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Très bon
30 juin 2025
Toute adaptation veut permettre à un nouveau public de découvrir une œuvre.
Rémy Benjamin adapte une des œuvres phares du grand dramaturge russe, Anton Tchekhov, Oncle Vania.
Pour une analyse critique de la pièce de théâtre, voir ici
Dans l’interview que Rémy Benjamin a accordée au webzine spécialisé La Mouette hurlante, il explicite son choix : « Parce que le texte a la force de venir nous chercher, à travers le temps. Entendre ces personnages d’une autre époque se poser les questions que nous devrions nous poser aujourd’hui est bouleversant. Quand Astrov se demande : « Ceux qui vivront dans 100 ou 200 ans, penseront-ils du bien de nous ? », il nous place à la fois en juge et en coupable. Car c’est un texte qui parle de l’espace et du temps. De comment nous habitons notre monde, et surtout comment nous le détruisons, et que faisons-nous du temps qui nous est donné pour y vivre ? ».
Et c’est un autre aspect essentiel d’une adaptation : la résonance particulière que l’auteur (ici le bédéaste) éprouve pour l’œuvre originale.
Oncle Vania n’est pas une œuvre joyeuse (euphémisme). La couverture constitue d’ailleurs une réussite tant elle dit du récit. On y voit le personnage qui donne son titre à la pièce, assis, contemplant une terre inondée. Il tient une arme à la main. Le désespoir ne va pas jusqu’au suicide.
De même, le dos de l’album montre l’incommunicabilité entre quatre personnages : chacun dans ses ruminations, son ennui, sa frustration et sa colère. Chacun éloigné de quelques pas d’un autre mais regardant dans des directions différentes.
La BD débute par deux planches muettes puis une double page présentant les huit personnages.
Parallèlement, la fin de l’album se compose de deux pages sans texte et se répondant (présent-futur) et d’une page avec une seule case où Sophia promet à son oncle qu’ils pourront se reposer (une fois morts). Comme précédemment indiqué, la société russe du XIXᵉ siècle (typhus, alcoolisme, pauvreté des uns et richesses des autres,…) n’inspirait guère de confiance et de joie à Anton Tchekhov.
La pièce et l’œuvre offrent une galerie de personnages qui dressent un constat amer sur leurs existences respectives, parfois touchants dans leur sincérité mais plus souvent agaçants par leur égoïsme. Ils sont pourtant incapables de prendre en main leur vie, de sortir de leurs souffrances dans lesquelles ils se complaisent et de décider.
Rémy Benjamin donne une coloration écologique à son adaptation : arbres coupés (page 116), poisson mort dans une rivière (page 117), urbanisation, industrialisation et pollutions du XXᵉ siècle (page 143).
L’auteur varie la structuration des pages et des cadrages, passe de planches sans texte à d’autres très bavardes, dessine des visages expressifs. Graphiquement, c’est plutôt réussi.
Par Christian GRANGE
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