Excellent
3 avril 2026
Dès son plus jeune âge, le prince Charles François Joseph de Habsbourg-Lorraine, connu sous le nom de règne de Charles Ier, se distingue par sa compassion envers tous, des pairs aux plus modestes, une vertu fondamentale qui le suit jusqu’au trône. Lorsqu’il accède au pouvoir, le 22 novembre 1916, en pleine tourmente de la Grande Guerre, sous le nom Charles Ier, succédant à son grand-oncle l’empereur François-Joseph Ier, qui avait régné 68 ans (1848-1916), il devient rapidement une exception parmi les dirigeants européens : contrairement à ses alliés belliqueux, l’empereur a vu de ses propres yeux l’horreur des tranchées, et cette expérience le transforme en apôtre de la paix. Armé de sa foi catholique et de convictions profondément humanistes, Charles Ier entreprend alors, à seulement 29 ans, un combat titanesque contre la folie guerrière qui ravage le continent.
Un ange parmi les démons
La BD met en lumière les mesures radicales qu’il impose pour épargner des vies : il interdit le bombardement des villes ouvertes, refuse d’appliquer la peine de mort, abolit les duels, prohibe l’usage du gaz de combat et ordonne l’épargne des populations civiles. Ces réformes, loin d’être populaires auprès de ses officiers, témoignent d’une droiture inébranlable, soutenue par son épouse Zita qui partage son idéal et à laquelle une bande dessinée de la même maison d’édition est dédiée (Zita, courage et foi d’une impératrice, aux Éditions du Triomphe, 16,90 €). Cherchant sans relâche une issue diplomatique à cette « boucherie dont aucun homme ne pourra répondre devant Dieu », il s’isole progressivement des plus belliqueux de ses alliés, jusqu’à devenir une voix solitaire criant dans le désert de la violence.
Pourtant, ses efforts diplomatiques échouent, et la défaite austro-hongroise précipite l’effondrement de l’Empire. Contraint à l’abdication le 12 novembre 1918, dépouillé de sa couronne, Charles Ier ne renonce jamais à son idéal. Exilé au Portugal, ruiné, vivant dans une grande pauvreté, il continue d’œuvrer pour la paix du mieux qu’il peut, sans amertume ni ressentiment. C’est dans cette dignité sereine qu’il succombe à une pneumonie le 1er avril 1922, emportant avec lui une leçon oubliée : celle d’un prince qui choisit sa conscience plutôt que le pouvoir.
Marc Bourgne et Marcel Uderzo restituent cette épopée avec clarté et émotion, grâce à des dialogues nuancés et à un dessin à la ligne claire et colorée qui fait respirer le contexte historique et diplomatique. La réédition de cet album réhabilite une personnalité remarquable de l’histoire européenne, révélant, par les verbatims de ses discours empreints d’une grande finesse, toute la complexité d’une époque troublée où un seul homme osa dire non à la barbarie. En ces temps de tourmente où les empires despotiques refont surface (Erdogan, Trump, Xi Jinping, Poutine, Modi…), cette chronique graphique nous rappelle qu’il existe des empereurs qui ne règnent que par la paix, et dont la vraie victoire réside dans l’éternité de leur mémoire béatifiée.
Par Jessy LEMESLE
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Charles Ier, l’empereur de la paix, Marc Bourgne et Marcel Uderzo, Editions du Triomphe, 16,90€