Turk, pourquoi Turk ? Parce que le jeune homme qu’il était, après que sa mère lui ait mis le pied à l’étrier en envoyant ses dessins aux éditions Dupuis, où il est engagé dans le studio à l’âge de 16 ans pour faire des petits travaux de graphisme et de lettrage, y rencontra un collègue dessinateur : Bob de Groot. Le duo produit quelques mini-récits et une BD pour Pilote, des projets sans lendemain, et rejoint bientôt le Journal Tintin grâce au studio de Michel Greg, le créateur d’Achille Talon, notamment scénariste de Franquin pour Spirou (excusez du peu) et bientôt tout puissant rédacteur en chef du Journal des 7 à 77 ans qu’il porte à son apogée en y introduisant une nouvelle génération d’artistes, souvent issus de son studio : Hermann, Dany, Dupa, Bob de Groot et… Turk qui y dessine les décors des As que Greg produit pour Pif Gadget. Pourquoi Turk ? Parce Greg ! Grec-Turc… MDR. On était très potaches en ce temps-là.
Turk se fond dans « l’école Greg » qui se caractérise par un dessin hérité de Franquin (le Franquin de Modeste & Pompon et du Spirou des années 1960) mâtiné de Ligne claire d’Hergé. Greg, scénariste de génie, producteur émérite, est vite débordé et cela ouvre la voie à un auteur qui a mué de dessinateur en scénariste : le copain de Turk, Bob De Groot. Ensemble, gâce à leur mentor, ils entrent dans le Journal Tintin avec une BD qui, à l’instar d’Astérix, est une parodie de l’histoire : Robin Dubois. Des gags qui tournent en ridicule le héros et l’univers de Sir Walter Scott. La série devient l’une des plus populaires de l’hebdomadaire bruxellois et produit pas moins de 21 albums et un hors-série.
L’invention au carré
Cela n’empêche pas Turk - on bossait en ce temps-là - de commettre, avec Greg ou De Groot au scénario, une suite aux aventures de Clifton créé par Macherot, et des décors pour Le Club des Peur-de-rien de Tibet. Dans la foulée, Greg qui prend ses distances avec le Lombard pour devenir directeur éditorial chez Dargaud, l’éditeur de Pilote (Mâtin, quel journal !) lance Achille Talon Magazine et demande au duo Turk-De Groot d’y lancer une nouvelle série. C’est Léonard est un génie ! Le magazine de Greg coule assez rapidement mais la série est reprise par l’hebdomadaire hollandais Eppo publié par Oberon. La série est lancée, produite avec une régularité de métronome et, lorsque le vaillant Bob casse son crayon en 2023 à l’âge de 81 ans, c’est Zidrou, scénariste de génie lui aussi, qui reprend la machine à pondre des gags.
Nous en sommes là aujourd’hui, après 50 ans avec un classique immuable qui n’a pas pris une ride. Une série qui pratique en permanence « l’invention d’inventions », l’invention au carré en quelque sorte, avec Léonard, le génie, son disciple-souffre-douleur un duo avec des gags slapstick à la Tex Avery (Bugs Bunny, Daffy Duck…), Walter Lantz (Woody Woodpecker) ou à la Fritz Freleng (Sam le pirate, la Panthère rose…), mais aussi, depuis l’arrivée de Zidrou, un univers plus féminin et plus diversifié avec l’adoption d’un enfant et une gouvernante au doux nom de Mathurine et un chat tigré capable de décocher des commentaires bien sentis autant que des coups de griffe. 56 albums au compteur, quand même !, et que l’on peut mettre dans toutes les mains.
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Léonard T. 56 - Eclair de génie - Par Zidrou et Turk - Editions du Lombard
Photos : Didier Pasamonik (Zidrou), Kelian Nguyen (médaillon)
Participez à la discussion