« C’est une bonne chose », explique-t-il, et de décrire cette « bascule terrible » à partir du numéro 30 de Métal « où les gens attendent l’album » et donc se désintéressèrent de la revue.
Souvenons-nous : la presse BD était née au début du XIXe siècle dans les kiosques de gare naissants (le chemin de fer vient d’être inventé) en suivant le modèle des feuilletons créés par l’éditeur français Émile de Girardin. À la fin du siècle et au début du XXe siècle, les premiers personnages récurrents apparaissent : La Famille Fenouillard, Bécassine, Les Pieds Nickelés, Zig & Puce, Tintin, Mickey… Rapidement, les albums apparaissent. Mais jusque dans l’après-guerre, ils sont peu nombreux, ils sont réservés à une catégorie de lecteurs plutôt bourgeoise, ce sont des albums luxueux et chers.
Dans l’après-guerre, l’album se démocratise : on le publie chez Dupuis dans une version brochée destinée aux supermarchés en France, en kiosque en Hollande ou en Allemagne, tandis que l’album cartonné se développe. La presse offset popularisée dans l’après-guerre, qui permet des réimpressions rentables de courts tirages, favorise cette expansion. À partir de 1950, les éditions du Lombard et les éditions Dupuis publient quasiment systématiquement leurs bandes dessinées à succès en albums : c’est la grande déferlante des classiques franco-belges : Tintin, Blake & Mortimer, Alix, Spirou, Lucky Luke,… Suit Dargaud avec Astérix, Tanguy & Laverdure, Blueberry et consorts.
S’ouvre alors un âge d’or de l’album, au moment où la grande distribution (supermachés, hypermarchés…) s’accompagne de la création de librairies spécialisées en BD (à partir de 1967-1968). Astérix (1961 pour le premier album) en particulier, suivi de Gaston Lagaffe, Les Schtroumpfs, Boule & Bill, Ric Hochet… participent de cette révolution. Le niveau des ventes, dépassant celui des Goncourt, est astronomique.
Arrivent ensuite des éditeurs « pure players » qui publient des albums sans que le support presse soit déterminant sur des segments porteurs : l’Histoire avec Glénat ; la SF et la Fantasy avec des éditeurs comme Soleil et Delcourt. Les albums de BD se collectionnent, mieux : s’offrent, tandis que les abonnements de la presse jeunesse décroissent. Parallèlement, concurrencée par la télévision puis par l’Internet, la presse en général décline, les kiosques et les maisons de la presse commencent à se raréfier.
La presse BD n’y échappe pas. Les éditeurs de BD voient venir le coup qui, à l’exemple de Pif gadget (Corto Maltese, Rahan…), multiplient les récits complets ou les grands chapitres qui éclusent un album en trois ou quatre numéros. En vain. Bientôt, on signe l’acte de décès des grands hebdomadaires historiques : Pilote (mai 1974), Tintin (1988), Pif Gadget (1993) Formule 1 (1993), Fripounet (1993), parallèlement aux mensuels Charlie Mensuel (1986), Métal Hurlant (1987), Circus (1989), Vécu (1994), (A Suivre) (1997), L’Echo des Savanes (2006) … tous morts au champ d’honneur après avoir marqué leur époque. Spirou, le Journal de Mickey, Fluide Glacial subsistent mais leur viabilité est compliquée. C’est la fin d’une époque.
Aujourd’hui, on revoit des revues en kiosque, mais surtout en librairie, qui sont davantage des « Mooks » (néologisme forgé par la contraction de « magazine » et de « books ») thématiques, comme ceux que Métal Hurlant ou Tintin c’est l’aventure font aujourd’hui. Sic Transit Gloria Mundi… dirait Jules.
Heureusement, les albums subsistent, concurrencés par une BD d’un autre genre : les mangas. Mais comme dirait Rudyard : ceci est une autre histoire...
Par Didier PASAMONIK
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