Excellent
30 juin 2025
C’est donc L’École des dragons sur la montagne, publié au Japon en 2011, soit trois ans avant le début de Gloutons & Dragons, qui ouvre le bal. Il est composé de neuf histoires qui se divisent en deux thèmes distincts. Les cinq premières prennent place dans des univers moyenâgeux merveilleux jouant, voire détournant, les codes de l’heroic-fantasy. Les quatre dernières se déroulent à notre époque, avec néanmoins la présence d’une « race fantaisiste » (sauf pour la toute dernière), et se présentent comme des réflexions sociales.
Dans la première partie, nous avons ainsi le retour du héros dans son village natal après avoir vaincu le Roi-monstre, suivi d’une histoire de Roi-monstre à la manière de la Belle et la Bête, puis c’est le Château du Roi-monstre et ses terres que les humains décident de transformer en nouvelle ville. Ensuite, Ryoko Kui imagine une origine darwinienne à la naissance du Château du Roi-monstre et, enfin, elle s’essaie au conte traditionnel japonais, toujours sur fond de créatures fantastiques.
Ces histoires travaillent l’univers de l’heroic-fantasy, à chaque fois sous un angle non classique, mettant de côté les quêtes et les aventures telles qu’on les connaît. Les plus intéressantes et originales sont certainement les deux mettant en scène le Château du Roi-monstre, qui préfigurent les thématiques de Gloutons & Dragons et de son fameux donjon.
La seconde partie se révèle plus surprenante pour le lecteur de Gloutons & Dragons, car nous changeons totalement de registre, même si nous retrouvons la coexistence chère à Ryoko Kui. D’abord, elle nous propose une longue histoire (50 pages) où les humains partagent la planète avec des centaures. L’angle choisi est celui du monde du travail, et un peu du mariage, avec un univers relativement bien pensé et réaliste. C’est sans doute l’histoire la plus travaillée et passionnante de l’ouvrage.
Suit un peu de romance lycéenne avec une jeune fille dotée d’ailes (une caractéristique rare) qui réfléchit à son avenir : doit-elle prendre en compte sa singularité et intégrer un lycée spécialisé pour les « ailés » ? Ensuite vient l’autre grande histoire du recueil (50 pages également), et qui lui donne son titre, dans laquelle des étudiants d’une université spécialisée cherchent désespérément à trouver une utilité aux dragons, dans un monde moderne qui n’a plus besoin d’eux ! Enfin, l’ultime histoire, sans aucun fantastique, propose une réflexion sur le lien entre paresseux et travailleur : étonnant !
Un excellent recueil, au style graphique encore perfectible, mais aux histoires plus variées qu’on aurait pu supposer : le lecteur de Gloutons & Dragons y retrouvera à la fois un univers familier, sous forme de détournements d’heroic-fantasy, tour à tour drôles et dramatiques, et des chroniques contemporaines utilisant un élément fantastique pour mieux questionner notre société. Une belle surprise, qui devrait ravir les amateurs de la mangaka et de nouvelles fantastiques un brin philosophiques.
Par Guillaume BOUTET
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L’École des dragons sur la montagne. Par Ryoko Kui. Traduction : Sébastien Ludmann. Casterman, collection Sakka. Sortie le 18 juin 2025. 288 pages. 9,45 euros.
Gloutons & Dragons sur ActuaBD :
– Lire la chronique du tome 1,
– Lire la chronique des tomes 2 & 3,
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