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Super Gau – Par Bea Davies – Ed. Steinkis (Aux Confins)

Par Damien BOONE Moyen 23 mars 2026 
Le 11 mars 2011, un séisme provoque un tsunami ravageur, notamment sur une partie des côtes japonaises. C'est le point de départ de ce roman graphique, qui nous emmène en Allemagne où, pendant ce temps, certains événements se déroulent. Mais quoi ?

Voilà un titre bien mystérieux : les premières pages indiquent qu’en allemand, GAU signifie un « accident maximal envisageable ». Cela renvoie à un accident nucléaire qu’il est encore possible de maîtriser. « Super-GAU » est utilisé pour des catastrophes telles que Tchernobyl ou Fukushima, où l’on constate une fusion du cœur et d’importantes fuites radioactives.

Dans la ville de Sendai, un ingénieur tente désespérément de passer un appel téléphonique à Berlin, alors que l’alerte au tsunami retentit. La vague le submerge. À des milliers de kilomètres de là, à Berlin, huit inconnus, qui ne se connaissent pas, voient leur vie subtilement perturbée. Sans lien apparent au départ, leurs destins commencent à s’entrecroiser sous l’effet invisible du drame : rêves récurrents de noyade, quêtes personnelles, rencontres fortuites et réflexions sur le deuil et le chaos. On comprend dès lors que le concept d’effet papillon est inversé : au lieu d’une petite cause produisant de grands effets, c’est une immense catastrophe qui génère des ondes subtiles et invisibles dans les existences ordinaires.

Bea Davies, autrice allemande, signe son premier album solo, après avoir collaboré avec Patrick Spät pour Le Roi des Vagabonds. Sur la forme, le récit est hybride, alternant dialogues, séquences courtes et passages introspectifs, ainsi que des dessins sans texte. Le style lui-même est hétéroclite, avec des séquences rappelant tantôt le manga, tantôt une approche plus classique. La narration, quant à elle, est bien moins identifiable, au point de laisser le lecteur circonspect. Le séisme, censé constituer le fil rouge, se dilue en une mosaïque d’ambiances anecdotiques, où les personnages, pas toujours très identifiables, mènent une vie banale dont on ne saisit ni le lien avec le Japon, ni les relations entre eux. En outre, la vie et le caractère des personnages ne sont qu’effleurés : en dépit d’un livre relativement long (200 pages), le découpage large rend la lecture assez rapide. Certains profils, marginaux ou hautes en couleur, posaient pourtant les bases d’une galerie intéressante à explorer. Peut-être était-ce un projet trop ambitieux pour un seul tome ?

On a en tête la séquence « Pendant ce temps, à Vera Cruz... » du film La Cité de la peur (1994) des Nuls. Il s’agit d’une incise de 30 secondes dans le scénario, durant laquelle on voit deux personnages dans une sorte d’épicerie, sans aucun lien avec le récit : la dimension absurde y est pleinement assumée. Cruellement, cette impression revient souvent à la lecture de ce récit au rythme inégal, aux enchaînements incertains et au degré d’abstraction qui dépasse trop souvent la bonne volonté de son lecteur. Un petit GAU...

Par Damien BOONE

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Code EAN : 9782368469309
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