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Très bon
6 avril 2026
Dès les premières planches, l’œuvre plonge le lecteur au cœur de l’Évangile selon Saint-Jean (19,23-24) : les soldats romains crucifient Jésus, divisent ses habits en quatre parts, mais hésitent devant la tunique, tissée d’une pièce de haut en bas : « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura », se disent-ils, et le sort tombe. Ainsi commence l’épopée : rachetée par les disciples – peut-être Nicodème ou Joseph d’Arimathie –, la tunique devient un témoin muet de la Passion, objet de vénération immédiate en Terre sainte.
Pourtant, son trajet du Golgotha à la France reste, comme pour beaucoup de reliques, voilé de brumes légendaires, et la BD excelle à éclairer ces ombres avec brio. Après Jérusalem, elle aurait échappé aux Perses de Chosroès II en 614, qui emportent la Vraie Croix ; Héraclius l’aurait ramenée à Constantinople en 627. Puis, fuyant les conquêtes musulmanes du VIIe siècle, Byzance l’aurait offerte en gage diplomatique : l’impératrice Irène la confie à Charlemagne lors de son sacre du 25 décembre 800, qui la transmet à sa fille Théodrade, abbesse du prieuré de l’Humilité-Notre-Dame à Argenteuil. Depuis, ancrée en Val-d’Oise, elle défie les siècles avec une résilience stupéfiante.
Car cette relique affronte tempête sur tempête, et le récit graphique les anime en séquences haletantes. Au IXe siècle, les moines l’emmurent pour la protéger des raids vikings ; elle réapparaît au XIIe siècle lors de travaux de réfection entrepris par les moines de Saint-Denis ; le 10 octobre 1156, l’abbé Pierre de Saint-Denis organise la première ostension publique solennelle, en présence du roi Louis VII. En 1567, les Huguenots saccagent Argenteuil, mais elle échappe à la destruction ; sous la Révolution, un curé la découpe en quatre morceaux, cachés chez des fidèles. Elle sera recousue. Volée en 1984, elle resurgit la même année, intacte. Parmi une trentaine de tuniques concurrentes – Trèves dans une version entière, fragments à Moscou, Rome ou Venise –, la relique d’Argenteuil se distingue par son état et ses analyses : tissage domestique palestinien, pollens orientaux, groupe sanguin AB qui serait compatible avec le Linceul de Turin et dont taches de sang superposables...
Murmurer la Résurrection
Jacques de Guillebon, avec un sens narratif affûté, transforme ces faits légendaires en véritable roman graphique : du métier marial – la légende veut que Marie l’ait tissée pour son Fils dès l’enfance, grandissant avec lui sans s’user – aux reliquaires médiévaux, chaque chapitre propulse le fil sacré à travers invasions, incendies et révolutions. La dessinatrice Julie Ducoudray, par des planches dynamiques, ressuscite Charlemagne en train de la recevoir, les moines la sauvant des flammes, ou les pèlerins agenouillés en 1156. Ainsi, la BD ne se contente pas de chroniquer : elle fait vivre la Passion, reliant le Calvaire à notre époque en un pont visuel qui se veut émouvant.
L’abbé Guy-Emmanuel Cariot, recteur de la basilique, nuance avec sagesse : « On n’a absolument pas besoin de la Tunique pour croire », mais ces ostensions rares – tous les 50 ans, prolongée en 2025 – forgent selon le recteur, une rencontre intime avec le Christ souffrant, dispensant paix et unité. Enroulée dans son coffre, déployée pour la vénération, elle murmure la Résurrection au-delà des doutes scientifiques. Une bande dessinée, cette qui illumine une légende sacrée mêlant histoire, foi et action qui ravive la flamme pascale pour le croyant comme pour le curieux.
Par Jessy LEMESLE
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L’Épopée de la Sainte Tunique du Christ, Jacques de Guillebon et Julie Ducoudray, Edition Triomphe, 16,90€