Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Comme d’habitude, Nicolas Juncker revisite l’histoire de façon décalée, transformant ses personnages en anti-héros pétris d’humanité. Il redonne de la complexité à une histoire qui est davantage le produit de destins individuels entrecroisés, finalement tous perdants de situations qui leur échappent, qu’un exercice de vérité.
Évidemment que cela n’a aucun sens de réduire l’histoire compliquée des relations entre l’Algérie et la France à des comparaisons où les Français sont des nazis et la Guerre d’Algérie une collection d’Oradour-sur-glane. Plus d’un siècle d’occupation, une indépendance sanglante, des traumatismes de part et d’autre, la chute d’un empire, choses très bien racontées naguère par Jacques Ferrandez…, évidemment que cela ne peut être résumé dans ce genre de formule d’estrade. Mais comment en parler alors ? Comme le fait Juncker ici : en interrogeant cette mémoire, sa fabrication, son usage, sa portée symbolique et ses batailles d’ego. Sa portée électoraliste aussi.
« Trous de mémoire » s’ouvre sur le legs d’un photographe célèbre, une collection de clichés qui a fixé une certaine image d’une Algérie révolue. Des images qui parlent : aux Algériens, aux Français revenus en métropole, aux Harkis et à tous ceux qui, de près ou de loin, et de plus en plus loin pour les générations qui succèdent aux acteurs et aux témoins de la tragédie franco-algérienne, ont un lien avec ce passé maghrébin.
Un legs pour en faire un musée, qu’une municipalité voit d’un bon œil car la population locale est majoritairement composée de cette population « algérienne ». Ça tombe bien aussi pour un ministre qui a besoin de récolter des voix dans la région et qui soutient le projet…
On nomme dès lors une historienne pour construire un storytelling « objectif » dans l’exposition permanente, un architecte-scénographe dont l’ego n’a d’égal que sa cuistrerie et qui tient absolument à faire de ce projet un « geste architectural » marquant dans sa carrière, laquelle seule compte. Chacun a ses intentions, ses sous-entendus, son agenda perso qui se contrefiche du tact et du nécessaire travail de mémoire que ce projet suscite.
Évidemment, au moment critique, le politique lâche l’affaire, laissant les protagonistes en plan, pantois devant le gâchis.
On connaissait ces derniers temps, le scénariste inspiré de l’excellente série Dragon Dragon (avec Simon Spruyt, au Lombard) et de Un Général, des généraux (avec François Boucq, au Lombard), de Fouché (avec Patrick Mallet, aux Arènes)… on redécouvre le Nicolas Juncker dessinateur de Seules à Berlin (Casterman) et de Malet (Treize Etrange). On rit beaucoup dans cet album dont les caricatures exacerbées cernent bien les protagonistes mais sont, ô combien, réalistes dans leur analyse politique. Il est drôle, exalté, et offre l’humour comme exutoire à la vulgarité de l’actualité.
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.