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Pas mal
16 février 2026
Shoah de Lanzmann, c’était il y a 40 ans. L’assassinat en masse des Juifs d’Europe, il y a 80 ans. Depuis les années 1970, un important travail de mémoire a été fait. Des rescapés témoignent encore, comme Ginette Kolinka qui vient de fêter ses 101 ans, mais ce sont les derniers…
Après cela, que faire de cette Histoire ? Elle va s’altérer avec le temps, recouverte sans doute, en dépit de son caractère unique, par d’autres drames, d’autres atrocités. Certains s’emploieront à en réduire la portée, comme ceux qui qualifient des crimes de guerre de « génocide », ou qui désignent l’abattage des animaux pour des raisons prophylactiques avec le même vocable...
La question de la transmission est au cœur de l’album d’Ari Richter publié chez Delcourt. On sent bien son embarras. Il a été élevé et a vécu dans une communauté juive américaine très observante. Il ne l’est pas. Il a été confronté, lui, le Juif parfaitement intégré, à l’antisémitisme ordinaire de la société américaine qui évolue dans d’autres périmètres culturels et il ne sait qu’en faire, il se sent si peu juif.
Oh, il a fait ses devoirs comme tout le monde : il a écouté les témoins, a visité plusieurs lieux jalonnant le martyre des Juifs européens et il a visité Auschwitz. Il constate aussi le retour de l’antisémitisme à la faveur de la situation politique en Israël, du pogrom du 7 octobre et de la tragédie de Gaza. Mais qu’en faire de tout cela ? Il n’a aucune prise sur ces événements et il est exaspéré par le discours des militants opposant aux évidences leur vérité alternative et leur mauvaise foi.
Et puis vient la disparition des témoins, ces documents que lui laissent ses grands-parents et qui méritent, comme bien d’autres, de laisser leur cri s’imprimer dans nos mémoires… Disons-le tout net : ils dépriment, ils encombrent. Mais qu’en faire sinon les publier sous une forme ou une autre, tiens pourquoi pas une bande dessinée ?
« Plus jamais je ne visiterai Auschwitz » est ce livre-là. Un exutoire. Un dispositif pour évacuer sa névrose, qu’elle soit personnelle ou sociétale. Une fuite en réalité. Le lecteur restera sur son quant-à-soi et décidera par lui-même si la visite d’Auschwitz peut lui apprendre quelque chose. Pour y être allé deux fois, dont une en hiver à -20° sous zéro, je peux vous le dire : l’expérience n’est pas un recueillement, ni un « devoir » que l’on doit accomplir pour le souvenir des disparus. C’est juste la prise de possession d’un héritage, la prise de conscience que ce sont des êtres humains qui ont été capables de faire cela : nos pères, nos mères, nos frères, nos sœurs, nos voisines et nos voisins.
Cette phrase d’Elie Wiesel me revient souvent en tête : « Celui qui écoute un témoin devient à son tour témoin ». Une expérience utile pour donner un peu de science à notre conscience.
Par Didier PASAMONIK
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Plus jamais je ne visiterai Auschwitz – Par Ari Richter – Ed. Delcourt