsumi, la fiancée du héros : on peut presque compter les coups de couteau qu’elle a reçus tant le crayonné est précis. Les scènes flashbacks sont sur fond noir et la folie est particulièrement bien retranscrite sur l’un des personnages... On vous laisse trouver lequel !
On ressort de la lecture de ces deux premiers tomes sonnés mais bien déterminés à accompagner Wataru, Kaede, Jinnai, Hajime et tous les autres jusqu’au bout de cette expérience sordide mais addictive.
Par Gaëlle BEDIS
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Death Game, T.1 - Paru le 12 avril 2024 - 192 pages
Death Game, T.2 - Paru le 14 juin 2024 - 192 pages